Conservation des fourragesAlerte échauffement en cas de balles denses de jeune foin trop humide

| par Arvalis-Institut du végétal | Terre-net Média

Une teneur en matière sèche insuffisante lors du pressage reste la principale cause d'échauffement des foins, mais d'autres facteurs entrent en jeu. Éléments de repères pour comprendre les processus en jeu, déceler les situations à risque et adopter les bons réflexes en cas de doute.

Pressage du foinUn fourrage pressé humide et de façon trop dense : les conditions sont favorables à l'échauffement du foin, attention ! (©Arvalis-Institut du végétal)

Attention aux foins récoltés humides, ils sont particulièrement sensibles à l’échauffement durant la phase de conservation.

Antoine Thibault en témoigne d'ailleurs dans un récent tweet : quatre jours seulement après avoir rentré son foin, l'éleveur normand s'est aperçu que deux ballots dépassaient les 60°C et étaient en pleine combustion :

Que faire en cas d'échauffement important ?
- Si l’éleveur est conscient que la situation est à risque (foin humide, balle dense), il est judicieux de laisser les balles en extérieur ou sous une surface abritée mais ventilée jusqu’à la fin de l’échauffement.
- Si le fourrage est stocké et que sa température dépasse 60°C, il faut soit aérer le tas à partir du sommet ou en le déplaçant, soit prévoir un extincteur à proximité, et sortir les balles si celles-ci sont stockées dans un bâtiment.
- Au-delà de 80°C, l’incendie est quasi inévitable. Il faut avertir les pompiers, sortir le matériel, fermer les portes et ouvertures et ne surtout pas tenter de déplacer le fourrage, l’appel d’air pourrait provoquer la combustion.

Viser une teneur en matière sèche du foin d’au moins 84 % au pressage

La conservation des balles rondes et rectangulaires de foin sans risque d’échauffement implique un pressage du fourrage dès lors que sa teneur en MS est supérieure à 84 %. Au champ, l’appréciation visuelle et le toucher du fourrage permettent d’estimer de manière plus ou moins précise sa teneur en MS mais requiert de l’expérience.

Un fourrage prairial à 82-84 % MS se caractérise en premier lieu par des feuilles cassantes et des tiges sèches. Au toucher, aucune sensation d’humidité ne doit être ressentie, sur le dessus, à l’intérieur et au-dessous de l’andain en contact avec le sol. Sur les tiges, les nœuds ne doivent plus comporter de zones de couleur « vert chlorophylle », signe de la présence résiduelle d’eau. À ces endroits, les composés solubles (sucres notamment) s’y concentrent et retiennent l’eau par des forces hygroscopiques.

Outre cette estimation sensorielle, des sondes permettent de mesurer l’humidité des fourrages. Mais elles s’utilisent sur un fourrage compacté et impliquent qu’il soit déjà pressé pour disposer de l’information. Enfin, l’hétérogénéité du séchage dans la parcelle, en lien avec le type de sol et les zones de bordures ombragées, complexifie l’appréciation de la teneur en MS du fourrage en tout point de la parcelle. Et bien évidemment, les conditions météorologiques réelles ne sont pas toujours celles prévues lors de la fauche.

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L’ensemble de ces éléments peut alors conduire à réaliser le pressage d’un foin insuffisamment sec. Les cellules de la plante qui ne sont alors pas complètement déshydratées ont un métabolisme ralenti mais toujours actif. Par ailleurs, l’eau résiduelle favorise également l’activité métabolique des levures et des moisissures naturellement présentes sur le fourrage.

Une taille ou une densité de balle élevée aggrave le phénomène

Lorsque le foin est trop humide, une densité élevée de fourrage dans la balle est un facteur aggravant les risques d’échauffement. Cette densité ne permet pas une circulation d’air dans la balle suffisante pour évacuer rapidement l’eau résiduelle. La chaleur produite par l’activité des cellules de la plante et des micro-organismes ne peut pas se dissiper et la température interne de la balle grimpe. Selon les mêmes principes, des balles de grande dimension ou empilées les unes sur les autres sont également des facteurs de risque supplémentaires.

En résumé, plus un fourrage est humide et fortement comprimé au sein d’une balle de grande dimension, et plus le risque d’échauffement est élevé.

Risque d'échauffement du foin selon la teneur en MS du fourrage au pressage.Le risque d'échauffement est déterminé par la teneur en MS du foin ainsi que la dimension et la densité de la balle. (©Arvalis institut du végétal)

En cas de suspicion d’une teneur en MS insuffisante, il sera préférable de réaliser des balles de petite dimension et de desserrer au maximum la pression exercée sur le fourrage (cas des presses à chambre variable). Ce levier n’est que partiel mais il diminue le risque d’échauffement. Après pressage, la température des balles sera suivie durant plusieurs semaines. Si le fourrage parait trop humide, il sera préférable de recourir à l’enrubannage.

Un bon foin est plus sensible à l’échauffement qu’un mauvais foin !

À teneur en MS et densité de balle identiques, un fourrage jeune et riche est plus sensible à l’échauffement qu’un fourrage fauché tardivement (stade floraison ou plus tard). Un fourrage jeune se caractérise par une forte teneur en matière organiques solubles (sucres, protéines). Or, cette matière organique soluble est le carburant des réactions métaboliques à l’origine de l’échauffement.

Bien évidemment, pour que les phénomènes de respiration à l’origine de l’échauffement puissent avoir lieu, l’oxygène doit être présent. Or, l’élément n’est jamais limitant au sein de la balle ou dans un tas de balles empilées.

Combien de temps après le pressage apparaît l’échauffement ?

L’échauffement peut apparaître très rapidement après le pressage, en quelques heures. Dans cette situation, le phénomène est dû à l’activité des cellules de la plante encore vivantes.

Après quelques jours (3 à 10 jours), les cellules de la plante ne sont plus actives. Mais les micro-organismes (levures et moisissures), ont pu se développer et se multiplier : leur activité métabolique intense peut être à l’origine d’échauffement, qui peut durer de quelques jours à quelques dizaines de jours.

Il est important de noter que l’échauffement rapide dû à l’activité des cellules de la plante n’est pas toujours constaté, même en situation trop humide au moment du pressage. Parfois, seule l’activité des levures et moisissures est responsable. Dans d’autres situations, les deux pics de montée en température sont proches de sorte qu’ils peuvent être confondus. Ceci invite donc à la prudence quant à la qualification de l’échauffement. Le suivi de la température des balles à risque devra donc se faire sur plusieurs jours avec vigilance.


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