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Retard dans la mise à l'herbeHervé Pape : « Mes vaches sont sorties une semaine en février mais pas depuis »

| par Cécile Julien | Terre-net Média

Après un automne pluvieux, un hiver humide et un coup de froid en mars, les prairies ont du mal à redémarrer. Dans l'Ouest, la mise à l'herbe a pris du retard et les éleveurs s'inquiètent devant les stocks qui fondent.

Eleveur et ses vachesHervé Pape a sorti ses vaches une semaine en février avant de les rentrer en raison du temps. Il craint pour son stock de paille. (©Hervé Pape)

Presque un mois de retard. « L’an dernier, qui était une année assez précoce, nous avions sorti les vaches le 13 février, se souvient Mickael Heurtin, éleveur laitier à Domloup (35). Normalement, nous les sortons toujours en février. Cette année, il a fallu attendre le 12 mars. Et encore, elles ne sortent pas tous les jours ». Avec ce retard, le stock de maïs en prend un coup. « Ça va être encore plus serré que d’habitude, craint l’éleveur. L’été avait été sec et les rendements en maïs pas géniaux, les vaches rentrées plus tôt en décembre. 4 semaines en moins d’herbe pour nos 90 vaches et nos 30 génisses, c’est l’équivalent 1,5 ha de maïs ». La facture va aussi monter pour le correcteur azoté qu’il faut continuer à distribuer.

Même constat de retard chez Hervé Pape, à La Martyre (29). « Dans notre zone, humide, on est souvent dans les derniers à sortir mais cette année est hors normes. J’ai sorti mes vaches une petite semaine fin février, dans des conditions limites. Depuis elles sont rentrées. Sur mes terrains peu portants, si les vaches sortent, elles vont tout abîmer. De toute façon, l’herbe ne pousse pas bien ». Comme dans cette zone du nord Finistère, la récolte de maïs a été bonne et qu’il a encore du stock, l’éleveur préserve le potentiel de ses prairies. « Je préfère attendre que de tout massacrer, reconnait Hervé Pape. Sortir un jour de temps en temps, ça rend les vaches nerveuses et je ne trouve pas ça top au niveau alimentaire ».

Chez l’un comme l’autre, c’est du côté du stock de paille qu’on s’inquiète. « On va devoir encore en acheter », craignent-ils. Autre conséquence, le retard de mise à l’herbe perturbe le comportement des animaux. « Les chaleurs s’expriment moins bien en bâtiment et on a plus de mammites », déplore Mickaël Heurtin.

De l’eau et encore de l’eau

Plus que la quantité, c’est la constance de la pluviométrie qui perturbe cette mise à l’herbe. « Il avait beaucoup plu en novembre et décembre. Sur janvier, février et la moitié de mars, j’ai relevé 170 mm, chiffre Mickaël Heurtin. C’est pas énorme mais sur des sols gorgés et sans temps séchant, ça donne des parcelles toujours humides ». « Le coup de froid de mars a encore ralenti la pousse, complète Hervé Pape. On dirait des parcelles de février alors qu’on est le 26 mars ».

En plus des conséquences sur l’alimentation du troupeau, le retard de mise à l’herbe désorganise tous les autres travaux. « Mes fosses à lisier sont pleines. Comme je ne peux pas rentrer sur les pâtures, je n’ai pas encore pu apporter le lisier », regrette Hervé Pape. Les épandages retardés vont aussi se télescoper avec les autres travaux culturaux. Reste à espérer de bonnes conditions pour le reste du printemps pour relancer la saison de pâturage.

