Semer de la luzerneAu Gaec des quatre vents, la luzerne est un atout dans la ration et la rotation

| par | Terre-net Média

Pour les 150 vaches laitières du Gaec des quatre vents à Thieulloy-l'Abbaye dans la Somme (80), c'est ensilage et foin de luzerne à chaque repas. Située en zone de grandes cultures, l'exploitation intègre la luzerne dans sa rotation. Voici quelques précautions à prendre au semis.

Gaec des 4 ventsPour Romain Dubois et ses associés, la luzerne se raisonne sur l'ensemble de l'exploitation et ne doit pas venir au détriment des cultures de vente. (©Terre-net Média)

Depuis les années soixante, le Gaec des quatre vents n’a cessé de s’agrandir. Cinq associés s’occupent de cette exploitation picarde : Michel et Sébastien Duboelle, Jean-Benoît Lepers, David Perimony et Romain Dubois. Le troupeau compte aujourd’hui 150 vaches laitières pour produire 1,5 million de litres de lait. Sur les 210 hectares de la ferme, 15 ha sont consacrés à la luzerne avec un rendement moyen de 13 à 14 t MS/ha. « Il y a toujours eu de la luzerne sur l’exploitation, avec des années plus ou moins réussies, se souvient Romain Dubois. C’est un atout dans la ration comme dans la rotation car c’est une très bonne tête d’assolement avant un blé. Nous rencontrons des problèmes de résistance des vulpins aux herbicides sur certaines parcelles. La luzerne a un effet nettoyant et quatre années successives de fauche permettent de venir à bout des graminées résistantes. »

Semer en deux passages

En Picardie, la météo fait parfois des siennes et peut venir compromettre les chantiers de semis et de récoltes en foin. « L’idéal est de semer la luzerne avant le 15 août pour atteindre le stade 4-5 feuilles en octobre. Mais dans notre région, parfois la moisson n’est même pas terminée qu’il faut penser à la luzerne ». Romain Dubois et ses associés essayent de semer le plus dense possible pour éviter la levée des adventices. Ils sèment une première fois à 12 kg/ha, et repassent en biais avec la même densité de semis, suivi d’un roulage. L’objectif se situe autour de 900 graines/m2. La profondeur de semis idéale doit être de trois fois la taille de la graine, soit à peine 0,5 à 1 cm de profondeur. Attention donc aux réglages du semoir et à la vitesse de semis qui doit être lente et constante une fois les réglages établis.

Inoculer à la bétonnière :

Il n’est pas évident de mélanger de façon homogène les graines de luzerne avec l’inoculum, contenant les bactéries. Voici une astuce : mélanger à sec les graines et l’inoculum dans une bétonnière puis pulvériser 250 ml de lait pour 30 kg de semence. Le lait va permettre à l’inoculum de coller aux graines et apportera des sucres. Contrairement au mélange avec de l’eau du robinet, le lait ne contient pas de chlore ou d’autres substances qui pourraient nuire au développement bactérien.

Pour un coût d’environ 12 €/ha, mieux vaut inoculer les graines avec des bactéries (cf encadré) surtout s’il n’y pas eu de luzerne depuis plus de 10 ans dans la parcelle ou que le pH est inférieur à 6,5. Sans ces bactéries dans le sol, la luzerne décrochera en été. Certains semenciers proposent des graines enrobées et inoculées.

Carences en bore

Les bactéries de type rhizobium ne transforment l’azote atmosphérique en azote organique et minéral que si l’azote vient à manquer. L’apport de fumier favorisera davantage le développement des rumex, mourons et pissenlits que des bactéries symbiotiques.

« Il est possible de gagner en luzerne des points de protéine en jouant sur la fertilisation, assure Paul Rouvreau, expert de la luzerne chez Jouffray-Drillaud. C’est pourquoi je conseille de faire une analyse de sol avant de semer de la luzerne ». En effet, la luzerne exporte notamment de la potasse, du phosphore, du calcium, du souffre et du magnésium, le noyau de la chlorophylle. « Il faut vérifier la teneur en oligo-éléments comme le molybdène et le bore qui servent au fonctionnement des bactéries. Je pense qu’un tiers des luzernes françaises sont carencées en bore, cela se reconnait aux nervures vertes et aux inter-nervures jaunes. Mais attention à ne surtout pas mettre de bore en foliaire, c'est toxique pour les vaches. L’apport de bore doit se faire au sol, au moins un mois avant la fauche », prévient-il.

Interdit de désherber au glyphosate

Paul Rouvreau, de Jouffray DrillaudPaul Rouvreau, de Jouffray Drillaud (©Tnm) Les jeunes pousses de luzerne requièrent de la surveillance vis à vis des plantes concurrentes et des limaces. « S’il y a des repousses de céréales, mieux vaut mettre un herbicide foliaire vers le stade trois feuilles », conseille Paul Rouvreau. Par ailleurs, désherber sa luzerne au glyphosate est interdit, sauf pour la production de graines. Le risque avec cette technique est de perdre 2 à 3 tonnes MS/ha, rappelle Paul Rouvreau.

Semis de printemps en direct

Les semis de printemps sont plus risqués que ceux d’été. Ils peuvent être tentés vers la mi-mars dans un sol ressuyé sous couvert de tournesol, d’avoine (50-60 kg/ha avant la luzerne), voire d’orge de printemps. L’avoine de printemps couvre rapidement le sol et pourra s’ensiler courant juin. « Derrière l’avoine, on peut s’attendre à faire deux belles coupes de luzerne, proche de 10 t/ha », estime Paul Rouvreau.

L’idéal est de conserver sa luzerne quatre à cinq ans et de laisser cinq à six ans entre deux luzernes. Dans une luzerne âgée, le sursemis s’avère assez peu efficace. Par contre, il est possible de semer un méteil (triticale, blé, pois, avoine,…) en direct durant la dernière année.

ensilage de luzerneLa luzerne est ensilée avec l'herbe et l'avoine. Faire une pente de 4 à 5 mètres entre deux fourrages différents dans un même silo facilite la transition alimentaire des animaux. (©Terre-net Média) 

Foin de luzerneEn théorie, le foin de luzerne doit être vert et non jaune-orangé, voire rouge signe qu'il a perdu de sa richesse en protéines et en UF. C'est le vent qui sèche le fourrage, tandis que le soleil le décolore.  (©Terre-net Média) 

Batiment logettesLe bâtiment comprend une aire paillée et 156 logettes sur quatre rangées avec deux couloirs d'alimentation. Le Gaec est épaulé par Thierry Dehaussy, nutritionniste du cabinet Bdm. L'alimentation est conduite en deux lots à base de coproduits et de d'ensilage de maïs, d'herbe, d'avoine et de luzerne. Le coût de la ration est de 121 €/1.000 litres. (©Terre-net Média) 


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DÉJÀ 1 RÉACTION


Patersvat
Il y a 1616 jours
J' espère que tout ça c' était pour rigoler un bon coup....
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