Maïs fourragePanacher ses indices de précocité pour une maturité homogène à l'ensilage

| par Christophe Diss | Terre-net Média

La diversité de choix dans les indices de précocité du maïs fourrage permet de valoriser au mieux les différents potentiels d'un parcellaire hétérogène. Néanmoins, une maturité homogène et un rendement en matière sèche maximal, autour de 30 à 32 %, doivent être obtenus le jour de la récolte, surtout lorsqu'un seul chantier d'ensilage est envisagé.

Panacher ses indices de maïs pour une maturité homogène à l'ensilageIl faut se projeter vers la date potentielle de récolte pour choisir la bonne variété et composer son panel d'indices de précocité sur l'exploitation. Le maïs demi-tardif à gauche, semé le 7 avril, atteindra 32 % de MS en même temps que celui de droite, très précoce, semé le 25 mai derrière un méteil. (©Christophe Diss)

Il peut être judicieux d’adapter l’indice de précocité du maïs au potentiel de la parcelle, en fonction de son exposition, de la réserve hydrique, des périodes habituelles de stress climatique ou de la rotation, surtout dans les terrains non irrigués. Pour ne pas multiplier les chantiers d’ensilage tout en évitant de mélanger des maïs à surmaturité avec d’autres immatures, mieux vaut anticiper et jouer avec les indices de précocité de ses variétés.

Des indices adaptés dans les meilleures terres

L’indicateur le plus pertinent pour caractériser la précocité ou la tardivité des variétés reste le besoin en somme de températures, propre à chacune et qui correspond à un objectif de maturité en degrés Celsius. Les semenciers peuvent vous renseigner précisément sur ces valeurs. De nombreux outils en ligne permettent de les calculer en base 6 d’une date à une autre, à partir des normales saisonnières d’une région, des températures réellement observées ou de la tendance prévue pour l’année culturale.

La première étape, en recherchant un compromis entre rendement, synchronisation des maturités et date de récolte adaptée à la succession culturale, consiste à déterminer l’indice à semer dans les parcelles les plus productives et accessibles en début de saison avec une date limite de récolte. Prenons le cas d’un éleveur de l’est de la France, disposant de limons argileux sains et profonds. Il souhaite semer du blé ou un couvert hivernal au plus tard le 15 octobre et réaliser au préalable des épandages. La récolte optimale à 32 % de MS se situerait autour du 20 septembre. Avec des semis de maïs qui démarrent le 15 avril au plus tôt, la somme de températures disponible dans sa région entre le 15 avril et le 15 septembre est de 1 750° C : il faudra donc privilégier les variétés de la fin du groupe demi-tardif.

Dans la pratique, en cas de semis précoce, des indices demi-précoces ou précoces sont souvent préférables sur des terrains séchants afin d'atteindre le stade floraison avant l’été et d’optimiser la fécondation en profitant d'une bonne réserve hydrique dans le sol. Cependant, l’expérience de terrain peut démontrer l’inverse : la phase séchante, chaude et très rayonnante, commençant quelques fois plus tôt.

Si la sécheresse estivale s'installe à la floraison et plus tardivement en août, le choix de variétés précoces accélèrera le dessèchement des maïs et obligera à démarrer l’ensilage entre le 15 et le 30 août en climat continental relativement chaud et sec. Si l’été, sec, compromet la fécondation et la formation des grains, cela ne donnera pas forcément un mauvais maïs. En 2015 en effet, plusieurs variétés demi-tardives et tardives, avec peu de grains mais des tiges gorgées de sucres, présentaient de bonnes teneurs en énergie (0,96 UFL en moyenne) avec des taux en MAT corrects.

En revanche, les niveaux énergétiques des maïs précoces, qui achèvent plus rapidement leur cycle, peuvent très vite s’altérer si l’éleveur rate le stade optimal de récolte ou s’il attend que d’autres parcelles arrivent à maturité. Même pourvues de grains, les plantes totalement desséchées seront difficiles à ensiler et à valoriser à l’auge.

L'itinéraire en double culture méteil + maïs est souvent mis en oeuvre dans les meilleures parcelles. Le choix de l'indice de précocité se fera en fonction des maïs semés plus précocemment dans la saison.L'itinéraire en double culture méteil + maïs est souvent mis en oeuvre dans les meilleures parcelles. Le choix de l'indice de précocité se fera en fonction des maïs semés plus précocemment dans la saison. (©Christophe Diss)

Ainsi, pour un jour de semis donné, il est judicieux de "caler" tous les maïs de l’exploitation sur l’indice utilisé dans les bonnes parcelles, notamment avec des variétés dentées qui, grâce à leur souplesse en fin de cycle, pourront être panachées avec des variétés cornées, semées un peu plus tardivement. Les re-semis, les aléas climatiques ou le semis en dérobé après méteil peuvent conduire à des semis successifs entre le 1er avril et le 30 mai, voire au-delà. Quelle que soit la situation, une méthode simple permet de choisir les meilleurs indices :

-  mesurer l’écart en somme de températures entre les implantations les plus précoces et la date prévue du semis,

-  abaisser d’autant le besoin de température de la variété.

Par exemple, un agriculteur envisage de semer 50 % de sa surface de maïs autour du 7 avril, avec une variété nécessitant une somme de températures de 1 750°C, pour une récolte vers le 12 septembre à 32 % de MS. L’autre moitié de la sole est occupée par un méteil de protéagineux et de céréales, qui sera récolté le 15 mai et suivi d’un maïs semé le 25 mai au plus tard, après épandage de lisier.

En semis tardif, se baser sur les semis précoces

D’après son météorologue, la somme de températures cumulées entre le 7 avril et le 25 mai est de 330°C en base 6. S’il désire récolter la totalité de sa surface à la mi-septembre, le producteur devra donc opter pour une variété avec un besoin en somme de températures inférieur de 330°C à celui de la variété demi-tardive semée en avril, c’est-à-dire égal à 1 420°C (1 750°C - 330°C), ce qui correspond aux variétés du début du groupe précoce.

Dans les coteaux, en terres froides et chaudes, mieux vaut parfois faire varier de plus ou moins 50 à 100°C le besoin en somme de températures par rapport au calcul théorique. Dans notre exemple, si les parcelles de maïs en culture dérobée sont exposées plein sud, l’exploitant pourra se tourner vers une variété de milieu de groupe précoce à 1 480°C.

Les terres orientées au nord, généralement plus froides, seront plus propices aux variétés de la fin du groupe très précoce à 1 350°C. Ce mode de détermination des indices de précocité est valable quels que soient la date de semis et l’indice de la variété et doit être associé à une bonne connaissance des parcelles.

Pour en savoir plus sur le sujet, vous pouvez consulter les articles sur le maïs fourrage.

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