[L'actu d'Arvalis] Plante toxiqueDatura dans le maïs : tout mettre en ½uvre pour l'éviter

| par Arvalis-Institut du végétal | Terre-net Média

Les températures exceptionnellement élevées du mois d'avril ont pu entraîner la levée particulièrement précoce de datura. Or, cette dicotylédone contient des alcaloïdes très toxiques pour l'homme comme pour l'animal. La vigilance est primordiale, y compris dans les zones encore peu touchées, pour éviter une propagation à grande échelle du datura.

DaturaOutre son côté toxique, le datura exerce également une compétition importante vis-à-vis de la lumière, l'eau et les éléments nutritifs. (©Arvalis-Institut du végétal)

Originaire du Mexique et du sud-ouest des États-Unis, le datura contient des alcaloïdes tropaniques (atropine et scopolamine) qui agissent sur le système nerveux central. Ils entraînent des troubles cardiaques, de la sécrétion et des muscles lisses. De très faibles quantités suffisent et toutes les parties de la plante en contiennent. Par conséquent, des limites réglementaires existent.

Pour l’alimentation humaine, la limite maximale est fixée à 1 µg/kg - pour l’atropine comme pour la scopolamine – dans les aliments destinés aux nourrissons et enfants en bas âge contenant du millet, du sorgho, du sarrasin ou leurs dérivés (règlement européen 2016/239). Pour l’alimentation animale, la limite réglementaire concerne la quantité de graines de datura : elle est fixée à 1 g/kg dans toutes les matières premières ou aliments pour animaux (directive européenne 2002/32). Ces seuils sont très faibles mais sont généralement atteints avec la production d’une seule plante. Un pied de datura pour 25 m² peut suffire à provoquer une intoxication mortelle chez les bovins via le maïs ensilage.

À la date de rédaction, des discussions sont en cours pour étendre cette réglementation au grain en général (et aux produits de transformation) ainsi qu’au maïs en particulier et ses produits dérivés pour l’ensemble des consommateurs. Sur grain, les seuils actuellement proposés pour la somme des 2 alcaloïdes varient entre 5 et 15 µg/kg selon la culture, avec une possible mise en application au 1er juillet 2022

Par ailleurs, le datura exerce une compétition importante pour la culture vis-à-vis de la lumière, l’eau et les éléments nutritifs, ce qui n’est pas sans impact sur le rendement. L’objectif est donc de n’avoir aucun pied de datura au sein des parcelles.

Comment reconnaître le datura ?

Au stade plantule, les cotylédons sont très étroits et allongés et les 2-3 premières feuilles sont ovales avec des bords entiers. Les limbes sont dentés à partir de la 4e feuille. On observe des poils sur la tige et les pétioles.  Aux premiers stades de la plante, la confusion est possible avec le chénopode hybride (appelé aussi « chénopode à feuille de stramoine »).

Une fois adulte, cette plante annuelle peut mesurer de 40 cm à 4 m de hauteur grâce au développement d’une tige puissante et ramifiée. Ses grandes feuilles présentent des dents inégales et ses fleurs sont longues, blanches et en forme d’entonnoir. Les fruits sont en forme de capsules ovales et épineuses, ils renferment de nombreuses graines noires. Une capsule de datura peut produire jusqu’à 500 graines, et un pied jusqu’à 5 000 graines. De plus, une graine peut survivre plus de 80 ans dans le sol.

Le datura se reconnaît également par une odeur forte et désagréable au toucher (veillez à utiliser des gants pour toucher la plante).

Caractéristiques du datura au cours de son cycle de développementCaractéristiques du datura au cours de son cycle de développement (©Unilet)

La germination estivale du datura est très échelonnée, les levées peuvent s’effectuer d’avril à septembre. Cette plante, qui apprécie les températures élevées, peut germer à une profondeur supérieure à 10 cm dans tous les types de sol.

Des moyens de lutte préventive à ne pas négliger

  • Ne surtout pas laisser monter à graine les daturas pendant l’interculture.
  • Arracher les daturas manuellement en cours de saison en prenant soin de sortir les plantes de la parcelle et en portant des gants.
  • Surveiller les bords des parcelles, les fossés, les passages d’enrouleurs.
  • Broyer les passages d’enrouleurs avant montée en grain du datura.
  • Commencer les récoltes sur les parcelles les moins infestées si possible, pour ne pas répandre d’éventuelles graines dans le reste des parcelles de l’exploitation.
  • Matériel de récolte : veiller au bon nettoyage du matériel entre les chantiers. Surveiller particulièrement le début de chantier de la machine, là où des graines de datura peuvent tomber au sol.

Quelles stratégies herbicides possibles ?

De nombreux herbicides sont efficaces contre le datura mais ses levées échelonnées compliquent le contrôle tardif. Il est conseillé de prévoir une base de prélevée puis 1 ou 2 applications associant des herbicides racinaires et foliaires positionnées sur des jeunes daturas (2 à 4 feuilles) au stade 2 – 4 feuilles puis 8 – 9 feuilles du maïs.