Françoise Guillois (©Francoise Guillois)Soyez opportunistes

Pluies ininterrompues, coups de froid en mars, les parcelles ont du mal à se ressuyer, la pousse de l’herbe est en dessous de la moyenne. Dans l’Ouest, la mise à l’herbe affiche 15 jours à 1 mois de retard.
« Il faut être opportuniste pour sortir les vaches dès que possible, quitte à les rentrer, conseille Françoise Guillois, de l’équipe Herbivores des Chambres d’agriculture de Bretagne. Il y a toujours des parcelles plus portantes, des jours sans averses ». Comme les silos ne sont pas fermés, ça ne devrait pas poser de problèmes aux vaches, qui sont en période de transition alimentaire. « Quand on voit qu’on peut les sortir, il faut réduire l’apport de fourrages stockés pour que les vaches aient un pâturage efficace », recommande Françoise Guillois. En plus de réduire la tension sur les stocks fourragers, la mise à l’herbe presse pour réussir à déprimer ses parcelles.
« Le 15 avril est souvent l’objectif pour ce premier tour qui permet de faire pâturer l’herbe d’hiver, moins riche, et de favoriser le tallage. Ainsi, quand la pousse démarre pleinement, on repart sur de l’herbe de qualité. » Dans les exploitations à moins de 25 ares/VL, le retard pourra se rattraper avec une transition un peu plus courte. Dans les systèmes plus herbagers, il faut revoir son circuit de pâturage (privilégier les parcelles les plus portantes, celles en dérobés, épargner les prairies implantées à l’automne), changer de paddocks chaque jour et concentrer le temps de pâturage pour que les vaches n’abîment pas la prairie.

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DÉJÀ 10 RÉACTIONS


Eleveur de vies
Il y a 255 jours
Restons optimistes. Les beaux jours arrivent. Le pâturage va pouvoir recommencer
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Tomy
Il y a 256 jours
Pour ma part, en sud Bretagne, c'est pas trop facile en ce moment mais ça passe.
Le plus delicat étant les chemins
Les VL ont une ration à 90% de paturage
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PATRICE BRACHET
Il y a 256 jours
Cela s appelle justifier son salaire !
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Eleveur de vies
Il y a 257 jours
Les gens de la chambre d'agriculture parle comme des livres. C'est un peu enervant d'être conseillé par des personnes qui sont très loin du terrain...
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PATRICE BRACHET
Il y a 261 jours
Je vous crois Monsieur Poly sans problème je ne conteste rien en Perigord on n est pas plus riche qu ailleurs on a même des fermes références pâturage mais quand ça coince ça coince Mon entrepreneur me disait ce matin qu il y des collègues qui ont du stock que pour quelques jours donc si cela pouvait..... depuis le 1/12/2017 on est a presque 1 m d eau c est bien pour les nappes pour la gestion des effluents c est très compliqué donc on n est pas plus malin que les autres mais...... et pour cet été tirer la langue avec des 40 degrés à l ombre et c est pour cela que je parle d enrubanné car ouvrez un silo fait de 3 mois avec 40 degrés sans jeux de mot c est chaud !!!
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Poly
Il y a 261 jours
Mr Brachet pour avoir d terre de tout type sable, argile, limon, séchante et très humide je peu vous l'assuré tous est paturable. Il n'y as pas de sol qui empêche le pâturage juste des situations plus compliqué que d'autres. Et mon dieux qu'il faut être riche pour enrubanner du fourrage qui pourrait être paturé par d vl ou des genisses. Pour m'as part c vivement les beaux jours que tout le monde dégagés dans les prairies pour diminuer les dépenses et diminuer les heures de boulots.
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steph72
Il y a 261 jours
En ce moment si ça abime dans les prés,avec un tracteur c'est meme pas la peine,on verra les ensilages dans quelques semaines,ça risque de faire plus de dégâts que des pattes de vaches....
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PATRICE BRACHET
Il y a 261 jours
Dans ma région a quelques exceptions près ça peut pas le faire sinon c est détruit !
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hautot nicolas
Il y a 261 jours
-si c'est au pied de la stabulation c'est 0 économiquement de le stocker .(multiplie fois 5 le cout ta ration)
- moin vache reste de temps parcelle moin elles abiment
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PATRICE BRACHET
Il y a 261 jours
Quand je lis l article je me dis: les collègues ont les mêmes problèmes que chez nous et je comprends que cela n est pas facile de lâcher puis de refermer les vaches qui ne comprennent plus .Aprés je lis les conseils de la spécialiste et je le dis tout cela est bien beau mais là il y a surcharge de travail dans le conseil Elle a oublié quelque chose : on ne matraque pas , on fait un super enrubanné dès que cela porte et on l aura sous la main pour plus tard ( je dis enrubanné car la chaîne de travail compacte moins les sols que le chantier avec ensileuse)
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