Vers une nouvelle sécheresse ?À l'inverse d'autres régions, la Limagne est loin d'être en excès d'eau

| par Yoann Frontout | Terre-net Média

Au sud de Clermont-Ferrand, les agriculteurs n'ont pas les pieds dans l'eau, on pourrait même plutôt dire qu'ils l'attendent de pied ferme. Depuis janvier, un manque de pluie associé à des températures très douces assèche les prairies et menace les cultures.

Le manque d'eau est inquiétant en LimagneLes agriculteurs de Limagne s'inquiètent du manque d'eau et craignent une nouvelle sécheresse comme en 2019. (©Pascale Faure et Terre-net Média)

Comme certains d’entre vous nous l’ont fait remarquer, le fort excédent pluviométrique que connaissent le nord et l’ouest de la France est bien loin du quotidien que vivent certains exploitants agricoles.

Suite à notre article Champs inondés, semis retardés... Avec la pluie, les agriculteurs saturent autant que leurs sols !, plusieurs lecteurs nous ont en effet signalé que l'eau n'était pas en excès partout, comme Alfred03 : « Chez nous en Limagne, pour atteindre 1 150 mm, il faut cumuler les précipitations depuis septembre 2017 et oui avec moins de 500 mm en 2018 et en 2019 et moins de 50 mm depuis le début de l'année, faut remonter loin pour cumuler 1 150 mm ».

En Limagne, cette plaine agricole qui s’étend à l’est de la chaîne des Puys du Massif central, les sols semblent plutôt trop secs que trop humides. « Nous ne sommes pas en excès d’eau, c’est le moins que l’on puisse dire ! » confirme Stéphane Violleau, conseiller fourrage à la chambre d’agriculture du Puy de Dôme. 

Les données de Météo France en témoignent : entre le 1er janvier et le 22 mars il est tombé 32 mm de pluie à Clermont-Ferrand, avec seulement 4 mm en janvier. Plus au sud, dans la commune d’Issoire, la pluviométrie enregistrée sur la même période est très similaire (29,8 mm). « Si janvier et février sont habituellement des mois peu arrosés, les précipitations sont ici extrêmement faibles », constate Stéphane Violleau. Pour comparaison, la pluviométrie moyenne entre le 1er janvier et le 22 mars (calculée entre 1980 et 2010) est d’environ 70 mm dans les deux communes, soit plus du double de ce qui est enregistré cette année.

La situation est toutefois très contrastée selon les communes concernées. « On peut considérer que l’on est en situation très préoccupante dans le sud et quasi normale sur le nord », nuance ainsi Frédéric Moigny, responsable du service agronomie à la chambre d'agriculture du Puy-de-Dôme.

Peu d'herbe à se mettre sous la dent

En parallèle de ce manque de précipitations, le thermomètre a affiché des températures extrêmement douces pour la saison, notamment en février avec des écarts de + 3,5° à + 5° par rapport à la normale. Conséquence : l’évapotranspiration potentielle (ETP) est élevée, d’autant plus lorsqu’on la compare à la pluviométrie. Entre le 1er janvier et le 22 mars, pour Clermont-Ferrand et Issoire, l'ETP est d’environ 130 mm !

« L’humidité des sols en cette période est la plus faible de ces cinq dernières années » observe ainsi, dans le sud de la Limagne, Françoise Lère, technicienne à la chambre du Puy-de-Dôme.

Herbe en Limagne au 15 mars 2020État d'une prairie du secteur de Sauxillanges, à 500 m d'altitude, lundi 23 mars 2020. Les prairies très rasées ont du mal à redémarrer, et les hauteurs restent insuffisantes pour pouvoir y remettre les animaux. (©Faure Pascale.)

Les prairies en sont particulièrement affectées, même si elles ont profité au départ de la hausse des températures. « La pousse de l’herbe présente environ 15 jours d’avance sur la moyenne de ces dix dernières années » décrit Stéphane Violleau. Les avantages qu’offrirait une mise à l’herbe précoce des bêtes se heurtent à des prairies trop clairsemées, avec des hauteurs d’herbe insuffisantes. « Là où les parcelles sont mieux pourvues, on s’inquiète de la repousse après le premier passage », commente quant à elle Pascale Faure, responsable de l’équipe fourrage de la chambre.

En céréales et colza, rien n’est encore joué

Une quinzaine de jours d’avance, c’est aussi ce qui est observé pour les blés. « Au 25 mars, on avait plus de la moitié des parcelles qui étaient au stade épi 1 cm alors qu’habituellement, c’est un stade qui se réalise entre le 25 mars et le 5 avril. Dès le 15 mars, on pouvait voir quelques parcelles semées fin octobre qui avaient déjà atteint ce stade », décrit Frédéric Moigny.

Si les conditions météorologiques ont induit une précocité dans les prairies comme dans les cultures, ces dernières semblent moins pénalisées par le manque d’eau. « Pour l’instant, le potentiel n’est pas trop atteint, même si pour certaines parcelles ça commence à être le cas », souligne Yoann Ginestière, ingénieur agronome à la chambre d'agriculture du Puy-de-Dôme.

