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Mise à l'herbeQuelques points de repère pour réussir sa saison de pâturage

| par | Terre-net Média

Shane Bailey, fondateur de l'entreprise de conseil Pâturesens livre quelques conseils pour assurer la saison de pâturage à venir. Il rappelle par exemple qu'il faut absolument se débarrasser de la matière morte dès les premiers tours et bien planifier la rotation. Attention également aux résiduels et au piétinement. Autant de critères essentiels pour maximiser la productivité de l'herbe.

« Dès qu'on les change, il ne doit plus rien rester sous le fil et la parcelle doit être homogène et ressembler à ce qu'on trouve sous la clôture », explique Shane Bailey de Pâturesens« Dès qu'on les change, il ne doit plus rien rester sous le fil et la parcelle doit être homogène et ressembler à ce qu'on trouve sous la clôture », explique Shane Bailey de Pâturesens (©Pâturesens) Le 6 mars dernier, Shane Bailey de Pâturesens intervenait sur Web-agri dans un webinaire dédié au pâturage. Il expliquait : « Les enjeux d'une bonne mise à l'herbe sont d'augmenter la qualité de l'herbe pour tout le printemps, maîtriser la hauteur d'herbe lorsque celle-ci poussera trop rapidement, augmenter la densité des prairies et permettre une bonne transition alimentaire du troupeau. »

La lumière : moteur de la prairie

« Une prairie se renouvelle principalement par le tallage. 90 à 95 % des graminées présentes dans la prairies proviennent du tallage. » Ainsi, l'expert explique que la lumière est un facteur essentiel : il faut absolument que la plante en ait pour taller. « La croissance des graminées se fait grâce aux réserves stockées. Il faudra alors que le premier tour éclaircisse la prairie. »

Quant au trèfle blanc, sa croissance dépend aussi du même facteur. Il passe par trois phases :

  • La phase rosette : développement du système racinaire en pivot avec formation des premières branches,
  • La phase de colonisation : le trèfle se développe et colonise les espaces vides autour des graminées,
  • La phase de multiplication (entre 1er mai et 15 juin).

Se débarrasser de la matière morte

« L'enjeu de la mise à l'herbe est d'enlever la matière morte. Il faut alors sortir à l'herbe tôt pour maîtriser la qualité de la prairie. La matière morte qui ne sera pas sortie en début de saison sera gardée toute l'année. Ce doit être votre pire ennemi », affirme Shane.

La matière morte : ennemi n°1 de la productivité de la parcellePour lui, le premier tour de pâturage est un tour de nettoyage : il faut faire entrer la lumière et faire consommer la matière morte.

« Une prairie de qualité comporte moins de 10 % de matière morte. C'est la qualité optimale qui répond aux besoins alimentaires des vaches laitières. On est dans une qualité moyenne à 20 % de matière morte et cela correspond aux besoins des vaches en fin de lactation. À plus de 20 % de matière morte, on est dans une prairie de mauvaise qualité , ça correspond aux besoins des vaches taries. »

Résiduels et piétinement : critères à vérifier durant toute la saison

Deux points seront à vérifier tout au long de la saison :

- Les résiduels (ce qu'il reste dans la prairie après le passage des animaux) : « Un bon moyen de vérifier est de regarder sous le fil. En effet, c'est le 1er endroit qui doit être consommé lorsque les animaux arrivent dans la parcelle. Dès qu'on les change, il ne doit plus rien rester sous le fil et la parcelle doit être homogène et ressembler à ce qu'on trouve sous la clôture. Si ça n'est pas le cas, ça signifie qu'il y a trop de complémentation à l'auge ou que les parcelles trop grandes. »

Viser 1 500 kg de MS/ha à la sortie des animaux« Normalement, la bonne hauteur de sortie de la parcelle pour les bovins est 1 500 kg MS/ha. En dessous, ça n'a pas d'impact sur le végétal et ça ne veut pas forcément dire surpâturage mais ça signifie que les animaux n'ont pas eu assez de ressource sur leur fin de pâturage (la production a alors pu baisser). La pire chose est de faire quitter la parcelle avec trop de résiduels. Qu'il reste 1 500 ou 1 750 kg MS/ha, ça n'a pas d'impact sur le végétal mais ça en a sur la production laitière ou la croissance des animaux. Trop de résiduels en sortie signifie une perte de croissance ou de production laitière et les touffes qui restent resteront tout le printemps en refus. On n'arrivera plus plus à les gérer ensuite. »

