[Paroles de lecteurs] CoronavirusLever le pied sur les concentrés pour freiner la production, pas si simple !

| par | Terre-net Média

Afin d'éviter un engorgement du marché laitier suite à la pandémie de covid-19, la filière incite les éleveurs à ralentir leur production. Certains organismes comme l'idele tentent de leur proposer des pistes pour y parvenir, par exemple baisser les concentrés dans la ration. Mais les lecteurs de Web-agri craignent un impact sur les performances futures de leur troupeau. Benoît Rouillé, en charge depuis plusieurs années de l'alimentation des vaches laitières à l'institut, leur conseille alors d'autres leviers d'action.

paroles de lecteurs web agri lever le pied sur les concentres pour freiner la production laitiere face au coronavirus n est pas si simple  « Le rationnement des vaches laitières à haut potentiel peut avoir des conséquences néfastes sur l'élevage », redoute rebelle. (©Terre-net Média)

Suite à la lecture de l'article Contre l'engorgement du marché laitier − Lever le pied sur les concentrés pour ralentir la production, paru sur le site la semaine dernière, Fabien 53 demande aux lecteurs de Web-agri : « Je ne mets pas de concentrés. Comment je fais pour baisser la production laitière ? »

Capitaine lui propose de « commencer par supprimer la traite du dimanche soir ».

Fabien 53 lui répond : « Je pratique la monotraite le dimanche depuis deux ans déjà. C'est très agréable ! »

rebelle, lui, n'est pas prêt à produire moins de lait, craignant un impact négatif durable sur son cheptel : « Des laiteries n'arrivent plus à se fournir en boîtes ou bouteilles vides parce que les usines qui les produisent fonctionnent au ralenti. Mais il est plus simple de brider en amont quand l'aval est incapable de s'organiser... Quand on a un peu d'expérience, on sait que le rationnement des vaches laitières à haut potentiel peut avoir des conséquences néfastes sur l'élevage. En ce moment, mon troupeau est à plus de 33 kg de lait de moyenne et je n'envisage pas de supprimer quoi que ce soit ! »

Plus facile de brider l'amont que l'aval !

« Jouer sur l'effectif de vaches et la fréquence de traite »


B_rouille_idele intervient alors (il travaille sur l'alimentation des vaches laitières à l'institut de l'élevage idele, organisme cité dans l'article comme conseillant aux éleveurs de diminuer les concentrés pour ralentir la production laitière face à la pandémie de coronavirus) : « Nous ne pensons pas à la place des producteurs, loin de là ! L'idele partage des pistes de réflexion pour répondre au contexte tout à fait particulier lié à la crise sanitaire du covid-19. Libre à vous rebelle de les utiliser ou non. Sachez juste que nos résultats sont et seront toujours disponibles pour les éleveurs. »

Partager des pistes de réflexion.

Il recommande ensuite à Fabien 53 : « Dans votre cas, il va falloir jouer sur l'effectif de vaches laitières et/ou la fréquence de traite. En système herbager et sans concentré, la monotraite peut-être intéressante pendant quelques jours. Un article paraîtra très bientôt sur ce sujet sur idele.fr. »

Puis revient sur l'intervention de rebelle : « Encore une fois, j'essaie de donner à mon niveau des solutions possibles, je ne suis pas responsable de l'aval, ce n'est pas mon job. Pour le rationnement des vaches laitières hautes productrices (VHP), je suis du même avis que vous sur la difficulté de gérer des variations de production, en témoignent les échanges nombreux que j'ai eus sur Twitter. Mais la moyenne des étables françaises est de 25 kg de lait/VL/jour. Ces propositions sont donc peut-être intéressantes pour d'autres producteurs. Pour finir sur mon expérience, je travaille depuis 15 ans sur l'alimentation des vaches laitières. Avant ça, j'ai fait mes gammes chez mon oncle producteur de lait en Bretagne dès que je pouvais. J'ai travaillé avec des éleveurs bio à 4 500 kg en Bretagne et des VHP proches des 12 000 kg en Alsace. J'essaie d'être toujours dans la bienveillance et de partager mes connaissances. Rien de plus. Et je n'ai pas la prétention de tout savoir, j'apprends, y compris avec vous en lisant ces échanges. »

Un « arrière effet marqué pour les hautes productrices »

Fabien 53 reparle de la monotraite : « Pourquoi pas opter pour cette pratique tant que ma laiterie m'assure de maintenir mon revenu. Sinon, c'est non ! Je suis installé depuis cinq ans, j'ai donc beaucoup d'annuités sur le dos. En plus, j'ai changé de système. J'ai besoin de rentrées d'argent pour rattraper mon retard chez mes fournisseurs. De plus, je ne produis jamais ma référence, je regarde la marge. Pour finir, si ma laiterie via l'OP ne distribuait pas du lait à gogo depuis deux ans, on n'en serait peut être pas là. À méditer... »