Dans certaines zones, comme les coteaux de Limagne où les terres argilo-calcaires présentent peu de réserves utiles, le blé commence en effet déjà à manquer d’eau. « Comme l’année dernière, on peut observer un manque de talles », décrit l’ingénieur. Mais il ne verse toutefois pas dans le pessimisme : « S’il vient à pleuvoir, on pourrait avoir une très bonne année, estime-t-il. Toutefois, si les précipitations ne sont pas là d’ici une semaine ou deux, on risque de se diriger vers une situation semblable à 2019. » 2019 ? Dans le sud de la Limagne, c’était en moyenne 30/35 quintaux de blé, quasiment pas de colza à ramasser, à peine 25 quintaux de tournesol et pas de récolte de maïs grains…

Lire aussi sur la sécheresse 2019 en Limagne : Les agriculteurs auvergnats inquiets après une récolte catastrophique

Dans ce contexte, Françoise Lère souligne les problèmes rencontrés par certains agriculteurs pour la mise en eau des réseaux d’irrigation. Avec l’épidémie du Covid-19, certains travaux d’entretien nécessaires en amont doivent être reportés. Jusqu’à quand ? Difficile à dire pour le moment...

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DÉJÀ 21 RÉACTIONS


Auvergnat
Il y a 49 jours
Rigolo t'es gentil mais il faut savoir rester poli effectivement. Il n'y connais vraiment rien ! En plus de ça il faut comparer la pluviométrie a l'etp très importante à cause de l'hiver doux. Et en plus de ça responsable du service agronomie !
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Drain sec
Il y a 49 jours
Moigny rigolo
La situation est pas préoccupante qu'il dit, c'est sûr sa paie tombe quoiqu'il arrive!!!
Plus on a de contraintes plus a la chambre ils ont du travail...
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antoni
Il y a 50 jours
a peine 400mm depuis octobre 2019 à la station météofrance de Dijon...sol déjà craquelé en surface dans bon nombre de parcelles argileuses du val de Saône...où va t'on ? L'année 2019 s'est soldée par un triste bilan à 600 et quelques mm pour Dijon. Aujourd'hui, je suis plus inquiet par le manque de pluie que par le coronavirus !
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Pipo
Il y a 48 jours
hey Gibero et eric17, plutôt que vous echarper pour rien, vous vous demandez pas pourquoi moi ça va nickel ? ( j'ai pris 690mm de octobre à février). Mon maïs est dans le frais à 4,5cm , sol bien rappuyé après... avec les quelques averses annoncées (surement 5mm) je prédis le maïs levé d'ici 8 jours. (sous toutes réserves d'usage)
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gibero
Il y a 47 jours
vous vous doutiez bien qu'un jour tôt ou tard après avoir retourné les prairies en bord de CHARENTE que cela se compliquerait un peu , on ne peut pas toujours avoir les avantages d''une situation sans ses inconvénients, moi aussi parfois il me prend à rêver d'etre en bord de fleuve ou dans des marais avec des terres profondes et irrigables.... ces 11 mm que vous avez eu nous manquent cruellement, et tout ceci après prés de 800 mm depuis fin septembre, nos terres argilocalcaires ont l'avantage de leur inconvénient : elles sont trop filtrantes.
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eric17
Il y a 48 jours
@gibero , avec ces 11 millimètres en terre très argileuse cela met plus la pagaille qu'autre chose .
Alors oui mes blés sont contents mais les préparations de sol pour les semis de printemps sont eux repoussés de 2 ou 3 jours .
Sur le secteur de Mansle vous rentrez dans vos terres pratiquement quand vous voulez .
Dans les champagnes en dessous Saintes , bien non .
Alors oui pour moi et des voisins ces 11 millimètres sont encore en trop .
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gibero
Il y a 48 jours
et il se plaint d avoir eu 11 mm, je rêve, moi qui voudrait un peu de pluie après 3 semaines très sèches et venteuses sur petites terre au nord d 'Angoulême et tout ça après prés de 800 mm depuis le 20 septembre, les semis de maïs et tournesol sont impossible à réaliser tellement c'est sec, les préparations de sol sont dégueulasses et les céréales et colza commencent à souffrir du manque d' eau alors oui vivement qu 'il pleuve ..... l'irrigation se prépare pour les céréales et même pour les semis de printemps grrrrrrrrrrrrrrrrr après tant de pluie il fallait s' en doutait , par chez nous c' est se qu' on redoutait le plus alors les gars qui se plaignent d'avoir eu 11 mm , on comprend pas .........
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eric17
Il y a 48 jours
Ben t'as bien de la chance toi .
Chez moi 11 millimètres hier alors labour possible uniquement dans les hauts de parcelle demain .
J'ai fait une tentative de labour dans une parcelle merdique .
Résultat : le taux de patinage était de 12% au début(en haut) puis il à monté à
16% puis 22% pour aller à 30% vers la fin (il me reste encore environ 15% de cette parcelle à labourer , peut-être d'ici 15 jours) .
Bon semis à toi .
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Pipo
Il y a 48 jours
Semis en cours, ça va nickel.
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Pipo
Il y a 50 jours
Bon, voilà du nouveau. J'ai fait les essais en règle des semoirs (maïs). ça va aller nickel, je démarre demain matin aux aurores.
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