Paroles de lecteursNourrir ses vaches sans OGM, oui mais pas pour ne rien gagner !

| par | Terre-net Média

Ne pas donner d'aliment contenant des OGM à ses animaux est, pour certains lecteurs de Web-agri comme Patrice Brachet, une véritable philosophie, non motivée par une quelconque aide financière. Pour d'autres éleveurs en revanche, comme Titian, Poly et Bou21, ces efforts qualitatifs doivent être rémunérés.

paroles de lecteurs nourrir ses vaches sans ogm « Il faut faire évoluer l'alimentation du troupeau pour soi et pour la santé des animaux. S'il y a une aide, c'est encore mieux, mais cela ne doit être la motivation principale », conseille le nutritionniste du cabinet BDM Yan Mathioux. (©Terre-net Média) Patrice Brachet : « 50 % d'herbe ou de méteil dans la ration des vaches, et pas d'OGM, cela fait partie de notre philosophie. Aujourd’hui, c'est en santé animale que je m'y retrouve le plus : 4 €/1 000 l environ de frais vétérinaires contre 15 € auparavant. Produire des protéines de qualité sur sa ferme, ce n'est que du bonheur ! »

À propos du méteil, retrouvez le témoignage de Patrice Brachet, publié sur Web-agri : Autonomie protéique − Patrice Brachet, éleveur de Dordogne, teste des associations de fourragères

Yan Mathioux : « Tout à fait en accord avec vous. Il faut faire évoluer l'alimentation du troupeau pour soi et pour la santé des animaux. S'il y a une aide, c'est encore mieux, mais cela ne doit être la motivation principale. »

Hautot Nicolas : « Les consommateurs ne veulent pas plus des OGM que du glyphosate. Nourrir ses bêtes avec des aliments qui en sont exempts deviendra bientôt obligatoire. » 

Les éleveurs font encore « faire de la qualité bénévolement »

Titian : « Moi, ce que je retiens de cette approche, c'est que la prime est bouffée par le surcoût alimentaire dans la majorité des cas. Nous ne nous en serions pas doutés, habitués que nous sommes à faire de la qualité bénévolement. Qu'une minorité d'entre nous parviennent à en tirer des bénéfices financiers, tant mieux, mais c'est somme toute logique. Pendant ce temps-là, la plupart des éleveurs rament. »

Poly : « Encore un article qui dit aux éleveurs de travailler avec conviction sans espérer le moindre retour financier. Tant que nos efforts ne seront pas rémunérés, les initiatives de ce type ne marcheront pas. »

Titian : « En exerçant le métier d'agriculteur, j'ai surtout acquis la conviction qu'il vaut mieux se débarrasser de ses convictions et ne pas trop écouter leurs promoteurs, ceci pour ne pas prendre trop de risques. »

Utiliser du soja non-OGM ou du tourteau de colza

Jean-Francois Perrin via Linkedin : « Personnellement, ce genre d'article m'agace. Quand on regarde les valeur PDIN et PDIA du soja et du colza, on voit bien qu'ils sont difficilement substituables... Il serait plus judicieux d'augmenter la production de soja française puisque nous avons des variétés adaptées au climat de certaines régions. (...) Quand je travaillais dans la nutrition animale, j'ai vu beaucoup d'agriculteurs faire les frais de ces discours simplistes avec des vaches à 45 kg qui fondaient à vue d'œil et étaient réformées pour infertilité, un critère qui n'est d'ailleurs jamais pris en compte dans les bilans technico-économiques. »

Stéphane Étienne via Linkedin : « Tout est une question d'équilibre ! Le soja est bien évidemment essentiel pour les vaches laitières hautes productrices. Il y a néanmoins des exceptions dans certains cheptels. Il existe peut-être encore des marges de progrès dans la qualité d'exploitation des plantes fourragères. »

Yan Mathioux : « Je vois que ce sujet fait réagir ! Génial, c'était le but. Tout d'abord, ce genre de démarches est généralement libre, aucun éleveur n'est obligé de s'engager. Comme pour le travail sur les taux protéiques et butyreux du lait, ou celui sur les cellules, c'est un moyen, pour ceux qui veulent ou qui peuvent, d'aller chercher de la marge. Certains éleveurs ont voulu saisir cette opportunité, et je les ai aidés. Pour les producteurs qui cherchent des aliments non-OGM, le plus efficace économiquement reste bien sûr de réduire sa dépendance vis-à-vis des achats de tourteau, ce qui rend le passage au non-OGM d'autant plus simple. Et ce, avec une amélioration de la qualité des fourrages engagée depuis plusieurs années, et c'est heureux. Il y a aussi la possibilité d'utiliser du soja non-OGM, français ou pas. Certains éleveurs que je suis en produisent, avec les avantages et les limites que l'on connaît. Ensuite, le "100 % tourteau de colza" fonctionne quand c'est bien fait. Malgré les nombreuses idées reçues circulant sur le terrain depuis 20 ans, on peut se passer du soja ou du lin. C'est plus classique de "pisser" du lait avec du soja, mais toutes les rations à dominante maïs obtiennent de très bons résultats avec du colza. Peut-être une idée pour un futur article. Je suis disponible pour en discuter, en toute gentillesse cela va de soi. »

Steph72 : « L'objectif de ma laiterie est de produire du lait 100 % non-OGM. Elle propose, pour cela, une prime de 15 €/1 000 l. Le prix de base est inférieur de 50 € pour ceux qui ne veulent pas changer leurs pratiques, plutôt dissuasif ! » 

Et toi, que mangent tes vaches ?

Patrice Brachet : « Pour ceux qui doutent du colza, mes 140 VL, deux tiers de Prim'holsteins et un tiers de Montbéliardes, produisent 9 200 kg de lait en moyenne à 45,5 de TB, 35 de TP, 270 d'urée et peu de cellules. Leur ration : 50 % de méteil et 50 % de maïs. »

Hautot Nicolas : « Combien de concentré, de tourteau et de céréales ? »

Patrice Brachet : « 4,4 kg d'orge, 3,5 kg de colza et 500 g de VL 3L. »

Hautot Nicolas : « Moi, mes vaches consomment 35 % d'herbe, 60 % de maïs, 5 % de déchets de pommes de terre, 3,6 kg de tourteau, pour moitié de soja, pour moitié de colza. Cet hiver, elles ont produit 8 600 kg de lait pour un coût alimentaire de 100 €/1 000 l. Je trouve que c'est encore trop cher. L'idéal, c'est faire pâturer les vaches et leur distribuer du maïs épi. »

Bou21: « Nous voulons travailler sans OGM, mais il faut que nous puissions vendre nos produits à un prix rémunérateur ! Tout le monde critique les agriculteurs mais personne ne veut rémunérer nos efforts. Les prix agricoles n'ont pas bougé depuis plus de 30 ans, quand ils n'ont pas baissé. Et après, nos concitoyens nous accusent d'intensifier la production agricole. Croyez bien que nous le faisons pas par plaisir, mais juste pour pouvoir survivre. »

Sur le sujet des prix agricoles qui ne cessent de baisser, retrouvez un Paroles de lecteurs prochainement.

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DÉJÀ 1 RÉACTION


Patrice Brachet
Il y a 78 jours
C est toujours ma philosophie mais je commence à fatiguer : des consommateurs qui veulent manger sains mais sans payer le juste prix ; des gms qui veulent de la qualité et demandent des prix toujours plus au rabais et des industriels qui répercutent tout cela ! De plus d être en avant cel m a valut trois contrôles xxl donc philosophie mais pour combien de temps encore ?
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