B_rouille_idele reconnaît qu'« en effet », la « situation » de Fabien 53 « ne laisse que peu de marge de sécurité... »

Titi émet lui aussi des doutes : « Croyez-vous vraiment que quand on aura baissé la quantité de concentrés pendant une période, les vaches vont se remettre à produire comme avant dès qu'on leur redonnera leur ration initiale ? »

B_rouille_idele se montre objectif : « Pour des productrices moyennes, baisser d'un kilo le concentré de production pendant 30 jours n'aura pas d'arrière effet sur les performances laitières attendues. Mais à des niveaux de production élevés, celui-ci peut être marqué. Tout dépend donc du niveau d'étable habituel et de la quantité de concentré en moins. »

Gérer les variations de production peut être compliqué.

Comment faire avec « des trésoreries au plus bas » ?

steph72 interpelle Benoît Rouillé face « au manque de trésorerie des producteurs laitiers » : « La monotraite ou le tarissement des vaches ne sont pas de bonnes solutions. Il  ne faut pas oublier qu'on sort d'une année difficile à cause de la sécheresse et on nous demande encore de réduire notre production alors qu'on ne pourra peut-être pas compenser si un épisode sec se reproduit. Pourquoi pas geler les attributions laitières ou les prêts de fin de campagne ? Les vaches ne sont pas des robinets qu'on ferme ou qu'on ouvre !! »

B_rouille_idele réplique : « Steph72, je n'ai malheureusement pas d'influence sur des décisions de filière. Je comprends bien les difficultés de certains éleveurs ayant des stocks et des trésoreries au plus bas. Mais mon rôle en tant que salarié de l'idele est de fournir aux agriculteurs des éléments objectifs, fiables et indépendants. Et soyez-en sûr, notre institut s'efforce de proposer les meilleures options possibles ! J'en conviens, ça ne sera probablement pas suffisant pour tous. Pour finir, les vaches, à condition que ça ne dure pas trop, ont des ressources de flexibilité et de plasticité importantes. »

Les vaches ont des ressources de flexibilité et de plasticité importantes.

Les producteurs doivent aussi être flexibles !

The germs explique : « @M. Rouillé, votre analyse et votre aide partent d'un bon sentiment, mais pour de nombreux éleveurs, cela revient à se débrouiller, encore une nouvelle fois, par eux-mêmes... Il est évident que l'on trouvera chacun une solution, c'est l'avantage de l'élevage laitier, mais il n'en demeure pas moins que ce sont encore les producteurs qui doivent être flexibles ! Cela finit par faire beaucoup surtout face à une crise sanitaire sans précédent. Par exemple, vendre plus de vaches de réforme pour baisser la production est clairement difficile dans ce contexte... Bon courage à toutes et à tous en tout cas, et prenez soin de vous ! »

Retrouvez le témoignage de Chistophe Didelot, éleveur laitier dans le Grand Est : « Atteint du coronavirus, j'ai dû réorganiser mon travail »


À quand le retour de « boomerang » ?

B_rouille_idele le remercie pour son message et poursuit : « Je connais la perception des éleveurs ! Mais je n'ai aucun pouvoir sur la situation, je reste donc à ma place. D'un autre côté, si l'idele n'avait pas produit ce type de dossier technique, d'autres éleveurs nous seraient "tomber dessus", nous disant "vous foutez quoi ?". C'est sans fin. On essaie d'apporter notre petite contribution là où on peut. »

steph72 insiste : « Cette étude ne parle pas de l'impact sur le revenu ou sur la marge des éleveurs. Nos emprunts, on les rembourse tous les mois. Travailler sur les aspects techniques, c'est bien mais s'il y a un impact financier important, pourquoi est-ce toujours aux producteurs de l'assumer ? »

Et The germs de conclure : « Le risque est d'avoir un effet "boomerang" à la sortie de la crise sanitaire. Partout, il semble manquer de lait. Toutefois, il s'agit plus à mon avis d'un problème structurel, d'une désorganisation des marchés liée à la crise sanitaire, que d'une surproduction de lait. Donc, il y a de fortes chances que l'on nous demande de produire plus à partir de juillet-août... ce qui n'est pas la meilleure période pour augmenter la production. Si la météo n'est pas de la partie, il faudra s'attendre au mécontentement de nombreux éleveurs ! »


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