Trois stratégies peuvent être mises en place :
1. Intervenir en prélevée avec une mésotrione ou un isoxaflutole associé à du nicosulfuron ou du thiencarbazone-méthyle pour gérer le reste de la flore. Puis effectuer un rattrapage si besoin.
2. Traiter en postlevée précoce avec une mésotrione ou un isoxaflutole associé à du nicosulfuron ou du thiencarbazone-méthyle pour gérer le reste de la flore. Et retarder au maximum l’intervention de rattrapage pour gagner en persistance tout en gardant à l’esprit que le datura ne doit pas dépasser 4 feuilles, au risque de ne plus pouvoir le contrôler. Jusqu’à 8 feuilles du maïs, il est possible d’utiliser en plein les associations sulfonylurée + tricétone, ou tricétone + dicamba, ou encore sulfonylurée antidicotylédones + dicamba. La présence de tricétone permet de gérer les graines en germination en plus des daturas levés.
3. En cas de forte infestation, il est possible d’intervenir au-delà du stade 8 feuilles du maïs, mais des pendillards seront indispensables pour atteindre les daturas tout en préservant le maïs.

Le désherbage mécanique doit être réalisée sur de jeunes adventices et avec un temps sec et ensoleillé qui suit l’intervention afin de favoriser la dessication des daturas.

Exemples de stratégies herbicides pour lutter contre le datura dans le maïsExemples de stratégies herbicides pour lutter contre le datura dans le maïs (©Arvalis-Institut du végétal) 


Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net

A lire également

   Rechercher plus d'article

DÉJÀ 18 RÉACTIONS


eric17
Il y a 50 jours
Contre le Datura c'est la Bentazone à hauteur de 700 - 800 gr de matière active / Ha qui fonctionne le mieux .
Mais à faire obligatoirement par temps ensoleillé (avec 2 ou 3 jours de temps ensoleillé après traitement) et avec une température de 18° à 20° minimum donc traiter en fin de matinée .
Depuis 4 années que je désherbe comme cela et je détruis même des daturas de 30 cm de hauteur .
Bentazone = Soleil et Chaleur sinon laisser tomber .
Répondre
réaliste
Il y a 51 jours
Par expérience ,je peut dire que les coquelicots ne poussent que dans les sols basiques à forte teneur en calcaire ,et méfiez vous de ne pas en trouver dans les cachés de doliprane s'il font parties de la famille des pavots !
Répondre
titian
Il y a 52 jours
On en apprend toujours même du dernier des possible abrutis : les coquelicots ne sont pas signe de fertilité, c'est même l'exact contraire.
Répondre
Seb
Il y a 52 jours
Eh bien vous fériée mieux de lire le bouquin de Ducerf, qui précise bien que les coquelicots signale un sol dégradé, et la datura un sol polué. Depuis le passage en bio, avec couverts végétaux et sans labour, je note la disparition de la datura. Il y a d autres adventice, mais la datura a tous simplement disparu. Continuez a arroser de nitrates et de pesticides, tuez le sol, et la datura vous rappellera a l ordre !
Répondre
gibero
Il y a 52 jours
en fait Mr Ducerf et compagnie , tous ces bobos écolos , bios poètes et consorts ne sont plus à une c........ près, ils sont convaincus de leurs bétises , jusqu'à aller dire que la présence de coquelicots est signe de fertilité.Comme tous les pavots, le coquelicot a des effets narcotiques dus aux alcaloïdes qu'il contient. je comprend mieux pourquoi ils l'adorent tant ,et d'en avoir fait leur emblème, à force d'en fumer ça les rend cingler .
Répondre
Cabeillade
Il y a 52 jours
Un commentaire qui fait plaisir à lire. Bio, pas bio, le problème n'est pas là. Personne ne se demande pourquoi on n'observe absolument aucune levée de datura dans une prairie multi-espèces avec zéro application herbicide. Ces daturas comme les autres adventices sont avant tous des indicateurs des déséquilibres que souvent nous entretenons dans nos parcelles. Rotations, associations, plantes compagnes, sols souverts, réduction ou suppression du travail du sol me semblent effectivement des leviers beaucoup plus efficaces pour répondre à ces problématiques que la chimie systématique ou le désherbage manuel.
Répondre
titian
Il y a 52 jours
Les coquelicots passons outre les oncs de l'organisation, j'ai pas investi dans le fascicule de Mr Ducerf mais je suis pas certain que cela indique vraiment du bon, ça poussait pas allègrement sur les anciens champs de bataille 14-18 morts et ultra pollués ?
Répondre
Massol
Il y a 52 jours
Je ne comprends pas ce duel bio contre non bio. Le salissement des parcelles est surtout dû à l’abscence ou l’insuffisance de rotation .il y a forcément une rotation qui va limiter l’infestation de telle ou telle plante .la meilleure façon c’est de passer en agroecologie et après quand on la maîtrise on décide de passer ou pas en ab .chez nous au bout de 17ans d’agroecologie et 11 d’ab derrière un chaume plus de rumex ni de chardon mais des pâturins rga et trèfles divers .ps .le coquelicot est une excellente plante bioindicatrice .
Répondre
moi meme
Il y a 52 jours
bonjour deconvenu des bios quand on leur dit d'enlever manueiiement les daturas dans 15 hectares de soja impossible d'ou declassement du soja en conventionnel .bien evidement on evite de leur dire avant la conversion. surprise.le datura germe tout l'ete quel que soit la culture.perso j'arrete le mais car nous sommes infestes par le datura apporte par les moissonneuses.pas de solution viable .on limite s'est tout .
Répondre
gibero
Il y a 52 jours
si on écoute les bios, un bon coup de bineuse suffirait à les éliminer alors qu'en fait ça ne fait que les multiplier comme les chardons , l ambroisie etc.......dans quelques années ils auront réussi à nous envahir de plantes toxiques comme les coquelicots et oui .....mais bon c'est bio alors .................à fond vers le déclin.
Répondre