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TémoignagesDeux éleveurs bio face à la sécheresse : leurs stratégies pour s'adapter

| par Cécile Julien | Terre-net Média

Comme beaucoup de leurs collègues, Frédéric Lenglet et Gildas Gedouin, deux éleveurs bio de l'Ouest ont dû faire face à la sécheresse et adapter leurs pratiques. Pour maximiser le pâturage, le premier réalise un sursemis sur ses prairies permanentes en septembre puis un semis direct de méteil. Pour le second, cela passe par un topping dès le début de la saison pour densifier la repousse et limiter les refus. Les deux éleveurs diversifient les espèces implantées et testent aussi des mélanges prairiaux pour voir les plus résistants au manque d'eau.

Dans huit pays européens (Allemagne, Irlande, Pays-Bas, Belgique, France, Suède, Italie et Pologne), le programme Inno4Grass réunit des éleveurs laitiers et des instituts techniques pour réfléchir ensemble, comparer et tester des pistes d’adaptations pour améliorer les pratiques de pâturage. Frédéric Lenglet et Gildas Gedouin participent à ce programme et ont témoigné lors du Space 2019.

MontbéliardeMalgré le manque d'eau, Fréderic Lenglet veut garder une production de 5 000 l/vache en faisant pâturer au maximum pour limiter les coûts. (©Pixabay)

« L’an dernier, j’ai dû vendre un tracteur pour acheter du fourrage ». L’émotion face à son impuissance à nourrir ses animaux est toujours là. Frédéric Lenglet, jeune éleveur à Bernay-Neuvy-en-Champagne dans la Sarthe, exploite 222 ha dans une zone sèche de la Sarthe avec trois salariées. Pourtant, depuis son installation, il n’a de cesse d’adapter son exploitation pour renforcer sa résilience en cas d’années climatiquement difficiles. « 2016, 2018, 2019 ont été marquées par la sécheresse » énumère-t-il. Pour arriver à produire ses 730 000 litres en bio avec 130 ha accessibles, le jeune éleveur veut maximiser le pâturage. « Mon objectif est de garder une production de 5 000 l/vache en faisant pâturer au maximum pour limiter les coûts ». 

« L’an dernier, j’ai dû vendre un tracteur pour acheter du fourrage » 

Même stratégie chez Gildas Gedouin, éleveur dans la baie du Mont Saint-Michel, dans la Manche avec son épouse Valérie, qui produit 446 000 litres de lait. En bio depuis 2014, cet éleveur doit composer avec des sols peu profonds et un déficit de pluviométrie estivale de plus en plus marqué. Pour nourrir son troupeau, il se détourne du maïs pour ramener ses 75 vaches dans les prés. « J’essaie de maximiser les ares accessibles par des échanges parcellaires. Quitte à emmener les vaches plus loin. Cela demande de l’organisation, reconnaît-il. On a même décidé de leur faire traverser une voie ferrée pour gagner quelques parcelles ».

Pour les deux éleveurs, l’approche est la même : pour produire du lait à l’herbe, il faut une conduite rigoureuse et optimisée de l’herbe.

Chez Gildas Gedouin, cela commence, dès le début de la saison, avec un topping pour densifier la repousse et limiter les refus. Puis à chaque cycle, ce seront les hauteurs de fauche et de sortie de parcelle qui seront surveillées, toujours dans un objectif de qualité de repousse.

Frédéric Lenglet et Gildas GedouinFrédéric Lenglet et Gildas Gedouin ont partagé lors du Space 2019 leur expérience pour améliorer l'efficacité de leurs prairies. (©Cécile Julien)

Diversifier les ressources fourragères

Gagner en autonomie demande de travailler la diversité des ressources fourragères. Cela passe par une diversification des espèces implantées (fétuque, chicorée, luzerne), des sursemis de protéagineux après la dernière fauche chez Gildas Gedouin.

Fréderic Lenglet, lui, mise sur des semis sous couverts. Il rénove un tiers de ses prairies permanentes chaque année par un sursemis sur la première quinzaine de septembre, puis mi-octobre, un semis direct de méteil (avoine, pois, vesce et féverole) est réalisé. Ce méteil sera ensilé mi-mai avec, dessous, une prairie prête à pousser. Il réalise également des sursemis avec du sorgho, du RGI, du colza, un méteil protéagineux « pour diversifier les ressources fourragères ». Pour continuer à travailler sur le choix d’espèces qui résistent à la sécheresse tout en gardant de l’appétence, le jeune éleveur « regarde ce qui se fait au Portugal ».

« Avec le pâturage, il faut être flexible et opportuniste, s’adapter à la pousse de l’herbe et pas au calendrier qu’on avait imaginé »

Malgré leurs efforts, la conduite de l’herbe n’est pas toujours facile face aux caprices de la météo. « Du 15 juillet au 15 septembre, la production d’herbe aura été nulle, déplore Gildas Gedouin. Avec le pâturage, il faut être flexible et opportuniste, s’adapter à la pousse de l’herbe et pas au calendrier qu’on avait imaginé ».

Explorer toutes les pistes d’adaptation

Pour la pérennité de leur exploitation, les deux éleveurs comptent bien renforcer la place de l’herbe et du pâturage. Malgré les difficultés, cela reste le système fourrager le plus efficace économiquement, notamment en bio.

Pour renforcer cette efficacité et passer les années sèches, les éleveurs travaillent au choix des mélanges prairiaux pour voir ce qui résiste le mieux au manque d’eau tout en gardant suffisamment d’appétence. Ils testent des cultures longtemps délaissées, comme la chicorée, et affinent leurs mélanges pour chaque type de sol. Leur but est de réduire la place du maïs, trop sensible au manque d’eau. « J’ai tendance à réduire mes surfaces en maïs pour n’en faire que dans les sols les plus profonds », souligne Gildas Gedouin, qui va baisser ses superficies de 12 ha à 6 ha.

