Elevage de génissesDéléguer pour gagner en surface et en temps ... ou en faire son métier

| par | Terre-net Média

Pas assez de places en bâtiment, de surfaces épandables, de main-d'½uvre ou de fourrage. Pourquoi ne pas confier à un autre le soin d'élever ses génisses ? Dans le Lot, un couple d'éleveurs en a fait son métier à part entière. Article paru dans Terre-net Magazine n°27 - juin 2013

André et Monique GenotAndré et Monique Genot achètent sous contrat les génisses à huit jours. Le naisseur retrouvera sa femelle prête à vêler deux ans plus tard. (©Genot)

Voilà trente-deux ans qu’André et Monique Genot se consacrent uniquement à l’élevage de 180 génisses laitières à Rudelle, au nord du département du Lot (46). Treize producteurs de lait du Quercy et de l’Aveyron leur font confiance et forment le syndicat d’élevage des génisses du Lot. Chacun a ses propres raisons pour déléguer, totalement ou partiellement l’élevage des femelles de renouvellement.

La fin des quotas approchant à grands pas, des évolutions se préparent avec la perspective, pour certains éleveurs, d’accroître leur production de lait et à l’opposé des cessations d’ateliers laitiers chez d’autres. Une génisse représente en moyenne 18 heures de travail par an. Certes déléguer l’élevage de ses femelles revient entre 1.000 et 1.300 €/animal, mais le producteur peut s’y retrouver si l’un des facteurs de production suivant est limitant : main d’œuvre, bâtiments ou surfaces disponibles.

Les droits à produire tendent à augmenter. Toutefois, ce n’est pas le cas des surfaces épandables : le seuil de 170 kilos d’azote par hectare en zones vulnérables rend plus difficile l’agrandissement des troupeaux. Ne pas élever ses génisses permet de libérer des surfaces fourragères, pour éventuellement y semer des cultures de vente, moins chronophages pour l’éleveur et qui peuvent apporter un peu de trésorerie à l’exploitation.

Achat sous contrat

« Nous allons chercher les veaux après la phase colostrale, explique André Genot, éleveur de génisses holsteins et simmentals. Pour des raisons fiscales, nous sommes obligés de les acheter et nous signons un contrat avec le naisseur. Le document stipule que ce dernier s’engage à racheter la génisse lorsqu’elle sera prête à vêler. De notre côté, nous devons faire vêler les Holsteins à l’âge de deux ans et les Simmentals vers 30-34 mois. C’est une obligation de résultat, quelle que soit la qualité des fourrages de l’année. Ce métier exige de la technicité pour dégager un revenu. Les vêlages précoces et l’autonomie alimentaire sont des facteurs clés de succès. »

1.280 €/génisse, l'équivalent de 4.000 litres de lait

Le couple d’éleveur travaille avec le syndicat d’élevage des génisses du Lot (lire l’encadré). Historiquement, le coût d’élevage d’une génisse correspond à un équivalent de 4.000 litres de lait. Tous les ans, les éleveurs adhérents se réunissent pour discuter du prix du litre de lait. Cette année, il est de 0,32 €/l, soit un coût d’élevage de 1.280 € HT par génisse prête à vêler.

Les naisseurs paient un acompte de 160 € (équivalant à 500 litres de lait) tous les trois mois. Au bout de deux ans, ils ne leur restent plus qu’à s’acquitter de la Tva. Avec le contrôle de performance de la Chambre d’agriculture, les Genot pèsent les génisses tous les trois mois pour vérifier les gains moyens quotidiens (Gmq) et réajuster la ration en fonction. « Suite à cela, nous envoyons une fiche d’étape à chaque propriétaire, qui récapitule les Gmq et les observations concernant leurs animaux. »

Garanties sanitaires exigées

André et Monique sont très rigoureux sur les questions sanitaires. « Nous n’acceptons que les veaux issus d’élevages inscrits au Contrôle laitier et qualifiés indemnes d’Ibr. Nous demandons un contrôle du Bvd pour chaque animal. Si jamais une bête meurt, nous remboursons l’intégralité des acomptes versés. Heureusement, nous sommes extrêmement vigilants et nous perdons très peu de génisses. » Le choix des doses et les frais d’insémination sont à la charge du naisseur, tandis que les frais vétérinaires sont payés par l’éleveur. « Nous entretenons de très bonnes relations avec les naisseurs. Ils sont contents du système et certains travaillent avec nous depuis trente ans », raconte André Genot.

