Technique de pâturagePremier tour d'herbe : sortir tôt pour bien gérer la pousse

| par | Terre-net Média

C'est l'une des clés des systèmes herbagers : sortir dès que la portance des prairies peut supporter le poids des sabots. De quoi réaliser près de 3 euros d'économie par jour et par vache allaitante.

Vaches paturage allaitantes laitières« Ne jamais aller récolter une herbe que les animaux peuvent aller chercher eux-mêmes dans la prairie », tel est le premier commandement de « l’herbiculteur ». Cette année plus que jamais, la guerre aux coûts de production se gagnera par le pâturage. (©Terre-net Média)

Un bon coup de talon dans l’herbe permet d’évaluer la portance de la prairie. S’il s’enfonce de plus de 5 cm, mieux vaut retarder la mise à l’herbe de quelques jours en commençant par les prairies naturelles, généralement moins sensibles au piétinement que les jeunes prairies.

Le déprimage de l’ensemble des paddocks doit se faire avant la reprise de la pousse, durant les belles après-midi de février ou mars selon la précocité de l’année et de la région. Ce « pré-pâturage » va permettre de nettoyer les refus laissés à l’automne et de favoriser le tallage des graminées. Le pâturage précoce sur l’ensemble des parcelles, y compris celles destinées à la fauche et les prairies qui seront ensilées et labourées au printemps, favorisera une reprise peut être un peu plus tardive mais souvent de meilleure qualité avec davantage de feuilles et moins de tiges.

Faire pâturer quelques heures par jour permet aussi de débuter la transition alimentaire vers l’herbe pâturée en plat unique. Avec des vaches laitières, cette mise à l’herbe est progressive et en faible quantité car elles reçoivent leur ration complémentaire. En système allaitant, la sortie des animaux et leur transition alimentaire vers le pâturage intégral sont plus brutaux. La mise à l’herbe sera généralement un peu plus tardive, durant le mois de mars.

Il est nécessaire de commencer très tôt, parfois avant la mi-février dans l’Ouest, car le premier tour prendra beaucoup de temps. Mais la prairie n’est pas indestructible et si les vaches s’enfoncent, mieux vaut envisager de rester quelques jours à l’étable en attendant le retour des éclaircies.

Créer le décalage entre les paddocks

Pour être efficace, le déprimage ne doit pas s’éterniser. L’objectif étant aussi d’instaurer un début de rotation et d’étaler la pousse sur les différents paddocks afin de ne pas se retrouver submergé par l’explosion de la pousse du mois de mai. En effet, en février, la pousse de l’herbe est réduite, de l’ordre de 10 à 30 kg d’herbe produite par hectare et par jour, elle sera maximale en mai avec 80 kg/ha/j.

Pour ce premier tour, la hauteur d’entrée devrait se situer autour d’une dizaine de centimètres ou moins, les animaux sortiront à environ 5 à 7 cm. Une fois ce premier tour effectué, l’entrée dans un nouveau paddock se décide en fonction de la hauteur d’herbe feuilles tendues : 20 cm est la hauteur idéale. Autour de 25 cm, c’est le signe que l’éleveur est en train de se faire dépasser par la pousse (il faut faucher), en-dessous de 20 cm feuilles tendues, il faut agrandir la surface pâturable ou affourager pour ralentir la rotation.

Pâturage tournant dynamique

En février vient aussi l’heure du calcul de chargement à l’herbe (ex : 1,25 UGB/ha d’herbe ou 80 ares/UGB). Il s’agit de répartir la surface pour le printemps, par exemple une moitié pour la fauche (40 ares fauchés), l’autre pour le pâturage (40 ares pâturés) et prévoir 10 à 15 ares/UGB en fauche précoce vers la mi-mai afin d’augmenter la surface pâturée en début d’été lorsque l’herbe viendra à manquer. Pour la mise à l’herbe, il est nécessaire de commencer grand (40 à 80 ares/VL selon les conditions pédoclimatiques), puis de réduire à 25-30 ares/VL entre avril et juin.

Commencer grand, réduire, puis agrandir

Sans affouragement complémentaire et selon la productivité des prairies, un chargement moyen au printemps de 35 à 45 ares/UGB avec un pâturage tournant sur au moins six parcelles parait un bon compromis. L’observation de l’herbe résiduelle en sortie de paddocks est primordiale. Si la surface est trop grande par rapport à la taille et aux besoins alimentaires du lot, apparaîtront alors des zones préférentielles et d’autres de refus. Dans tous les cas, il faut éviter le surpâturage durant plusieurs jours d’affilée (plus de 3 jours) car les graminées vont alors puiser dans leurs réserves et réduire leur biomasse racinaire et elles souffriront dès la première semaine sans pluie.

Ainsi, en pâturage tournant sur 8 paddocks, la vitesse de rotation sera au minimum de 24 jours au mois de mai (retour sur la paddocks  au bout de 24 jours) pour s’allonger à 30-40, voire 50 jours suivant le nombre de paddocks à la mise à l’herbe, en été-automne et en fin d’hiver. Car lorsque la pousse de l’herbe ralentit, il faut également chercher à freiner la rotation des animaux. L’erreur courante dans la gestion du pâturage est au contraire d’accélérer.

Si à cause d’un coup de froid au printemps, l’herbe ne repousse pas suffisamment après le premier tour de pâturage et que tous les paddocks sont ras, alors il ne faut pas hésiter à distribuer du foin ou de l’ensilage. Les animaux doivent impérativement entrer dans l’herbe à 20 cm feuilles tendues.

L’exemple de la station Arvalis de Lorraine

La ferme expérimentale d’Arvalis - Institut du végétal à St Hilaire en Woëvre dans la Meuse élève des Charolaises en système naisseur-engraisseur. L’objectif de la station est de maximiser la part d’herbe pâturée grâce au pâturage tournant ce qui permet de sevrer des veaux nés en fin d’hiver sans les complémenter au printemps. En mai, ces veaux parviennent généralement à un GMQ proche de 1 500 g/j avec uniquement du lait maternel et de l’herbe pâturée au bon stade.

Sortir 15 jours plus tôt

Arvalis a calculé le gain réalisé si la mise à l’herbe d’un troupeau de 53 vaches charolaises suitées est avancé de 15 jours, soit courant mars 2013 lors de l'étude.  Résultat : une économie à 2 290 € sur 15 jours (hors main d’œuvre), soit un gain de 153 €/j ou 43 €/vache, comparé au même troupeau resté en bâtiment pendant la même période.

En effet, les 15 jours de pâturage permettent d’économiser :
- 14 tonnes MS, soit 4,7 ha d’enrubannage
- 17 tonnes de paille, soit 4,2 ha de paille
- 230 kg de CMV
- près de 60 heures de travail et de tracteur.

D’autre part, les performances animales s’améliorent également avec les deux semaines de pâturage précoce. Les différences de croissance moyenne sur cinq ans (2008-2012) s’établissent à :
+ 10 kg de poids vif pour les veaux mâles (+ 663 g/j X 15 j)
+ 17 kg de PV pour les génisses des deux ans (+ 1 102 g/j X 15 j)

Source : « Construire et conduire un système Herbager économe, Cahier de du Réseau Agriculture durable, Civam.


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