Ravageur du maïs derrière prairiePrévenir les dégâts dus aux larves de taupin

| par | Terre-net Média

Les larves de taupin apprécient particulièrement les champs humides et les prairies. Les semis de maïs ensilage derrière prairie présentent un risque accru de plantules rongées aux pieds par ce petit ver de couleur blanc-jaune. La lutte contre cette larve de coléoptère n'est que préventive et l'arsenal de produits phytosanitaires autorisés se réduit.

larves de taupin
En hiver et durant les périodes les plus sèches de l’été, les larves de taupin se terrent à plus de 30 cm de profondeur et cessent de s’alimenter. (© Syngenta)

Depuis l’interdiction de l’insecticide lindane en 1998, le panel d'insecticides efficaces contre les larves de taupin diminue et de ce fait, les dégâts sur les cultures s’accroissent en France. Si l’adulte reste inoffensif, les larves mangent les graines germées et attaquent le collet des jeunes plants au gré de leurs déplacements dans la partie superficielle du sol. Le maïs est sensible au taupin du semis jusqu’au stade 8-10 feuilles. Contrairement aux céréales, le nombre de pieds de maïs à l’hectare est limité, ce qui augmente l’impact sur le rendement.

Ponte dans les prairies et les sols humides

Le taupin adulte est un petit coléoptère (famille des scarabées, coccinelles,…) de couleur noire, mesurant moins d’un cm. Il se déplace principalement en marchant et affectionne particulièrement les prairies, notamment les plus agées, les luzernières, les couverts végétaux et les champs riches en matières organiques, mal drainés et qui restent humides jusqu’à la fin du printemps.

Courant mai-juin, la femelle pond, sous un couvert végétal, plusieurs centaines d’½ufs qui écloront sous forme larvaire au bout de quelques jours. Selon les espèces, les larves vivent dans les premiers centimètres du sol durant deux à six ans avant de se transformer en adultes. Ces vers blancs commettent des dégâts sur les cultures dès leur première année. Lorsqu’une population est bien installée, le risque se répercute d’année en année.

Il existe près de 200 espèces de taupins (genre Agriotes ou Athous). Parmi les Agriotes, les espèces les plus courantes sont : Agriotes sputator, A. obscurus, A. lineatus et A. sordidus. Cette dernière espèce, dont la dynamique de population reste encore mal connue des chercheurs, est très présente dans le sud de la France mais elle remonte progressivement vers le nord et atteint les régions au-dessus de la Loire.

Un sol ressuyé et bien aéré favorise le déplacement des larves de taupin qui trouveront alors de nouveaux pieds de maïs à se mettre sous la dent. Mais à l’inverse, plusieurs passages d’outils de travail du sol avant le semis permettent d’exposer les larves à la portée du bec des oiseaux.

Micro-granulés ou semences traitées

Contre ce ravageur, il n’existe pas de technique de lutte curative et les produits semblent avoir des efficacités inégales. Il est possible de commander des semences de maïs traitées avec un enrobage comme le Cruiser 350 (thiamethoxam, de Syngenta). Si le Cruiser 350 reste la référence du marché en termes d’efficacité, sa commercialisation pourrait être suspendue. En enrobage de semences également, le produit Sonido (thiaclopride,de Bayer-agri) a été homologué en novembre dernier.

D'autres solutions existent sous forme de micro-granulés, comme Cheyenne (clothianidine de Philagro), mis sur le marché en 2012, ou Force 1.5G (téfluthrine de Syngenta). Ces deux produits présentent certaines restrictions d’emploi : Force 1.5G ne peut être utilisé qu’une année sur trois et l’application de Cheyenne dans une parcelle implique l’absence d’utilisation de produit comportant de la clothianidine ou du thiamethoxam au cours des deux campagnes suivantes.

Les solutions en micro-granulés Belem 0.8MG (cyperméthrine de Certis) et Dursban 5G (chlorpyriphos-éthyl de Dow Agroscience), afficheraient des niveaux de protection insuffisants en cas de forte population de taupins, avec des efficacités moyennes de l’ordre de 50 %. Ces produits à base de pyréthrinoïdes ou de chlorpyriphos-éthyl présentent de fortes irrégularités sans que toutes les explications soient connues. Ces granulés insecticides s’appliquent dans la raie de semis à l’aide d’un micro-granulateur et de diffuseurs installés sur le semoir.

Favoriser une implantation rapide

Quoi qu’il en soit, il faut favoriser une implantation rapide du maïs avec, dans la mesure du possible, de bonnes conditions de semis et un engrais starter (granulés solides, appliqués à 100-150 kg/ha), riche en phosphore, et à localiser à quelques centimètres de la ligne de semis.

Même en semis précoce, « ce sont les conditions agronomiques qui dictent le semis », prévient Bertrand Carpentier, ingénieur maïs chez Arvalis-Institut du végétal. « Si au 10 avril, les conditions de température du sol sont généralement acquises (Ndlr : sauf cette année !), les sols ne sont pas toujours suffisamment ressuyés. Et un sol bien ressuyé se réchauffe mieux. Lorsque les conditions ne sont pas réunies, mieux vaut différer le semis de quelques jours ».

Dessécher les larves par temps sec

Le travail du sol en été, par temps sec, provoque la mort par dessèchement d’une partie des larves de taupin. Pour réduire les stocks d’adultes et limiter la reproduction, les mâles peuvent être capturés dans des pièges à phéromones. En agrobiologie, l’incorporation de tourteaux de Neem (arbre aux vertus insecticides, poussant principalement en Inde), ou de tourteaux de ricin pourrait également limiter les dégâts. L’allongement des rotations et l’introduction de crucifères semblent défavorables à la prolifération du bioagresseur qui s’attaque également aux céréales, pommes de terre, betteraves et à de nombreuses cultures légumières.

Liens et sources bibliographiques

Terre-net - Protection des maïs au semis - Des efficacités inégales contre les taupins

Arvalis - Taupins et scutigérelles

Synagri - lutte contre le taupin en agrobiologie

Syngenta (vidéos) - Taupin : le maïs en danger

 


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