Conduite d'élevage 
Développement de la biométhanisation - Marc Gillmann, chargé de mission Biogaz, « En France, les cultures énergétiques doivent rester un complément »

( Publié le 21/09/2007 à : 15H 55 min )

Simulation économique à l’appui, Marc Gillmann chargé de mission biogaz au ministère de l’agriculture, a démontré que le développement de la méthanisation en France ne pouvait pas s’appuyer comme chez nos voisins allemands sur les cultures énergétiques. Les tarifs de rachat des deux pays ne soutiennent pas les mêmes types de projets. « Les projets français doivent se fonder sur le traitement de déchets organiques de proximité », atteste Marc Gillmann.


Le développement des cultures énergétiques pour la cogénération de biogaz en France n'est ni possible, ni réaliste, ni souhaitable, estime Marc Gillmann, chargé de mission Biogaz au ministère de l'agriculture (© Béatrice Colleu - Web-agri)
Sans remettre en cause les pouvoirs méthanogènes des cultures énergétiques le spécialiste Biogaz du ministère de l’agriculture s’est attaché lors de la conférence «Opportunité de la méthanisation agricole dans l'Ouest », au Space, a expliquer pourquoi le développement de la méthanisation ne peut s’appuyer en France sur les cultures énergétiques. Principalement parce que le tarif français de rachat de l’électricité favorise la méthanisation des déchets organiques et une forte valorisation de la chaleur cogénérée, tandis que le tarif allemand de rachat de l’électricité ajoute au tarif de base un « bonus cultures énergétiques » important : + 6 centimes.

Ainsi, la comparaison d’un même projet en France et en Allemagne ne donnera pas le même taux de rentabilité interne (Tri).

Hypothèses communes pour une comparaison France/ Allemagne
-Débouché chaleur à 300m
-Valorisation de 50% de la chaleur disponible
-Chaleur substutuée à du chauffage au fioul
-Distance d’approvisionnement = 5 km
- Distance d’épandage=2km
- Tarif électricité 2008 (indexés)
- 8000h/an
- Coût de production ensilage maïs :28€/t
- Totalité de l’investissement emprunté
- Aucune subvention
Sur la base des hypothèses communes énoncées ci-contre, Marc Gillmann présente une simulation d’un projet basé sur la méthanisation d’effluents d’élevage et de cultures énergétiques avec un approvisionnement constitué de  9.000 tonnes de lisiers bovins et de 3.500 tonnes de lisier porcin ainsi que de 5.000 tonnes d’ensilage maïs et de 100 tonnes de résidus de silos. Le projet nécessite 1.750.000 € d’investissements, 110 hectares de cultures énergétiques pour une puissance installée de 400KWe.
En Allemagne, ce projet bénéficierait d’un tarif de rachat d’électricité constitué d’un tarif de base 2008 de 9,87c€/kWhe ainsi que d’une prime aux cultures énergétiques de 6€/kWhe et d’une prime électricité cogénérée de 21.000 euros. Le revenu électrique total s’élèverait à 530.000 euros auquel s’ajoute le revenu lié à la vente de chaleur (80.000€). Les charges liées à la production de cultures énergétique s’élèvent à 140.000 €. Le taux de rentabilité interne serait de 5%.
« Le même projet en France ne serait pas rentable », indique Marc Gillmann, avec un revenu électrique total de 440.000 €, en raison d’un tarif de rachat de 14 c€/kWhe.(+80.000 de revenu vente de chaleur et – 140.000 € de charge cultures énergétique)

Tri de 12,4% côté français avec la méthanisation d'effluents et déchets organiques

A contrario, un projet basé sur la méthanisation d’effluents d’élevage et de déchets organiques verra un taux de rentabilité interne bien supérieur côté français. L’approvisionnement est constitué dans cette simulation de  9.000 tonnes de lisiers bovins, 3.500 tonnes de lisier porcin ainsi que de 3.000 tonnes de déchets verts, 500 tonnes de graisses de cuisine, 500 tonnes de graisses d’abattoirs, 100 tonnes de résidus de céréales et 1.000 tonnes de déchets de boulangerie. Il nécessite 1.750.000 € d’investissements, pour une puissance installée de 400KWe, mais cette fois sans aucune surface de cultures énergétiques.
La rentabilité est tout autre alors, puisque sans « bonus cultures énergétiques » de 6 centimes, le taux de rentabilité interne tombe à 3,4% côté allemand, alors qu’en France il grimpe à 12,4%. Les revenus électriques et liés à la vente de chaleur n’évoluent pas 440.000€ et 80.000 €. Par contre, les charges liées à la production de cultures énergétiques (140.000€) disparaissent et un revenu pour le traitement des déchets est même apporté (75.000€).

Se fonder sur le traitement de déchets organiques de proximité

Ces deux simulations attestent pour Marc Gillmann que « le tarif allemand et le tarif français ne soutiennent pas le même type de projet ». « Les projets français doivent se fonder sur le traitement de déchets organiques de proximité », conclut Marc Gilmann qui démontre ainsi qu’à condition de bonne valorisation de la chaleur, le tarif français pour le traitement des déchets organiques par méthanisation est supérieur au tarif allemand.
De plus souligne le chargé de mission biogaz, les projets allemands basés sur les cultures énergétiques subissent l’augmentation des cours des céréales. Leur rentabilité peut devenir incertaine en raison de difficultés d’approvisionnement.
En ce qui concerne les projets de méthanisation en France, « les cultures énergétiques doivent rester un complément », insiste le spécialiste du ministère de l’agriculture.

Source : Web-agri/ Terre-net

Auteur : Béatrice Colleu

N.B : Source: Conférence "Opportunité de la méthannisation agricole dans l'Ouest", organisée par l'Ademe et Aile dans le cadre du Space le 13 septembre 2007.

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