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[Reportage] M. Baudouin (79)Les moutons reviennent sur les terres céréalières

| par Julien Dedenon | Terre-net Média

Après avoir repris l'exploitation familiale en 2016, Mathieu Baudouin a introduit, à côté des grandes cultures, un troupeau de brebis, élevées en plein air toute l'année. Un système de production innovant, bien adapté à son terroir et nécessitant peu d'investissements.

Mathieu Baudouin et son pèreMathieu Baudouin (à gauche) et son père : le jeune éleveur a réimplanté des prairies pour accueillir son troupeau. (©Julien Dedenon) « C’est en 2015, lors d’un voyage de six mois en Nouvelle-Zélande que j’ai découvert l’élevage de brebis en plein air toute l’année, explique Mathieu Baudouin, agriculteur à Saint-Georges-de-Rex dans les Deux-Sèvres. Un an plus tard, je reprenais la ferme familiale, centrée principalement sur les céréales. J’ai alors décidé d’acheter un troupeau de brebis pour créer une nouvelle activité sur l’exploitation, car la structure ne me permettait pas de dégager un revenu suffisant ». Le 1er août 2016, il s’installe, seul, sur 140 ha. Située entre Niort et La Rochelle, la ferme touche le marais Poitevin. Les terres sont humides en hiver et sèches en été, avec peu de potentiel agronomique.

Les cultures « traditionnelles » de l’exploitation, comme le blé, l’orge, le pois, le tournesol..., sont conservées sur 100 ha et il en convertit une quarantaine en prairies. Ces surfaces sont implantées en ray-grass anglais, trèfle blanc, fétuque rouge, plantain et chicorée afin de nourrir les 170 brebis de race à viande Limousine juste achetées. Son projet : les croiser avec des béliers Wairere Romney, une race rustique de Nouvelle-Zélande, adaptée aux conditions extérieures, les animaux restant dehors toute l’année. Si l’élevage sans bâtiment nécessite peu d’investissements, sa réussite passe par une optimisation du pâturage.

L’exploitation en quelques chiffres :
- SAU : 140 ha dont 40 ha de prairies et 100 ha de cultures.
- Productions végétales :
   ◊ Cultures principales : blé, orge, pois, féveroles, tournesol oisellerie, maïs, sarrasin, millet et pois chiche, ainsi que diverses cultures associées (blé/féverole, pois/orge…)
   ◊ Couverts hivernaux : féverole, pois, avoine, vesce…
   ◊ Couverts estivaux : moutarde, radis, lentille, phacélie, navette, colza… 
- Productions animales : troupeau de 280 brebis (race à viande). L’objectif est de passer à 300 têtes. 
- Financement de l’installation : 200 000 € pour l’achat de 170 brebis, du matériel, des bâtiments et de 17 ha de foncier.

Pâturage tournant dynamique

Les ovins étant rares sur son secteur, Mathieu a suivi des formations avec le Civam(1) et la société Pâturesens pour, notamment, s’initier à la pratique du pâturage tournant dynamique. Il dispose, d’un îlot de 35 ha de prairies, entouré d’une clôture électrique fixe. « L’intérieur de cet îlot est divisé en paddocks de 90 ares dans lesquels les animaux ne restent jamais plus de 24 heures, précise-t-il. La rotation dure au moins trois semaines, le délai minimum à respecter pour éviter tout risque parasitaire (ténia, strongle…). ». Mathieu déplace régulièrement les clôtures électriques à l’aide de son quad équipé du système Kiwitech, un dispositif pour mettre en place rapidement les piquets. « Généralement, je délimite plusieurs paddocks d’un coup pour être tranquille pendant quelques jours. Au printemps, quand l’herbe pousse plus rapidement, je réserve quelques parcelles pour la fauche. Ce foin est souvent vendu à un voisin ».  

