DébouchésVincent Baudet, éleveur : « Le colostrum restant et de bonne qualité est vendu »

| par Cécile Julien | Terre-net Média

S'il est primordial pour apporter des anticorps aux veaux, le colostrum, issu de la première traite, peut aussi être vendu. Ouest Élevage collecte les surplus de colostrum pour en faire des compléments alimentaires pour jeunes animaux.

Vincent Baudet, éleveur vend son surplus de colostrum à Ouest ÉlevageGrâce à la vente de 500 litres de colostrum, Vincent Baudet éleveur, est parvenu à toucher 726 euros en 2017 : un « plus » pour l'exploitation. (©Cécile Julien)

« Ça ne fait pas la rentabilité de l’exploitation mais c’est un plus », apprécie Vincent Baudet, éleveur à Hénansal (22). Depuis 2014, le jeune agriculteur vend les surplus de colostrum de sa centaine de laitières. « Évidemment, le colostrum va en priorité aux veaux. J’en congèle également pour les veaux des allaitantes, qui en produisent moins, ou pour les veaux qui auraient besoin d’un complément, explique-t-il. Ce qui reste et qui est de bonne qualité, je le vends ».

L’éleveur et ses associés auront vendu 500 litres pour une valeur HT de 726 euros, sur les 11 premiers mois de 2017. Comme Vincent Baudet, ils sont 916 éleveurs de Bretagne et des Pays de la Loire à vendre leurs excédents de colostrum à Ouest Elevage, une filiale de Laïta. En 2017, 127 793 litres ont ainsi été valorisés en compléments alimentaires pour jeunes animaux.

Le colostrum séparé pendant les sept jours est transvasé dans un bidon de 10 litres qui ira au congélateur.

Riche en énergie, le colostrum l’est aussi en immunoglobulines, ces anticorps nécessaires pour que le veau développe son immunité. La teneur en immunoglobulines est la plus élevée dans les premières heures après le vêlage. C’est à la première traite, après que le veau ait été nourri, que le colostrum est gardé et mis en bidon. « Ça ne change pas mes pratiques. En restant avec sa mère jusq'uà la traite, le veau a le temps d'ingérer du colostrum. De toute façon, il en aura en première buvée, explique Vincent Baudet, qui avance comme preuve le bon démarrage de ses animaux. À la traite, de toute façon le colostrum est séparé pendant sept jours. Là j’ai juste à le transvaser à l’aide d’un entonnoir dans le bidon de 10 litres qui ira au congélateur. »

Ouest Elevage alloue des aides pour s’équiper d’un congélateur. Sur un appareil vendu 199 euros HT, l’éleveur qui aura respecté son engagement de vente pendant trois ans, touchera une subvention de 102 euros. « C’est vrai qu’avoir un congélateur dans la laiterie c’est plus pratique, apprécie Vincent Baudet. Dès la fin de la traite, on met le colostrum dans le bidon et hop au congélateur. Plus de risque d’oublier de le rapporter rapidement à la maison. »

Vérifier la qualité du colostrum

Si la récolte du colostrum est simple, il faut quand même s’assurer de sa qualité. Seuls les élevages indemnes d’IBR peuvent le vendre. « À chaque prélèvement de colostrum, l’éleveur doit vérifier la teneur en immunoglobulines avec un pèse-colostrum, explique Jennifer Duhamel, coordinatrice de la collecte à Ouest Elevage. Si le colostrum en contient plus de 50 g/litre, alors il peut être congelé ». Cette exigence de qualité est atteinte sur la première traite, rarement sur la 2e car le taux d’immunoglobulines chute rapidement. « Plus tôt on trait après le vêlage, meilleure est la qualité. Il y a également un effet de la préparation sanitaire et alimentaire au vêlage », complète Jennifer Duhamel.

Ce que boit le veau ne représente, souvent, qu’un quart de la production de colostrum. En moyenne, il est possible de vendre 4,6 litres par vêlage. Un peu moins pour les génisses. Il n’y a que peu de différence selon le rang de lactation des multipares. Par contre, le rang de lactation ne joue pas sur la teneur en immunoglobulines. C’est cette teneur qui servira de base pour le paiement selon une grille à la qualité : entre 0,6 euros/litre, pour un colostrum à 50 g/litre d’immunoglobulines et 3,75 euros pour les plus riches.

Différents réseaux de collecte

Chaque bidon est identifié et étiqueté. Leur collecte est organisée pour préserver la chaine du froid. Pour les éleveurs livrant à Laïta ou à ses laiteries associées, les bidons peuvent être donnés directement au laitier, qui les transporte dans une caisse isotherme et rapporte des bidons vides à sa prochaine collecte. Les éleveurs peuvent aussi les déposer dans huit espaces Terrena. Pour certains, l’acheminement des bidons est assuré par un transporteur externe. Tous les bidons seront centralisés à Ploudaniel (29), au siège de Ouest Elevage, avant de rejoindre ECI, l’usine belge leader européen de la valorisation du colostrum. « La Blanc Bleu Belge ne donne pas beaucoup de colostrum, les Belges ont depuis longtemps l’habitude de transformer le colostrum de laitières pour l’administrer à ces veaux, explique Jennifer Duhamel. Nous utilisons leur technologie dans une usine dont nous sommes partenaires ». Deux autres entreprises, l’un dans les Hauts de France, l’autre autour de Lyon, valorisent aussi du colostrum.

Le colostrum congelé gardera sa valeur en immunoglobulines, car ces protéines ne sont pas détruites par le process de transformation en poudre. Cette poudre sera soit incorporée dans des aliments pour jeunes mammifères (veaux, agneaux, porcelets mais aussi chiots, chatons), soit conditionnée en sachet ou tubes pour « booster » les veaux et porcelets qui ont un démarrage plus lent.

Ouest Elevage est à la recherche de nouveaux producteurs. « Nous avons des marchés pour doubler notre collecte » affiche Jennifer Duhamel. Les éleveurs intéressés doivent avoir un cheptel indemne d’IBR et être situés en Bretagne ou dans les Pays de la Loire.

Contact : Jennifer Duhamel, 06 88 23 55 50 jennifer.duhamel@laita.fr

Estimer la quantité de colostrum nécessaire à un veau :

Dans ses six premières heures de vie, un veau doit ingérer 150 g d’immunoglobulines. Connaître la teneur du colostrum permet de calculer le volume de lait à lui donner : de 1,2 litre pour un colostrum très riche à 125 g par litre jusqu’à 6 litres pour un colostrum contenant seulement 25 g.


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