Système tout herbe, sans concentrésV. Delargillière (60) : « Avec la sécheresse, je revois mes choix techniques »

| par | Terre-net Média

Quand on est en système tout herbe, sans céréales ni concentrés, la météo est scrutée avec attention car les conséquences d'une sécheresse peuvent être considérables. Vincent Delargillière, éleveur bio de 110 vaches laitières dans l'Oise, a dû faire face à cette situation cet été et prendre des décisions pour s'adapter. Il a également décidé de revoir certains choix techniques afin de mieux pouvoir faire face à ces sécheresses appelées à se répéter.

Sécheresse chez Vincent Delargillière et ClaireLes prairies de Vincent Delargillière et Claire lors de cet été 2020. (©Vincent Delargillière)

Souvenez-vous, Web-agri avait déjà rencontré Vincent en 2014. Depuis, il a arrêté les cultures de céréales, le maïs ensilage et a converti toutes ses parcelles en prairies permanentes. La conversion en bio a débuté en 2018 et son lait est certifié bio depuis le 19 mars 2020. En cinq ans, il est donc passé d’un système classique en maïs avec des vêlages étalés, à un système à très bas intrants sans concentrés.

Présentation de l’exploitation :
Système conduit en bio depuis deux ans, tout herbe. L’hiver : foin et enrubannage.
123 ha : que des prairies permanentes. Aucune culture de céréales.
145 UGB : 110 VL, 29 génisses (vêlage deux ans) et 3-4 taureaux.
Vaches holsteins et croisement jersiais.
4 000 l en moyenne par vache
Vêlages groupés sur février, mars et avril.
Monotraite du 1er au 15 décembre - Pas de traite du 15 décembre au 1er février – Monotraite lors des 20 premiers vêlages puis à nouveau double traite.
2 UMO : Vincent et sa compagne Claire (salariée)
Projet d’un atelier transformation (beurre, fromage blanc, crème) pour 2021.

Installé à Pierrefitte-en-Beauvaisis, dans l’Oise, Vincent Delargillière est en système tout herbe, sans aucun complément (ni concentrés, ni céréales) et en bio. Alors autant dire que lorsque les périodes de sec s’éternisent, il est sur ses gardes. Et cette année tout particulièrement, le printemps sec l’a rapidement inquiété. « Dès début mai, j’ai commencé à me gratter la tête », explique cet éleveur de 110 vaches laitières.  

Tout avait pourtant très bien commencé en février. « Je fais des vêlages groupés de printemps, sur trois mois, de février à avril (85 % des vêlages ont lieu en février et mars et 15 % en avril). Dès que 20 vaches sont vêlées, elles commencent à sortir. Cette année, c’était aux alentours du 15-20 février. Elles sont donc au pâturage en journée et si les conditions le permettent, la nuit. En Pays de Bray, les sols sont assez portants », poursuit-il. 

Faire correspondre les besoins des animaux à la pousse de l’herbe.

« Dès qu’une vache vêle, il faut qu’elle mange le plus d’herbe pâturée possible, c’est ce qui coûte le moins cher », explique l’éleveur. « J'essaie de faire correspondre les besoins des animaux à la pousse de l’herbe ». À fin février, les 60 premières vaches fraîchement vêlées étaient donc en pâture. Mais les précipitations se sont faites rares dès la fin mars.

30 % de stocks en moins

« Début mai, j’ai préféré faucher tôt pour faire de l’enrubannage et avoir des stocks de qualité afin, éventuellement, de les redonner pendant l’été. J’ai donc enrubanné 10 ha sur des parcelles où j’avais prévu de faire du foin. »  Avec un de ses voisins en bio et qui fait du commerce de foin et de paille, il savait qu’il avait un moyen de se procurer du foin en cas de besoin. Avec le sec, le retour sur les pâtures se fait plus lent : 50 à 60 jours pour ne pas surpâturer. 