- Le piétinement : « Les vaches ne doivent pas s'enfoncer à plus de 3 à 5 cm (hauteur du sabot). En dessous, il ne faut pas s'inquiéter : le végétal sera souillé mais ça n'est que de la boue qui sera lavée après une pluie. La durée de piétinement est le facteur le plus important : le temps de pâturage doit être court pour ne pas abîmer davantage. Si on abîme la parcelle, les trous seront colonisés par d'autres flores. C'est le souci dans les parcelles trop grandes ou à l'entrée de certaines prairies. Dans ce cas, mieux vaut privilégier des petites parcelles et des chemins stabilisés. »

La planification est essentielle

Shane rappelle : « L'objectif de la mise à l'herbe est d'atteindre une date clé qu'on appelle " le jour en or". C'est le moment où la croissance de l'herbe dépasse le besoin des animaux. Il se situe entre le 15 avril et le 10 mai. Il faut avoir déprimé toutes les parcelles avant cette date afin de pouvoir suivre la croissance de l'herbe sur de plus petites surfaces ensuite. En principe, on fait deux tours avant cette date : un premier tour lent puis un second plus rapide pour gérer le végétal (étaler la pousse). »

Conserver une certaine sécurité dans les stocks pour ne pas manquer d'herbePar sécurité, il conseille de ne pas faucher trop tôt pour garder une marge de sécurité : « À partir d'avril, on peut écarter des surfaces pour la fauche mais il est préférable d'attendre avant de les récolter. Elles pourront être pâturées en cas de mauvaise période. Il ne faut pas manquer d'herbe en mai par exemple. »

Concernant la complémentation, le professionnel précise : « Le temps de pâturage conditionne la complémentation. Un petit indicateur : on ne doit pas avoir plus de 50 % des animaux couchés dans la première heure de pâturage. »

« On commence la saison par 1/3 d'herbe, 2/3 d'auge. Là, pas besoin de changer la ration : on baisse seulement la quantité distribuée. Mieux vaut distribuer le soir pour que les animaux sortent le matin le ventre vide. Plus tard dans le printemps, on se retrouve à 2/3 d'herbe pâturée. Pour cela, les vaches doivent dormir dehors sinon elles n'auront pas le temps de tout manger. Là, la distribution à l'auge peut être faite le matin ou le soir, peu importe. S'il faut apporter un complément, privilégier l'énergie. On peut supprimer la complémentation azotée. »

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DÉJÀ 3 RÉACTIONS


Man49
Il y a 79 jours
Bonjour
Je voulais savoir comment vous vous y prenez pour sortir vos génisses de - 1 an à l'herbe. Je n'arrive pas à trouver de solution pour ne pas que ça dérape. Pertes de croissance, diarrhée,... Es ce que vous éleveurs avez des conseils à me donner.
Merci
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Jmb67
Il y a 125 jours
Maintenant que je suis en conversion bio je n'ai pas le choix et en plus en IGP Saint Marcellin avec l'obligation de 0,20 ha de pâturage ou d'enfouragement. Le pâturage est une technique compliqué et très aléatoire chaque année on apprend une année sur l'autre ce n'est jamais la même chose.
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Patrice Brachet
Il y a 125 jours
J espère bien que tout le monde comprend que je ne suis pas contre le pâturage mais il va falloir trouver des solutions sinon le pâturage sera compliqué : en effet ; sur ce site j ai commencé à en parler maintenant ce sont les instances qui s inquiètent devant la recrudescence de tub chez les patureurs et ceci à cause de la faune sauvage porteuse saine ! Amis patureurs, Technitiens et spécialistes à vos tablettes sinon on va vider les étables! pour info c est monnaie courante dans ma région et quand il part un troupeau bien souvent il n est pas remplacé C est bien triste car c est un morceau de biodiversité qui meurt et une famille meurtrie
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