Elevage de génisses à façonAvec 60 ha, dont la moitié en prairie et 12 ha de luzerne, André et Monique Genot sont pratiquement autonomes en fourrage et concentré. Ils possèdent une nurserie pour les veaux de 0 à 5 mois, un bâtiment pour les génisses de 6 à 12 mois et un autre pour les femelles de 12 à 24 où elles sont nourries au bol mélangeur. Seules les Simmentals pâturent. (©Terre-net Média) 

Remy Lavaure élève 55 vaches simmentals au Cayrol dans l’Aveyron et confie 15 génisses par an à l’élevage Genot. « Mes 60 ha ne sont pas suffisants pour le troupeau et la suite. Je vends mon lait à la coopérative Jeune Montagne en Aop Laguiole et Aligot d’Aubrac à 535 €/t en moyenne. Alors, je préfère utiliser les fourrages pour les vaches. J’ai fait le calcul. Si j’élève mes génisses, je suis contraint d’acheter du foin. Cela me coûte autant que de les mettre en pension, sans compter le temps de travail. Ainsi, je ne suis pas limité en bâtiment et les génisses vêlent près de six mois plus tôt que par chez nous. »

Jacques Vignals, président du syndicat d’élevage de génisses du Lot, confie ses génisses aux Genot

Jacques VignalsJacques Vignals et ses enfants produisent 450.000 l de lait sur 60 ha et cultivent 7 ha de vignes (©Syndicats des vins des coteaux du Quercy)
 

« Un système sécurisant »

Jacques Vignals : « Le syndicat est né en 1976. Nous sommes dans une région de polyculture-élevage et de vignes et les éleveurs avaient des difficultés à s’occuper des génisses durant l’été. Avec de petits troupeaux, il n’est pas évident d’alloter correctement les animaux. C’est ainsi que s’est créé le syndicat.

Ici dans le Quercy Blanc, les éleveurs font souvent plusieurs métiers à la fois et déléguer l’élevage des génisses permet de consacrer du temps à d’autres productions. Certains confient la totalité de leur renouvellement, d’autres font cela en appoint lorsqu’ils n’ont pas assez de génisses du même âge pour alloter chez eux. Il y a cinq ans, des éleveurs de Simmentals de l’Aveyron, de la coopérative Jeune Montagne, ont rejoint le syndicat car ils manquaient de surfaces fourragères.

Evidemment, mettre ses animaux en pension a une incidence sur la trésorerie. Dans les analyses de groupe, les coûts d’élevage des génisses sont souvent plus importants chez les agriculteurs qui adoptent cette pratique. C’est une stratégie qui se réfléchit en fonction de l’organisation générale de l’exploitation. Et finalement, une nurserie pour seulement quelques veaux par an est longue à amortir. 

Je trouve ce système assez sécurisant. Nous conservons notre génétique et nous choisissons les taureaux. Monique et André Genot parviennent à atteindre d’excellentes performances de croissance, avec de bonnes garanties sanitaires. L’achat de génisses amouillantes me paraît bien plus risqué, sur le plan sanitaire comme génétique… On ne sait jamais sur quoi on va tomber. »


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agrodistri
Il y a 1325 jours
connaissez vous le site agrodistri.com

voir témoignages d'éleveurs sur l’élevage des génisses avec un cout minoré grâce
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