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[Vidéo] Plantes à taninsPlantain ou chicorée ? Les éleveurs de Haute-Vienne parlent de leur expérience

| par | Terre-net Média

Un groupe d'éleveurs de Haute-Vienne (87) s'est réuni il y a quatre ans au sein du « GIEE Mézières » pour tester sur leurs exploitations limousines l'effet des plantes riches en tanins, notamment le plantain et la chicorée. La plupart des éleveurs penchent davantage pour le plantain, jugé plus facile à gérer.

Cliquez pour voir l'interview vidéo de trois éleveurs sur le plantain et la chicorée

« S’ils font pâturer des plantes à tanins en Nouvelle-Zélande, c’est que ça marche, reste à nous de nous approprier la technique », estime Christophe Riffaud, éleveur de Limousines. Après un voyage de l’autre côté de la planète au pays du mouton à l’herbe, un groupe d’éleveurs ovins et bovins du Limousin sont revenus avec une idée en tête : tester les plantes riches en tanins sur leurs exploitations. Une dizaine d’agriculteurs de Haute-Vienne, membres du groupe d’étude et de développement agricole (Géda) ont alors créé un groupement d’intérêt économique et environnemental (GIEE), dispositif crée en 2013 et financé par le ministère pour mener à bien leurs expérimentations sur le plantain et la chicorée. Chaque élevage du « GIEE Mézières » s’est donné pour mission de mettre en place un essai (doses de semis, engraissement des agneaux,…) et de faire remonter leurs observations à leurs confrères.

Valorisation des protéines

Les plantes à tanins telles que le plantain lancéolé, la chicorée fourragère, le sainfoin ou le lotier ont la particularité de contenir des molécules tanniques protégeant la structure des protéines dans le rumen afin qu’elles soient davantage assimilées dans l’intestin du ruminant (protéines by-pass). C’est pour cela que les plantes à tanins s’associent très bien avec des légumineuses, facilitant ainsi l’absorption de leurs protéines et limitant la météorisation, elles permettent de bonnes croissances des animaux au pâturage.

Peu appréciées des strongles digestifs, ces plantes fourragères présentent également des vertus antiparasitaires et nématicides reconnues. Les éleveurs du groupe ont réalisé des coproscopies mais n’ont pas trouvé de différence flagrante entre les animaux nourris ou non sur des prairies riches en plantes à tanins.

Surpris par les croissances

Dans le groupe d’éleveurs, le plantain – de la variété Ceres Tonic d’origine néo-zélandaise – semble avoir obtenu la faveur d’une majorité d'entre eux, la chicorée étant un peu moins souple d’utilisation. « On a préféré le plantain à la chicorée, parce qu’il peut se manger à toute les sauces ! On peut le faire pâturer, le faucher et le récolter en enrubannage ou en ensilage, voire en foin. Tandis que la chicorée contient trop d’eau et se récolte mal. Le plantain pousse bien au printemps et même un peu en hiver, en été il peut sans problème être pâturé épié car il reste appètent », observe Didier Dussouchaud, éleveur de 400 brebis et 40 vaches limousines à Blond (87).

Contrairement à la chicorée, le plantain s’est bien adapté aux terres acides (pH 6 à 5) et hydromorphes du Limousin. La chicorée résiste moins bien au piétinement et à l’humidité des prairies en hiver. A l’inverse, l’été très sec de cette année a montré l’efficacité de la racine pivot de la chicorée, particulièrement productive. « Attention à ne pas se faire dépasser par la chicorée, elle demande un pâturage tournant assez strict, car une fois montée à graine, la plante meurt. Il faut mieux la broyer avant », préviennent les éleveurs.

Tous les éleveurs du GIEE ont été surpris des croissances et de l’état des animaux mis sur les prairies riches en tanins. Christophe Riffaud élève 160 vaches limousines en système tout herbe : « je pèse régulièrement mes veaux et j’ai obtenu sur des prairies contenant de la chicorée et du plantain des GMQ de l’ordre d’1,9 kg sur des veaux de 7-8 mois avec un peu d’apport de concentrés au pâturage. »

Valeurs alimentaires observées

 

Chicorée

Plantain

UFL
PDIN
MAT

0,92
118 g
19,3 %

0,98
91 g
14,6 %

GIEE Mézières

Plantain + luzerne + TV sous couvert de maïs

« Aujourd’hui, je suis à fond pour les prairies 1/3 plantain, 1/3 luzerne, 1/3 trèfle violet, sans graminée », s’enthousiasme Didier Dussouchaud, éleveur ovin et bovin. Il a semé cette prairie sans graminée sous couvert de maïs, à la volée, au quad, le même jour que le semis de maïs. Sans désherbage chimique, la levée des quatre espèces s’est déroulée sans soucis, et la prairie a repris ses droits après l’ensilage du maïs en septembre. Au printemps suivant, Didier Dussouchaud a mis en place sur cette prairie un essai pour engraisser des agneaux à l’herbe en comparaison avec un lot d’agneaux sur prairie multi-espèces classique. Il a été bluffé du résultat ! « J’ai doublé mon chargement grâce à la pousse estivale et atteint des croissances que je n’avais encore jamais faites, et ce, sans ajouter un gramme de concentré », s’étonne-t-il. 