Toujours dans l’optique de renforcer leur autonomie fourragère, les deux éleveurs testent des cultures fourragères. Colza fourrager, sorgho fourrager et betteraves sont déjà au menu des vaches de Frédéric Lenglet. « J’ai encore des interrogations sur la gestion du salissement et l’impact sur le sol d’une culture de betteraves fourragères », avoue Gildas Gedouin.

Renforcer la place du pâturage demande plus de surface pâturable. Pour passer de 35 à 50 ares par vaches, Gildas Gedouin continue les échanges parcellaires. Si, à long terme, il voudrait bien reprendre des terres, Frédéric Lenglet complète sa production fourragère par des achats de luzerne à un collègue céréalier bio.

Moins de génisses et des vaches plus légères

Réduire le chargement peut se faire en ayant moins d’animaux à nourrir, notamment des génisses. « J’utilise le génotypage pour ne garder que celles qui nous permettront de maximiser le lait en autonomie alimentaire », explique Gildas Gedouin. Fréderic Lenglet a choisi, carrément, de déléguer l’élevage des génisses. En parallèle, il allège le gabarit de ses animaux en introduisant des jersiaises dans un croisement Procross Montbéliarde – la race originelle de l’exploitation – Holstein et rouge suédoise. « Des vaches plus légères me permettront d’allonger la période de pâturage sans abîmer la structure du sol, mais aussi de réduire les boiteries pour des vaches qui vont pâturer jusqu’à 3 km ».

À plus long terme, les deux éleveurs se questionnent sur l’agroforesterie. « L’été on voit bien que l’herbe reste plus verte sous les arbres, remarquent-ils. Dans nos systèmes pâturants, nous avons tout intérêt à remettre des arbres et des haies pour l’ombrage et le bien-être des animaux ».


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DÉJÀ 20 RÉACTIONS


michel
Il y a 18 jours
ba moi pour nourrir mes animaux non productif j'achete de la paille conventionnelle que je fais manger,la paille d'avoine passe tres bien l'orge et pois aussi ça c'est pas mal comme truc je me demande si la paille de maïs pourrait passer???
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steph72
Il y a 18 jours
Tu remarquera hub que la canicule ,en Bretagne ou sur les cotes Normandes a été beaucoup moins forte qu'a l'intérieur des terres.


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Terminé
Il y a 18 jours
Cela fait 40 ans que les éleveurs cherchent à diminuer les charges, sous couvert du fantasme idéologique du bio on croit détenir la clef. En croyant que les techniques du bio coûtent moins chères et donnent un produit de meilleur qualité. Complètement illusoire, il n est plus acceptable aujourd'hui de toujours chercher comment faire pour survivre et non vivre. Les agriculteurs doivent reprendre la totalité de leur production et la facturer c est tout. Rester dans ce déni va continuer à la perte irréversible des éleveurs et de l élevage en France, le BIO n'est pas miracle.. Les problèmes restent les mêmes.
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hub
Il y a 18 jours
steph72,region fourragere ou pas ,ca change quoi, 3 canicules a suivre ca touche tout le monde !!
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steph72
Il y a 18 jours
Surtout quand on est dans une région fourragère favorable,hein moty!
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Moty
Il y a 18 jours
Pour ma part , petit éleveur laitier bio, je pense que pour exister encore aujourd'hui, il faut Bien gérer sa ferme. Je reconnais qu'en bio, nous avons plus facile. Mais, je pense que financièrement il est préférable de produire moins et d'avoir moins d'animaux ; juste adapter son chargement à son contexte pédo-climatique. J'aime la bio - logique.
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tintin
Il y a 19 jours
et que dire des collègues qui n arrivent pas a comprendre que l on puisse travailler sans la coop.
nombreux sont encore ceux qui laissent le technicien de la coop faire l assolement la ration et la FACTURE!ne pas remettre son système en cause est très rassurant et puis si tu as qqes factures en retard ta coop te fait une cession de créance ou te prélève directement sur la facture de lait.la seule chose a ne pas dire c est AUTONOMIE!!! de se fait PATRICE tu deviens forcement un vilain
petit canard! cela fait 30 ans que les producteurs sont sous la coupe des coops et rien ne change.
et un matin tu te réveil avec ta coop qui pèse 28 000 salaries et qui tiens toute une région et ses paysans.
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Patrice Brachet
Il y a 19 jours
Tintin je vais t en raconter une : il y’a quelques mois ,Controle Inopiné : je viens chercher un échantillon des concentrés que vous utilisez ; Réponse colza non ogm Le contrôleur : vous donnez bien des granulés ? Réponse : non Le contrôleur : et vous donnez quoi ? Réponse tout le reste est made in G.A.E.C des Escures Mon fils arrivant avec la mélangeuse le contrôleur m a dit : je prends un échantillon de la mélangeuse. Après cela s est super bien passé et l on échangé sur l agro écologie. Mais quand même quel bon vent l avait poussé vers nôtre ferme
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Patrice Brachet
Il y a 19 jours
Nous on a la peste à part les vrais copains ( commerciaux) on voit personne mais cela a un avantage on perd pas de temps à recevoir ces gens là
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tintin
Il y a 19 jours
je valide l approche de PATRICE nous sommes considérés comme du bétail par le para agricole et nos coops .j avais un commercial qui passait 1 fois par semaine a la ferme pendant des années et depuis mon passage en bio ne me dit plus bonjour.(un technicien de coop!).
L AUTONOMIE est une façon de faire la n... a tous ces parasites.

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