Bilan de campagne maïs fourrageLe maïs 2015 a eu chaud aux spathes !

| par | Terre-net Média

Dans les deux sens du terme, le maïs a eu chaud en 2015. Très chaud en juillet sous un climat caniculaire qui laissait craindre le pire. Les rendements enregistrés par Arvalis restent cependant honorables, de 6 à 22 tMS/ha en fourrage et 90 q/ha en grain, grâce à un retour des pluies en fin d'été qui a sauvé le remplissage des grains. Les valeurs alimentaires semblent assez bonnes, voire très bonnes mais les ensilages sont hétérogènes et risquent de ne pas tous se conserver correctement.

Bilan de campagne maïs fourrage 2015Le bilan de la campagne 2015 de maïs fourrage montre des rendements globalement en baisse avec des fortes variations régionales. 
En vert : part de la SAU en maïs fourrage de 0 à 25 %. (©Arvalis-Institut du végétal - Octobre 2015)

Arvalis-Institut du végétal estime que la production moyenne de maïs fourrage 2015 à l’hectare est 3 tonnes en dessous de celle de l’an passé avec des pertes qui ont pu atteindre jusqu’à 70 % dans les secteurs les plus sinistrés. Les rendements obtenus varient de 6 à 22 tonnes par hectare. Les transferts de maïs grain en maïs fourrage s’avèrent élevés, atteignant environ 70 000 hectares.

Comme le maïs grain, dont le rendement national moyen oscille autour de 90 q/ha (- 23 %/2014), le maïs fourrage a dû faire face à des scénarios climatiques rudes et variés : déficit hydrique précoce qui a limité le gabarit des plantes, stress autour de la floraison qui a pu limiter la mise en place des épis, des ovules, la fécondation et favoriser les avortements de grains nouvellement formés. Dans nombre de situations, le retour des pluies fin août a pu limiter les pertes en assurant un remplissage plus ou moins complet des grains présents, sous réserve de la présence de feuilles vertes pour assurer la photosynthèse.

Dans les zones où les plantes ont été fortement stressées, les éleveurs ont ciblé au mieux les dates de récolte pour sauvegarder le rendement au champ. Ainsi, des récoltes ont été faites courant août sur les plantes encore partiellement vertes mais dont le dessèchement s’accélérait, avec pour objectif d’ensiler les plantes avant qu’elles ne soient totalement desséchées et des grains au remplissage encore incomplet.

Sucres bloqués dans les tiges et les feuilles

Les teneurs en amidon sont très variables, en fonction du nombre de grains et de leur remplissage. Faute de grains remplis, on a récolté des maïs à moins de 15 % d’amidon. La teneur en sucres solubles, habituellement stable, a été aussi variable, en moyenne à 7 %, en passant de moins de 3 % à plus 20 % de la MS dans certains cas. Dans la période post-floraison, le remplissage des grains se fait en priorité par le produit de la photosynthèse, les sucres solubles, qui migrent vers le grain pour y être stockés sous forme d’amidon. A la floraison et la fécondation, les sucres solubles produits restent dans la partie tige + feuilles, le grain n’étant pas encore apte à stocker l’amidon. En cours de végétation post-floraison, la photosynthèse et la production de sucres solubles se poursuivent tant que l’appareil végétatif reste vert. Si le stress hydrique a été fort et violent, la déshydratation cellulaire a pu stopper les réactions chimiques intracellulaires et les plantes sont restées en l’état, avec des grains en nombre variable et partiellement remplis, avec des sucres solubles encore présents dans la tige et les feuilles, même si ces dernières étaient sèches.

Pour des teneurs en amidon inférieures à 10 %, les teneurs en glucides solubles relevées vont de 15 à 20 %. Pour les maïs fourrages ayant entre 10 et 20 % d’amidon, les teneurs en glucides solubles ont été comprises entre 10 et 15 %.

Bonne qualité dans le Nord-Ouest

La qualité est qualifiée de très bonne à l’ouest de la ligne Ardenne – La Rochelle, avec une composition chimique des maïs fourrage assez proche de celles observées les années précédentes. Pour autant, la teneur en amidon paraît être en léger retrait (29,7 %) alors que la digestibilité enzymatique est historiquement élevée. En conséquence, les valeurs énergétiques relevées sont très élevées dans cette zone Ouest, avec 0.93 UFL en moyenne et des valeurs d’encombrement particulièrement basses (0.94 UEL). Les teneurs en MAT observées, légèrement plus élevées que l’année dernière, ont relevé les valeurs PDI des maïs 2015 de 2.5 g PDI par rapport à 2014. Pour cette zone, la qualité des maïs fourrage est donc très bonne, du même niveau qu’en 2011, avec une valeur énergétique portée en grande partie par la très bonne digestibilité des tiges et feuilles (c’était l’inverse en 2011).

Très variable sur le reste de la France

A l’est de la ligne Ardennes – La Rochelle, les maïs fourrage ont présenté des compositions chimiques très variables. La teneur en MS moyenne est de 33.6 % mais avec une variabilité importante entre échantillons (de 28,8 à 38.4 % MS). Alors que la teneur en amidon moyenne relevée est de 28.3 %, l’écart type est de 8 points. Les valeurs alimentaires sont bonnes et meilleures qu’en 2014. En moyenne, ce sont presque les mêmes valeurs que pour les maïs « nord-ouest » mais avec une large variabilité. L’analyse de fourrage, incontournable, permettra de situer le niveau de valeur énergétique et azotée de ces maïs.

Ensilages 2015 : attention à la stabilité du silo et aux stocks

Compte-tenu des fortes teneurs en glucides solubles à la récolte, tout ceux-ci ne seront pas consommés lors de la phase d’acidification de l’ensilage. Ce substrat pourra alors permettre un développement non désiré de levures et de moisissures si le front d’attaque n’avance pas assez vite et/ou si les températures sont élevées. Dans le cas de maïs avec peu d’amidon, le tassement a souvent été moins bon que les années précédentes. On peut craindre une moindre densité des silos et donc plus d’air dans la masse du fourrage. La stabilité à l’ouverture sera moins bonne que d’habitude. Concernant les rations avec les maïs « nord-ouest », elles sont proches des rations classiques en retirant un peu de correcteur azoté (suivant l’analyse du maïs fourrage) et avec ajout d’un peu de céréales car ces maïs sont souvent moins riches en amidon que d’habitude. Les maïs secs doivent être complémentés en céréales, en diminuant nettement le correcteur azoté. Ces maïs sont riches en PDIN (car fortes teneurs en MAT) et seront bien complémentaires des céréales (riches en PDIE) pour des rations ajustées et sécurisées.

Enfin, attention aux stocks ! Les densités sont plus faibles que d’habitude. Il convient de bien évaluer les tonnes de MS en silo et d’acheter rapidement des fourrages ou coproduits (pulpe par exemple) pour ne pas se retrouver sans pouvoir joindre la récolte prochaine.

N.B : D'après Arvalis-Institut du Végétal : Bertrand Carpentier et Alexis Ferard.

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