La parcelle a été divisée en huit paddocks pour du pâturage tournant sur trois jours avec un lot de 32 agnelles sevrées et le même lot témoin. « Les agneaux sur la prairie plantain, luzerne, trèfle ont réalisé de bonnes croissance en été, ce qui a permis d’en finir une partie à l’herbe et de conserver davantage d’agnelles pour la reproduction (voir graphiques). J’ai surtout obtenu un chargement supérieur de 55 %, j’ai donc enrubanné cette prairie et, à ma grande surprise, j’obtiens un fourrage fibreux très appètent », constate l’éleveur.

Résultat d'essais de croissance d'agneaux sur des prairies riches en plantes à tanins (PRT) ou prairies classiques.Résultat d'essais de croissance d'agneaux sur des prairies riches en plantes à tanins (PRT) ou prairies classiques. Cliquez pour agrandir. (©GIEE Mézières) 

D’après Danielle Barataud, animatrice du GIEE Mézières et de la Chambre d’agriculture de Haute-Vienne : « avec ce type de prairie sans graminée, il semble envisageable de faire des croissances sur des agneaux de l’ordre de 200 g de GMQ sans complémentation. Certaines publications néo-zélandaises présentent des GMQ proches de 400 g par jour ! Ça fonctionne aussi très bien pour faire du flushing sur les brebis en fin d’été. »

Sur cette prairie contenant 2/3 de légumineuses, l’éleveur n’a constaté aucun problème de météorisation de ses agneaux. Les tanins du plantain jouant sans doute un rôle qui limiterait la formation et l’accumulation de méthane dans le rumen.

Tenter d'éviter le strongylicide

Plantain et chicorée sont toutes deux des plantes assez agressives au semis, qui lèvent facilement. « J’ai mené plusieurs essais depuis cinq ans, notamment de semis de printemps et d’automne, et je privilégierai le printemps dont la levée est meilleure », constate Christophe Riffaud, éleveur bovin qui sème de la chicorée (2 kg/ha) et du plantain (2 kg/ha) avec des mélanges de prairie multi-espèces (22 kg/ha). Il imagine, au printemps prochain, semer une parcelle de mélange plantain + chicorée + trèfle violet sans graminée afin de l’inclure au milieu dans son pâturage tournant : « pour que les animaux viennent pâturer cette parcelle environ une fois par mois pendant cinq jours, dans l’objectif d’éviter le traitement pour les strongles digestifs sur les jeunes veaux. »

Guillaume Théolet, élève 550 brebis et 50 Limousines à Montrol-Sénard. Il a testé le plantain avec de la chicorée à 2 kg/ha avec des prairies multi-espèces (dactyle, trèfles violet, trèfle blanc) « On a mal géré le pâturage, le plantain et la chicorée ont disparu au bout de deux-trois ans à cause du dactyle qui a pris le dessus. Les prairies avec de la chicorée demandent du pâturage tournant assez dynamique, de maximum trois jours avec des chargements importants, tout en limitant le surpâturage car la chicorée le supporte mal. » Pour ne pas être débordé par sa pousse abondante, mieux vaut éviter de semer la chicorée à plus de 2 kg/ha. « La chicorée est une bonne plante d’été, c’est la seule à pousser en période de sécheresse. Mais j’ai observé des diarrhées sur un lot d’agnelles en été parce que la chicorée est gorgée d’eau et en plus, elle est très appétente ». Christophe Riffaud n’a quant à lui rien observé de ce coté là sur ses veaux.

Quant au lotier, petite légumineuse également riche en tanins, les éleveurs ne l’ont pas testée, jugée trop peu productive comparé à la chicorée et au plantain.

Moissonner les graines ?

Très impliqué dans le GIEE Mézières, Didier Dussouchaud a même essayé de récolter de la semence de plantain en semant en pur : « mais toutes les plantes n’étaient pas au même stade et la moissonneuse a bourré ! L’année prochaine, j’essaye de faucher au printemps pour remettre à zéro puis moissonner en août, tous les plantains seront alors montés en tiges de façon homogène. »

Chicorée (à droite) et plantain (à gauche) cultivés en pure. Cliquez pour en savoir davantage sur ces plantes riches en tanins.Chicorée (à gauche) et plantain (à droite) cultivés en pur. Cliquez pour en savoir davantage sur ces plantes riches en tanins. (©Terre-net Média)

Les GIEE

Le département de la Haute-Vienne compte une douzaine de GIEE (groupement d’intérêt économique et environnemental) sur des thématiques très variées, en lien avec des pratiques agro-écologiques. Soutenus et animés par les GEDA et la Chambre d’agriculture, ses groupes d’agriculteurs permettent notamment de mobiliser des aides pour mener le projet l’animation. « Les agriculteurs n’attendent pas pour innover et trouver des solutions économiques sur leurs fermes. Ces agriculteurs réunis au sein des Geda et des GIEE sont des défricheurs d’idées nouvelles, et c’est toujours plus facile de défricher à plusieurs », déclare Olivier Tourand, président de la FNGeda.

 


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