5 ha d’herbe fauchés... au cas où

En été et en hiver, le troupeau est placé sur les couverts d’intercultures. Mathieu Baudouin implante différentes espèces afin d’avoir une production de fourrage étalée sur plusieurs mois. En été, quand ses parcelles sont totalement rasées, il conduit les moutons chez des voisins pour pâturer d’autres couverts. « Les brebis peuvent passer par tous les temps sans risque de dégrader la surface, ajoute l’éleveur. La principale contrainte est d’apporter de l’eau. Je fauche chaque année environ cinq hectares d’herbe que je conserve pour nourrir le troupeau soit en été, soit en hiver. Mais jusqu’à présent je n’en ai jamais eu besoin et j’ai pu revendre ce fourrage. Même lors de l’été 2018, qui fut très sec, les brebis ont toujours trouvé à se nourrir sur les prairies ou les couverts. C’est plutôt rassurant pour la pérennité de mon système. Pour le moment, l’effet des déjections animales sur la fertilité des sols n’est pas encore visible, mais à terme cela sera sans doute bénéfique ».

Reproduction : un taux de réussite de 95 %

La reproduction est une phase clé de l’élevage. « Fin septembre, j’introduis dans le troupeau un ou deux béliers vasectomisés, pour stimuler l’entrée en chaleur des brebis. Quelques jours plus tard, je les remplace par des béliers reproducteurs qui resteront le temps de deux cycles, soit environ quarante jours en moyenne. » Les deux premières années, le taux de réussite a atteint les 95 %.

Les agnelages s’étalent de la fin février à la fin mars. « À cette période j’évite de trop déranger les animaux, souligne Mathieu. Je limite les changements de parcelles et je passe simplement 2 à 3 fois par jour pour voir si tout va bien. L’an passé, je n’ai aidé que trois brebis à faire naître leurs petits. Je suis la croissance des agneaux en les pesant toutes les deux semaines et vérifie également qu’ils n’ont pas de problème de parasitisme. » Les agneaux sont vendus, soit sur le marché de gros de Parthenay via un négociant privé, soit en direct à des particuliers. Dans ce cas, je les conduis à l’abattoir de Surgères. Ce circuit court a connu l’an passé un très fort développement simplement par le bouche-à-oreille.

AgnellesMathieur Baudouin conserve les agnelles pour accroître son troupeau. (©Julien Dedenon)

Un premier bilan encourageant

Deux ans et demi après son installation, Mathieu dresse un bilan plutôt encourageant. « Les banques n’ont pas voulu m’accompagner au départ et j’ai finalement dû souscrire un prêt familial, raconte-t-il. Mon projet cumulait deux handicaps : le semis direct sous couvert et le pâturage tournant dynamique. Deux pratiques qui ne sont pas dans le référentiel des banquiers ! Mais finalement, mes choix se sont avérés les bons. Difficile encore de dresser un bilan financier, puisque l’exploitation est encore en phase de transition mais je suis confiant. Le principal inconvénient de mon système est le fait que je travaille seul. Heureusement, mon père est là pour m’aider et il me remplace un week-end par mois. J’ai l’avantage d’avoir choisi un système nécessitant peu d’investissement financier et peu gourmand en temps de travail. J’ai débuté avec 170 brebis, j’en ai 280 actuellement car j’ai élevé les agnelles. Mon objectif est de passer à 300 têtes l’an prochain. Cela devrait suffire pour assurer mon revenu ».


