[Reportage] Génétique Holstein polledChristian Leroy prend le taureau par les cornes

| par | Terre-net Média

A Guitry, dans l'Eure, Christian Leroy ne craint pas de prendre le taureau par les cornes ! Cet éleveur d'Holsteins a fait de la génétique sans cornes (polled en anglais) le fer de lance de sa sélection. Portrait d'un Haut-Normand qui n'a pas sa langue dans sa poche.

Christian Leroy - Scea Leroy Frères Guitry (27) Christian Leroy élève 78 vaches prim'holsteins. Ces derniers mois, la plupart des veaux sont nés sans cornes, polled hétérozygotes (Pp) et homozygotes (PP). Seule une prise de sang permet de vérifier si un animal sans cornes est porteur du double allèle dominant. (©Terre-net Média)  

" PP " , l’acronyme des Holsteins « polled homozygote » , c’est l’objectif visé par la Scea Leroy Frères (27)  : parvenir à un troupeau intégralement sans cornes. « L’ écornage  est un acte aussi stressant pour moi que pour les veaux ! » raconte Christian Leroy, attentif au bien-être animal. Une suite logique pour lui et son frère Thierry qui ont choisi de modifier leurs pratiques culturales en se tournant vers l’agriculture intégrée, et ont même converti une partie de leurs cultures en bio.

Le troupeau de la Scea Leroy Frères :

# 78 vaches laitières, 750.000 l

# Moyenne d’étable : 10.500 kg/VL

# TP : 35,1 g/l  ; TB : 39,8 g/l

# Objectifs de sélection : TP, polled, red, pattes, mamelles, fertilité

Les animaux polled :

# 16 vaches polled, dont 7 Red-P et 1 Red-PP

# 35 génisses P ou PP en noir, Facteur Rouge (RC) ou Red

# Taureaux polled nés :

L’arrivée du gène dominant polled dans la population holstein provient du rameau rouge de la race. Passionné de génétique, Christian Leroy a des vaches red-holsteins dans son troupeau depuis plus de vingt ans. Cet éleveur-sélectionneur a commencé à introduire le gène sans cornes  il y a sept ans, à une époque où les taureaux polled étaient rares et leur profil génétique peu satisfaisant. Christian débute avec Lypoll Red P, un taureau allemand plutôt moyen issu de l’ élevage Burket falls, la référence du sans cornes aux Etats-Unis . Accouplé avec Bajy Roy Red de la souche Galais (35), l’union donnera naissance en 2009 au taureau Eroy Red P diffusé par Origenplus (ex-Unog).

Progrès génétique très rapide

Quelques années plus tard sont arrivés des taureaux à plus hauts potentiels, comme Lawn Boy Red P ou Ladd-P-Red. Aujourd’hui, Christian n’a plus de frontières pour trouver des taureaux sans cornes, tels que Eraser P (Bovec), Homer P (Origenplus), Homerun P (Origenplus), Iseran P (Evolution), Houdain P (Evolution), Oracle P (Semenzo) ou encore PowerBall P, l’Américain n°1 sans cornes en GTPI dont la dose coûte plus de 100 euros !

Les taureaux red-holsteins tournent actuellement autour de 150 points d’ISU. En sans cornes, les meilleurs atteignent déjà plus de 175 points d’ISU, alors qu’il y a deux ou trois ans les meilleurs taureaux plafonnaient à 140 points. « En l’espace de quelques mois, l’offre a explosé. Le progrès génétique avance très vite sur le sans cornes, d’autant que le gène est dominant. Je suis persuadé que dans quelques années tous les mâles red-holsteins seront polled et il y aura surement des polled parmi les meilleurs taureaux noirs ».

« Le simple fait d’avoir un "P" inscrit sur la dose, fait monter le prix de 15 à 20 € par rapport à un taureau équivalent en noir. Et pourtant les coopératives d’IA ne nous achètent pas les taureaux red et polled plus cher ! Elles en profitent pour engranger un peu de "blé", ironise Christian. Je trouve qu’elles n’ont de coopératives que le nom, elles deviennent des entreprises privées où l’éleveur est un pion malléable… »

A quand le génotypage mâle ?

Il y a deux ans, Christian Leroy a fait naître un veau mâle rouge sans cornes, un fils de Ladd Red P par Burns (facteur rouge), génotypé à 150 points d’ISU, + 3 en morpho et très positif en taux. « C’était le meilleur red et polled de sa génération à l’époque. Ce taureau aurait dû entrer en centre, seulement étant légèrement négatif en lait (- 200 kg), les portes du centre d’IA lui sont restées fermées "par principe". Je trouve ça stupide, c’est un gaspillage génétique et financier pour tous. »

Rebelle dans l’âme, Christian Leroy n’hésite plus à utiliser ses propres taureaux polled pour la monte naturelle. « J’ai des jeunes mâles sans cornes issus de taureaux "de ferme", mais je suis confronté à des refus d’analyse. Pourtant, je suis prêt à financer la génomie sur les mâles. Pour le moment en France, la génomie mâle reste la chasse gardée de nos centres d’insémination. J’estime que c’est une enfreinte à la liberté d’entreprendre des éleveurs. On met des bâtons dans les roues à celui qui veut déterminer sa propre façon de travailler. Pour l’instant, j’ai le sentiment de me battre contre des moulins à vent. Mais un jour, ce dernier rempart tombera. Bien sûr, ça ne plait pas à tout le monde de ne pas rentrer dans le moule de la sélection. Mais je préfère assumer seul mes choix génétiques et parfois mes erreurs aussi. »

La génomie mâle reste la chasse gardée de nos centres d’insémination

Monte naturelle

Christian Leroy vend des taureaux pour la monte naturelle partout en France. « La plupart des clients ne font pas de contrôle laitier et d’IA, mais veulent de bons taureaux. Ceux qui ont goûté aux taureaux sans cornes, me demandent maintenant des homozygotes PP. Je gère aussi la consanguinité de leur troupeau en variant les origines des taureaux que je leur vends. Des éleveurs de Normandes et Montbéliardes sont également intéressés par les taureaux red-holsteins pour ajouter du lait et solidifier les mamelles avant de revenir à leur race d’origine.»

La consanguinité pour cheval de bataille

La principale difficulté de la sélection sans cornes réside dans la faible diversité des origines génétiques. « Mon cheval de bataille, c’est la consanguinité. Nous devons être très vigilants sur les tares génétiques qui peuvent apparaître . Le taux de consanguinité n’est toujours pas mentionné sur la fiche des taureaux, ce qui entraîne à mon avis de nombreuses erreurs. » L’éleveur espère que le taux de consanguinité entrera un jour dans le calcul de l’ISU afin de stopper l’escalade des chiffres d’index toujours plus gros.

Si l’objectif de Christian est d’obtenir un troupeau intégralement sans cornes, il fait quelques exceptions en inséminant avec des taureaux noirs cornus, comme Abs Silver (Bovec) à 206 points d’ISU ou Galactico (Semenzo) à 203 points. « En attendant de trouver d’excellents mâles polled, des taureaux comme ceux-là apportent des taux et des fonctionnels. »

Depuis quelques années, Christian avoue avoir un peu levé le pied dans la course aux index, aux mères à taureaux et aux transplantations embryonnaires. Mais il pense avoir misé sur le bon cheval en orientant sa sélection sur le gène sans cornes : « Dans les pays nordiques, l’écornage ne peut pas être réalisé par l’éleveur lui-même. En France, si l’on touche ainsi au porte-monnaie, beaucoup d’éleveurs se tourneront vers la génétique sans cornes. »


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