En fauchant les mêmes surfaces en foin et enrubannage qu'en 2019, il obtient 30 % de stocks en moins cette année. Et dès le 10 juin, il doit complémenter ses 110 vaches avec de l’enrubannage, alors que c’était plutôt vers le 15 juillet les années précédentes. D’abord une balle par jour, puis deux et trois depuis le 15 juillet.

« Pour être à l’aise, il me faut en stock 300 tonnes de matière sèche soit 2 tonnes par UGB. Cette année, je n’étais qu’à 1,3 t/UGB, c’est un peu juste même si ça peut passer. J’ai préféré jouer la sécurité et acheter 75 t de foin bio à mon voisin », explique Vincent.

Enrubannage distribué en pâtureDepuis le 10 juin, les vaches sont complémentées en pâture. (©Vincent Delargillière)

Au-delà du coût de cet achat, la sécheresse a aussi eu un impact sur sa production : « j’ai 1 000 l de lait en moins par ramassage par rapport à l’année dernière. En 2019, j’ai vendu 426 000 l de lait, et cette année je pense que ce sera 25 000 à 30 000 l de moins si on continue sur la même trajectoire ».

Tout cela amène Vincent à revoir certains choix techniques pour l’année prochaine. Il pense d’abord diminuer son nombre de vaches (5 à 8 animaux en moins) et de génisses. « Quand j’ai commencé à grouper les vêlages, j’avais dû augmenter le nombre de génisses car j’avais un taux de réforme plus élevé. J’élevais donc 40 génisses, puis 35, et aujourd’hui je suis à 29. Je ne pense pas pouvoir descendre en dessous de 25. » « Je veux réduire le taux de renouvellement de 20 à 25 %, c’est-à-dire réduire les UGB improductifs afin de garder les ressources fourragères pour les animaux productifs, les vaches », expose-t-il.

L’objectif est de réduire le chargement. Actuellement à 1,3 UGB par hectare, il aimerait arriver à 1,1. « Dans mon secteur, le potentiel des prairies est de 1,1 à 1,4 UGB par hectare, mais si on veut être autonomes, l’idéal est de se situer entre 1 et 1,1 », poursuit-il.

Objectif : 90 % des vêlages sur février et mars

Ensuite, il pense grouper encore davantage ses vêlages. Au 1er mai et pendant trois semaines, il insémine toutes les vaches et génisses en chaleur et les taureaux prennent ensuite le relais. Cette année, il les a retirés des pâtures au 20 juillet plutôt qu’au 1er août. « Lorsque les vaches vêlent après le 20 avril, c’est trop tard dans notre système tout herbe. Le temps qu’elles démarrent leur lactation, elles arrivent à leur pic en juin au moment des fortes chaleurs et donc elles font moins de lait. On fait 60 % du volume de lait sur quatre mois, jusqu’au 1er juillet, donc l’idée est de faire vêler plus tôt pour faire le maximum de lait au printemps. L’idéal serait d’avoir les derniers vêlages au 10 avril et d’avoir 90 % sur février et mars », planifie l’éleveur brayon.

Enfin, il pense acheter chaque année 20 t de foin à son voisin afin d’avoir un stock de sécurité.

Sur le long terme, il veut continuer à planter des arbres et des haies : « Mes parcelles les plus ombragées se dessèchent beaucoup moins et les animaux sont mieux en cas de fortes chaleurs, constate-t-il. Tous les ans, je replante des pommiers haute tige, des châtaigniers, des haies… dans mes parcelles qui étaient auparavant en céréales. Ma laiterie, Lactalis, me donne d’ailleurs des aides en ce sens. » 

Je ne crois pas aux plantes miracles face à la sécheresse

Et quand on lui parle de luzerne ou de chicorée, il est catégorique : « Moi je ne crois pas aux plantes miracles face à la sécheresse. Quand il fait chaud et sec, rien ne pousse. Une prairie naturelle avec du trèfle est très bien adaptée… ça repart dès qu’il y a un peu de pluie ». 

