Analyses de fourragesL'infrarouge gagne le terrain pour optimiser les dates de fauche

| par | Terre-net Média

Les outils d'analyse d'aliments en proche infrarouge (Nir), comme l'AgriNir désormais utilisé par la plupart des entreprises de Conseil Elevage, sortent petit à petit de leurs labos pour gagner le terrain et réaliser des analyses directement au champ, au silo ou à l'auge.

Moisture Tracker Digi-star Orne Conseil Elevage Le Moisture Tracker est un nouveau scanner portatif à infrarouge (NIR) développé aux Etats-unis par Digi-Star. Il mesure directement le taux de matière sèche des fourrages au silo, en vert, ou fauché au champ. (©DR) « Viser des fourrages de qualité c’est le b.a.-ba de la production laitière. Mais on ne peut pas manager ce que l’on ne peut pas mesurer, martèle Yann Martinot directeur technique d’Orne Conseil Elevage. La culture de l’analyse de fourrage a longtemps peiné à se développer chez les éleveurs français. Mais ça progresse. Dans notre département nous faisons 15 fois plus d’analyses qu’il y a cinq ans. Environ 60 % de nos adhérents font régulièrement des analyses en routine afin de calculer des rations plus efficaces. »

Pour une trentaine d’euros voire moins, les outils d’analyses infrarouge (Nir) permettent désormais d’obtenir des résultats instantanément sur le terrain, sans broyage ni séchage, et avec une précision égale à celles obtenus en laboratoire (voire supérieure en multipliant les échantillons). Aujourd’hui les Entreprises de Conseil Elevage d’une trentaine de départements sont équipés d’AgriNir et réalisent plus de 40.000 analyses par an.

Nous les français, ne sommes pas très bons en ensilage d’herbe

Au champs, l’outil AgriNir s’avère le meilleur allié pour optimiser la date de récolte des fourrages, connaitre la valeur alimentaire et savoir si cela vaut le coup de laisser quelques jours de plus sur pied pour gagner en rendement. « Nous les français, ne sommes pas très bons en ensilage d’herbe, estime Yann Martinot. On a tendance à attendre trop longtemps pour obtenir du rendement, ensuite on fauche très ras, "à blanc", et on conditionne de gros andains qui mettent quatre jours à sécher. Résultats : on obtient 4 tonnes de matière sèche par hectare, à 10 % ou 11 % de Mat, voire souvent moins. Les éleveurs des Pays du Nord font de petites coupes de 1,5 ou 2 tMS/ha plus fréquemment, qu’ils sèchent en moins de 24 heures à la faneuse et ils obtiennent des ensilages d’herbe à 20 % de Mat. Après, tout dépend le fourrage recherché selon le besoin des animaux : si c’est pour remplir la panse des génisses, ou bien pour apporter de l’azote dans la ration de vaches hautes productrices. »

Mesurer la MS pour caler la ration

Orne Conseil Elevage a mis en place Scan Récolte Herbe, un modèle de prévision de durée de séchage qui croise les données météo et calcule un temps de séchage minimum pour atteindre 30 à 35 % de MS. Il est aussi possible de mesurer le taux de matière sèche dans l’andain avec le Moisture Tracker (voir photo). Disponible depuis un an, cet outil permet de mesurer directement la MS sur le front d’attaque, à l’auge ou au champ.

Les éleveurs ont l’habitude de parler de leur ration en kg bruts alors que le nutritionniste parle en kg de matière sèche. « Mais quand on ne connait pas précisément le taux de matière sèche de son maïs, cela peut engendrer des écarts de complémentation azotée de plus d’1,5 kg/VL/j de tourteaux. Ce qui pèse sur le porte-monnaie ». Le diagnostic visuel reste très limité, surtout en maïs depuis l’arrivée des variétés de maïs dites "stay-green" qui reste vertes même à 32 %MS.

Suivre la dérive du silo tous les mois

« Les résultats d’analyses permettent le calage fin des rations. Tout est dans l’anticipation, prévient le directeur technique d’Orne Conseil Elevage. Il ne faudrait pas attendre que l’animal montre une baisse de production ou des signes d’acidose pour réajuster l’équilibre de la ration. » D’autant qu’un silo n’est pas homogène au fur et à mesure qu’avance le front d’attaque. « L’idéal est de faire une analyse du silo tous les mois, afin de suivre la dérive de la matière sèche distribuée et les valeurs alimentaires et ainsi caler les rations. Aux Usa, où les analyses de fourrages sont nettement plus répandues, de nombreux éleveurs font une analyse du silo chaque semaine. »

Digestibilité cellulase et DT amidon

Les outils d’analyse infrarouge mesurent des valeurs chimiques convertibles ensuite en UF, Pdi, ainsi qu’en valeurs plus fines comme la digestibilité cellulase (Dcs) ou la dégradabilité théorique de l’amidon (Dt) afin de connaître la fraction d’amidon dégradé dans le rumen et la fraction by-pass dégradée dans l’intestin. Mais contrairement aux analyses chimiques (trois fois plus cher) l’infrarouge ne permet pas d’analyser certaines valeurs alimentaires comme les matières minérales.

Les outils d’analyse infrarouge ont besoin d’être régulièrement étalonnés et calibrés. « De plus, les maïs présentent des signatures physico-chimiques différentes chaque année et nous recalculons en permanence les équations pour chaque famille de fourrage, explique Yann Martinot. D’ailleurs, le réseau France Conseil Elevage est l’un des rares au monde à être autonome dans la gestion et le développement des références infrarouge des familles de fourrages et d’aliments. »


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