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DÉJÀ 19 RÉACTIONS


rino
Il y a 67 jours
moi je travaille toute l'année pour nourrir les miens et c pourquoi je prélève la totalité des dpb pour subvenir a mes prélevements .et il ya longtemps que j'ai compris que nous etions devenus cerealiers ou eleveurs pour juste jardiner la france. je m'en tappe de savoir que nous avons quitté la 2è place du commerce exterieur pour recupérer la 6è ou 8è ...c'est bien le dernier de mes soucis!Coté investissements Rien en 10 ans et ca passe meme plutot bien.Pas une tôle pas un agglo pas un emprunt de carriere comme un Danois juste le minimum syndical...
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tony
Il y a 67 jours
Aujourd'hui l agriculture française vit sous perfusion ce qui est regrettable surtout quand la qualité est la. Les consommateur dépense 500 euros dans un téléphone mais de la viande à 20 euros kg c est trop.!! Tous les an quand on commence une année , on ne sais pas comment elle va se finir ( cour des productions, climat, MEDIA pour toutes productions). Les gens nous montre du doigt et nous on bosse pour les nourrir avant de nous nourrir. Quel métier vend a perte toute l'année?? tous les ans. On nous tiens par les aides jusqu'à un moment où certains haut fonctionnaire dirons que cela nous couterais moins cher de tout importer que de donner de l'argent à des agriculteurs. Mon petit doigt me l'a dit. un conseille, calculer tous investissement pour que sa passe hors aides sinon abandonner. c'est possible, c'est ce que je fait depuis une dizaine d année et sa marche très bien on a fait des cuma, de la copropriété , de la location tous suivant l'utilisation et tous se passe pour le mieux. et cela favorise l'aspect social, et la trésorerie, ON EST PLUS LA POUR PRODUIRE MAIS POUR ENTRETENIR
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Changement
Il y a 69 jours
S installer en agriculture.. Toute la démonstration de la non rentabilité.. Non ????
Projet projet... Et la très dure réalité du quotidien à la recherche du revenu.... Il est où le revenu ????? Il espère.. L espoir fait vivre.... Mais est ce qu il va venir l espoir du revenu en agriculture élevage ou céréaliers de toutes façons.... On voit bien qu'il commence le courage est là, la volonté pas de soucis... Strategie aussi... Mais il y a un grand MAIS...quand une année se termine... On voit bien dans ce cas encore une fois que la ou les banques ne financent pas il faut donc des parents riches et qui travaillent encore plus qu avant... Normal cela ????
Il y a beaucoup d exploitations en situation de vie de travail inhumaine.. La crise va ne faire qu agraver les situations...
La banque ne prend plus les risques aujourd'hui.. Elle vous inquiétez pas elle calcul sa rentabilité elle sait où elle met les pieds !!! L écart va encore s agrandir... On peut être en désaccord sur le système de son voisin... Mais je pense que la situation en général est beaucoup plus grave que cela, et parfois dramatique... Dans les années 80 des agris quelque soit leur production étaient à l isf il y avait 1500 euros par ha de recettes sans problème et pas de pac aujourd'hui on est très très loin de tout cela, aujourd'hui les agriculteurs ont droit au rsa.. Ils n y arrivent tout simplement pas...
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Patrick VEYRET
Il y a 69 jours
retour à des pratiques ancestrales 😊?
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sdf
Il y a 68 jours
désolé , mais depuis une dizaine d'année , l'élevage sert plutôt à défiscalisé , qu' à faire du revenu ; je vois beaucoup de jeunes vouloir s'installer en grande culture ,mais très peu en élevage ,même quand les batiments sont déjà là .
un éleveur commence à faire du revenu quand il arrête son activité .
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gibero
Il y a 69 jours
fais des céréales si le coeur t'en dit , en plus tu ne paieras plus d'impot sur le revenu
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Pipo
Il y a 44 jours
est ce que vous avez déjà vu un éleveur obliger d'élever tel ou tel animal ? Les céréaliers ont été obligé de faire jusqu'a 30% de jachère pendant 20ans, il semblerait que vous ayez la mémoire très courte! En pleine sécheresse quand t'as pas plus le droit d'arroser ton maïs il crève.
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Maxen
Il y a 69 jours
Et oui...un ministre a vu des prix durablement élevés pour la céréale et a soigner ses electeurs..
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sdf
Il y a 69 jours
Est ce que vous avez déjà vu un céréalier obligés de construire des batiments pour abriter les cultures l'hiver comme le font les éleveurs pour stocker les fourages et les animaux ,voire le fumier ; c'est bien plus facile de vendre du blé ,du colza ou du maîs en pleine sécheresse que des bovins car quand il y à plus plus rien à bouffer ,les abattoirs savent très bien casser les prix ; On voit beaucoup plus de convertion à la grande culture que l' inverse ,d'ailleur les ddt interdisent le retournement des prairies dans certaines régions pour être sûr qui reste des éleveurs .
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Pipo
Il y a 69 jours
Et donc vous croyez qu'il n'y a pas de contraintes climatiques en grandes cultures ? C'est bien la première fois que je lis ce genre de raisonnement.
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