Ensilage de maïsLes conseils de Bernard Andrieu, de Lallemand, pour ensiler les maïs anormaux

| par | Terre-net Média

La campagne maïs fourrage 2016 s'annonce très hétérogène, avec bon nombre de parcelles en mauvais état végétatif. Spécialiste de la conservation des fourrages chez Lallemand Nutrition animal, Bernard Andrieu identifie deux principaux types de maïs anormaux : les maïs dits « sécheresse » et ceux « surmatures ».

Cliquez pour voir l'interview de Bernard Andrieu.

Les rendements et la qualité des ensilages de maïs 2016 seront très variables, d’une région, voire d’une parcelle à l’autre. Comment bien conserver des maïs sans grains, aux feuilles séchées ou ensilées au-delà de 38 % de MS ? Une fois dans le silo, ces maïs anormaux risquent de connaître des soucis de conservation : acidification longue, échauffement après ouverture, développement de moisissures, etc.

« On peut distinguer deux grands types de maïs à problème cette année : ceux qui ont subi de plein fouet la sécheresse au milieu de l’été et ceux qui ont passé l’été normalement mais dont la partie végétative s’est desséchée très rapidement », explique Bernard Andrieu, responsable technique pour les additifs fourrage chez Lallemand Nutrition animal.

Les maïs « sécheresse »

Durant le mois d'août, certains maïs ont durement subi le manque d’eau. Les feuilles se sont desséchées très rapidement, s’en est alors suivi un arrêt de de la photosynthèse avec un blocage de la conversion des sucres solubles dans la plante en amidon vers le grain.  Ces maïs contiennent alors 10 à 15  % de sucres solubles (contre 7-8 % pour un maïs normal) et 26 à 28 % d’amidon au lieu de 30 à 35 % d’amidon habituellement. Malgré son aspect desséché, la tige contient encore beaucoup d’eau emprisonnée dans les cellules et l’on peut trouver des maïs touchés par la sécheresse avec des ensilages très humides récoltés à moins de 28 % de MS. 

« D’un point de vue de la conservation, ces maïs devraient en théorie bien s’acidifier puisqu’ils contiennent des sucres solubles nécessaires aux bactéries lactiques qui vont les transformer en acide lactique, explique Bernard Andrieu. Ces maïs contiennent naturellement peu de flores épiphytes et davantage de flores fongiques, de champignons, qui vont se concurrencer et ralentir l’acidification. » Le problème viendra surtout des sucres solubles résiduels non consommés après l’ouverture du silo, entraînant des fermentations secondaires aérobies par des levures. Or ces levures convertissent les sucres en alcool, jusqu’à 20 g d’alcool pur par kg de MS. « Pour ces ensilages, l’ajout d’additif avec des bactéries antifongiques (type lactobacillus buchneri ) va permettre d’inhiber le développement des levures, voire de mycotoxines de stockage. »

Autre problème des maïs « sécheresse » : l’intoxication aux nitrates qui se sont retrouvés bloqués dans la partie végétative. « On peut retrouver 500 à 1000 ppm de nitrates. Ces ensilages ne devraient pas être distribués à des vaches en gestation », conseille Bernard Andrieu.

Les maïs « surmatures »

Récolté trop tard, à 38, 40 voire parfois jusqu’à 45 % MS , l’ensilage de maïs devient très poreux et difficile à tasser. Le silo enferme alors beaucoup d’oxygène qui devra être consommé par les bactéries, ce qui retarde l’acidification. De même à l’ouverture, un ensilage sec absorbe davantage d’air.

« Les maïs ensilés trop mûrs peuvent contenir seulement 3 à 4 % de sucres solubles, insuffisant pour acidifier correctement le silo. Dans certains cas, l’ajout d’un mélange de bactéries lactiques acidifiantes peut être conseillé », précise l’expert en conservation des ensilages.

Avec un maïs classique, il faut laisser le tas trois semaines minimum avant de l’ouvrir. « Pour les maïs secs, il vaut mieux attendre un mois à un mois et demi, le temps que le silo se stabilise. »


Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net

A lire également

   Rechercher plus d'article

Soyez le premier à commenter cet article