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Paroles de lecteursLe bale grazing fait du foin dans les commentaires

| par | Terre-net Média

Le bale grazing, qui consiste à mettre à la disposition des vaches conduites en pâturage hivernal des balles d'herbe enrubannée, ne semble pas emballer les lecteurs de Web-agri. Pour démêler les vraies infos des préjugés, le mieux est de discuter avec des éleveurs qui ont adopté cette technique. « C'est comme ça qu'on avance », font remarquer Florent, Tintin et Benjamin.

paroles de lecteurs bale grazing « Le bale grazing est très bien en théorie. En pratique, c'est une autre histoire », pense Kami. (©Pâturesens // Création Terre-net Média) 

Titian : « Ce sujet est très intéressant même si bien évidemment, ce n'est pas transposable partout. »

économique et bénéfique à la santé des animaux

Tintin : « L'article est bien fait et original. La preuve qu'il reste beaucoup à apprendre sur l'herbe ! Il faut penser aussi aux abris pour les animaux en cas de fortes pluies ou vent. Cet hiver, nous faisons un essai similaire et pour l'instant, les génisses sont magnifiques. De façon générale, les bêtes sont plus résistantes. À méditer quand la paille monte à 120 ou 130 €/t pour des génisses qui ne feront que 2,5 à 2,8 lactations... »

Hub : « Cela ressemble beaucoup à ce que faisaient les anciens avec les petites bottes de foin : ils affourageaient partout dans la parcelle pour des petits lots de bêtes. D'ailleurs, j'aimerais avoir davantage d'informations sur les différents modes d'affouragement en système plein air. »

portance du sol, confort, image : quelques réticences

Patrice Brachet : « Ne faisant pas pâturer, je n'y connais rien mais j'ai quelques questions qui me trottent dans la tête. Déjà, au niveau de l'éthique, n'y a-t-il aucun gaspillage alimentaire avec des vaches dehors à longueur d'année, par tous les temps, qui mangent à même le sol sans râtelier ? L'enrubannage d'herbe, ça coûte cher quand même ! Et n'avez-vous pas peur de choquer les promeneurs ? Chez nous, c'est dénonciation immédiate avec photos à l'appui. »

Steph72 : « Affourager à l'extérieur sans râtelier, même pas la peine d'y penser, les inconvénients sont plus nombreux que les avantages. Et pourquoi de l'enrubannage, le foin fait très bien l'affaire. Une botte d'enrubanné coûte 10 €/t, contre 3 € pour le foin et 4 € si tu resèmes en plus les graines. »

Hub : « C'est vrai qu'en plein air avec affouragement au râtelier, ce n'est pas toujours évident. En plus, dans les régions vallonnées, on se retrouve avec une concentration importante de déjections dans les endroits plats et rien dans ceux qui sont escarpés. Dérouler du fourrage à même le sol dans les zones pentues peut s'envisager avec de petits lots d'animaux, mais cela nécessiterait du matériel léger, un quad par exemple. »

Kami : « Chez nous, hors de question de laisser les bêtes dehors en hiver : les sols ne sont pas assez portants et les parcs sont en forte pente. Le bale grazing est très bien en théorie. En pratique, c'est une autre histoire. »

De réels opposants

Rebelle : « Je nourris souvent les bovins à l'extérieur au râtelier. Par contre, je trouve cette technique du bale grazing très approximative. Si on met une balle de foin ou autre, dans 90 % des cas, les animaux vont commencer par la pousser dans tous les sens et dans la foulée, vont monter sur le fourrage et le souiller de bouses. Au prix du fourrage... Deuxième chose, en alimentant le troupeau avec du fourrage de très bonne qualité en hiver, il ne va pas quitter le râtelier de la journée, donc pâturera très peu voire pas du tout. Le secret du pâturage hivernal : de petits groupes de cinq à six bêtes avec un râtelier posé sur un sol empierré, à l'abri du vent dominant, contenant du foin à volonté et pas le meilleur de la ferme. »

Éric : « C'est complètement nul... Au prix de l'enrubannage, on ne peut pas le gaspiller comme ça ! Les prairies sont abîmées sur l'emplacement de l'enrubanné, par le piétinement des vaches autour et au global sur la parcelle, par les passages de tracteur pour changer de place le point d'eau. Le confort des animaux n'est pas génial, d'où de moins bonnes performances. (...) L'efficacité et les conditions de travail de l'éleveur sont moindres. Certaines bâches plastiques seront enterrées par le piétinement des animaux ou s'envoleront, bref le bordel... (...) Cette technique ne peut être intéressante que dans des cas exceptionnels. Bref, un article de bureaucrates qui n'améliorera pas la compétitivité des éleveurs ! »

Tintin : « Éric, je comprends que ce sujet ébranle quelques certitudes mais c'est ainsi que l'on peut se remettre en cause. Fermer la porte aux idées nouvelles n'est pas bon. On ne peut pas continuer à travailler comme il y a 30 ans. C'est un agri qui témoigne, pas un salarié d'OPA enfermé dans son bureau. Il ne prend pas le tracteur en hiver et tu pourrais être surpris des croissances des animaux, surtout avec le phénomène de compensation aux beaux jours. La limite cependant : la pluviométrie. Avec 400 mm durant l'hiver, c'est beaucoup plus délicat. Ici, 40 mm sont tombés en décembre et je viens de sortir les vaches taries et deux lots de génisses. Si le temps se dégrade, je les rentrerais. J'aurais déjà gagné un ou deux camions de paille. »

« Les préjugés sont les pires brides du progrès agricole »

Florent : « Vous êtes éleveurs et avez une gestion hivernale qui vous convient. Mais est-ce la seule possible et ne peut-elle pas évoluer pour être plus optimale ? Le meilleur moyen de confirmer les dires des uns et des autres est peut-être d'échanger avec des agris qui pratiquent les techniques en question, pour comprendre pourquoi ils le font, comment ils pratiquent, connaître les limites de chaque solution et les a priori qui leur sont parfois associés ? C'est comme ça qu'on avance et que l'on se débarrasse des idées reçues et des "chez moi, cela ne marche pas". »

« C'est en échangeant entre agris qu'on avance »  comme le montre le Paroles de lecteurs : Les reportages en élevage plébiscités

Benjamin : « Ça tombe bien, l'auteur est éleveur lui aussi. On voit par vos commentaires que vous n'avez pas bien compris le système et l'agronomie qu'il y a derrière cette approche, c'est dommage... Je vous conseille de relire l'article. Ensuite, vous pouvez discuter avec des producteurs, qui pratiquent le bale grazing, pour pouvoir voir/constater/analyser/comprendre par vous-même sur le terrain la plus-value qu'apporte cette solution et l'amélioration des prairies consécutive aux passages d'animaux en hiver (stimulation de la pousse, évolution de la flore, dynamique de sol...). Rien ne vaut l'expérience du terrain. Les préjugés sont les pires brides du progrès agricole. Cette approche rentre dans le même cadre que le pâturage de précision grâce à une compréhension fine du fonctionnement des plantes, du sol et de l'écosystème qui va autour. »

Sdf : « Quel que soit le système que l'on choisit, les éleveurs sont toujours critiqués par les citadins qui ne veulent jamais mettre les pieds dans la boue et exigent un maximum de bien-être animal en dépensant leur argent dans les loisirs plutôt que dans les rayons des boucheries... » 

Sur Facebook aussi, les éleveurs ont beaucoup discuté du bale grazing (33 commentaires et 27 partages de l'article). Voici quelques posts :

post facebook bale grazing (©Facebook) 


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