Prairies été 2020À gauche, une prairie de Vincent en juillet. À droite, une photo du 20 août 2020, après 55 mm de pluie. (©Vincent Delargillière)

Pour cet automne-hiver, Vincent n’est finalement pas très inquiet. Il faut dire que les 55 mm tombés depuis dix jours y sont pour beaucoup. « Il y a de bonnes repousses, de qualité, ça reverdit vite. Je continue à tourner lentement en complémentant pour que l’herbe reprenne le dessus et pour continuer le pâturage le plus longtemps possible. En ayant eu de l’eau au 15 août et moins de chaleur, on peut avoir une très bonne repousse, comme un second printemps au mois de septembre. C’est bien parti pour. Et pourquoi pas un rattrapage de la production sur l’automne ? »

À lire aussi sur le pâturage d'automne : Profitez de l'herbe pour économiser de la ration hivernale

Il est donc moins pessimiste qu’il y a dix jours. D’autant qu’il lui reste un dernier levier à actionner si la situation ne s’améliore pas. « La semaine prochaine, je fais les échographies. Les vaches ou génisses vides pourront partir plus tôt, dès l’automne, alors que d’habitude je peux traire les vaches jusqu’en décembre. Cela permettra de diminuer la demande en fourrage pour l’hiver. » 


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DÉJÀ 43 RÉACTIONS


magui
Il y a 99 jours
Bravo, c'est pas simple de se remettre en question et d'avouer que les solutions ne donnent pas toujours des miracles, surtout devant les gros durs qui restent dans leurs systèmes maïs ensilage en disant que tout va bien! ...mais en rachetant la moitié de leur sole en maïs ensilage chez voisins. Pour combien de temps encore? Beau travail de la part de M. Delargillière et de Débutant entre autres
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la barbe 38
Il y a 99 jours
chez nous meme la luzerne ne pousse plus mais ont a quant meme fait 3 coupe en enrubanage heureusement car le foin serz fini avant la rentrées des vaches
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jmbu
Il y a 102 jours
Vincent,tiens bon le cap que tu t'es fixé.signé:un collègue d'Eurodairy.
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Cyrille Létard
Il y a 103 jours
Il apprend que le lait est un produit saisonnier. Il y a des solutions de stockage, poudre, brique, fromage de garde...
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grrr
Il y a 104 jours
"""On fait 60 % du volume de lait sur quatre mois, .......Pas de traite du 15 décembre au 1er février """""
le consommateur lui mange tous les jours une quantité quasi constante
alors ?
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debutant
Il y a 104 jours
ici moyenne a 60 qtx , les plus chanceux ont fait 40 qtx ,lait paye en base a 370 soit pour l instant avec qualite 420 sur l annee .
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Patro brachet
Il y a 103 jours
Sur les deux tiers de l exploitation - de 40 cm de terre ! On ne peu rivaliser Alors on fait comme Steph : :du stock !
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steph72
Il y a 103 jours
On voit les terres profondes avec 2 m de limon sans cailloux;
On n'est pas dans une région riche comme la votre,rebelle
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rebelle
Il y a 104 jours
90 qx à 170 euros tonnes quel est l interet à continuer à faire du lait ?
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debutant
Il y a 104 jours
nous l adaptation est passee par du jersey et extensification car il faut bien retrouver un peu de valeur ajoute .Etant dans une laiterie ne souhaitant pas de volume supplémentaire et bien nous valorisons le droit a produire via les taux .Les jersey consomment moins de fourrages grossiers .Cote recolte on bosse avec des meteils sur les terres les plus fragiles en eau ceci dit quand la secheresse de printemps se cumule a celle d ete la casse est terrible .Le plus penible avec toutes ces sécheresses a suivre les prairies qui se deplantent.Quel est donc l intérêt en systeme conventio de continuer a faire du ble alors que les nivreau des marges sont mauvais et encore plus quand il faut acheter de la nourriture on bosse pour rien !!! donc place a l autonomie fourragere !!
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