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Affouragement hivernal des bovinsLes éleveurs canadiens misent sur le pâturage en andain pour faire des économies

| par | Terre-net Média

Les chercheurs canadiens de l'Alberta mettent en pratique une technique d'affouragement hivernal des bovins viande très économe en temps et en gazole : le pâturage en hiver de cultures fauchées à l'automne, dit pâturage en andain. D'autres éleveurs Nord-américains pratiquent le « bale grazing », l'accès aux rounds de foin et d'enrubannage directement aux champs.

Vidéo en français du pâturage en andain par AgricultureCanadaFra.

« Le pâturage en andain revient en quelque sorte à servir aux bovins des repas congelés. Et ça ne les dérange pas de les manger à l’extérieur », constate le docteur Vern Baron du centre de recherche et de développement Lacombe d’Agriculture et agroalimentaire Canada qui travaille sur les méthodes d’affouragement simplifiées.

Les céréales fourragères comme l’orge, le triticale sont semées au printemps et coupées à maturité à l’automne. Une fois fauchées, elles sont laissées au sol, et les bovins peuvent les manger pendant tout l’hiver, de novembre à mars. Le maïs fourrage peut être soit consommé sur pied, soit broyé encore vert et laissé en andain au sol. Au Canada, l’hiver succède rapidement à l’automne, la neige et les températures négatives permettent de congeler le fourrage qui se conserve bien ainsi.

Creuser dans la neige

En Amérique du Nord, les vaches allaitantes et les bovins en croissance passent généralement l’hiver en plein air intégral, sous la neige et sont habituellement affouragés quotidiennement en foin ou en ensilage, des modes de conservation exigeant en main d’œuvre et coûteux. « Les bovins n’ont pas de difficultés à creuser dans la neige pour atteindre les délicieux aliments congelés qui s’y trouvent. Les cultures répondent aux besoins nutritionnels des bovins et permettent aux agriculteurs d’économiser du temps et de l’argent », fait remarquer le chercheur. En prime, les bovins fertilisent le sol en broutant et ils répartissent mieux leurs déjections dans les champs que lorsqu’ils sont affouragés à un endroit fixe.

Les Canadiens poursuivent leurs recherches sur le coût, le rendement et la valeur nutritive des fourrages qui donneront les meilleurs résultats pour le pâturage en andain. Ils cherchent à mettre au point de nouvelles espèces fourragères qui allient de bons rendements, une période de croissance courte avec une teneur en protéines élevée. « En améliorant le rendement des cultures, nous réduisons la superficie de terre utilisée de moitié par rapport aux méthodes courantes. Les producteurs peuvent alors utiliser la terre pour d’autres cultures. »

Pâturage en andain Pour le pâturage en andain comme pour le « bale grazing », les animaux sont changés de parcelle avant le dégel pour éviter qu’ils n’endommagent trop les sols. (©http://www.agr.gc.ca )

Economiser des millions de dollars

Les chercheurs misent beaucoup sur cette technique économe qui aurait déjà conquis plus d’un tiers des éleveurs de la région. « Du point de vue économique, le pâturage en andain pourrait faire économiser des millions de dollars chaque année à l’industrie du bœuf. Il s’agit d’une nouvelle méthode très efficace que les producteurs peuvent facilement essayer », résume Vern Baron. Pour faire des économies, on pourrait même se demander s’il est nécessaire de faucher les céréales ?

Une étude réalisée par Legesse et ali du Centre de recherche de Brandon d'Agriculture et Agroalimentaire Canada, a permis de comparer sur une période de cinq ans, différents systèmes d’alimentation de vaches allaitantes vêlant au printemps, avec  :

  • Pâturage de fourrages vivaces mis en réserve (avoine, millet japonais, triticale mis en andain, ou maïs sur pied ou en balles).
  • Pâturage d'annuelles en andains.
  • Parc d'hivernage avec foin.
  • Parc d'hivernage avec un mélange d'ensilage d'orge et de paille d'avoine.
  • Parc d'hivernage avec un mélange d'orge roulé et de paille d'avoine.

Ces recherches concluent que la productivité globale du troupeau était similaire dans le cas des vaches gardées en parc d'élevage durant l'hiver comparativement à celles qui étaient laissées plus longtemps au pâturage. Les poids des veaux au sevrage étaient semblables, tout comme l'intervalle entre les vêlages, le pourcentage de naissances, et le pourcentage de naissances assistées. Bien que le poids des vaches laissées plus longtemps au pâturage ait été légèrement inférieur à celui des autres au moment du vêlage, ni leur rendement ni celui de leurs veaux n'en a souffert. Les chercheurs ont aussi constaté que le taux de réforme des vaches laissées plus longtemps au pâturage était plus faible et que le taux de survie des veaux au sevrage était plus élevé.

Les 50 vidéos de la chaîne Youtube « Managing risk in winter grazing systems » (en anglais) expliquent les différents aspects du pâturage hivernal : 

Bale grazing ou bale processing ?

Plutôt que d’utiliser des râteliers, les éleveurs de l’Ouest canadien pratiquent souvent en hiver le « bale grazing », le pâturage de balles rondes : avant les premières neiges, les balles de foin ou d’enrubannage sont dispersées dans les prairies ou les cultures. A partir de janvier, l’éleveur autorise progressivement les bovins à consommer les rounds (au fil électrique ou en découpant le film d’enrubannage). Ces balles sont généralement consommées telles quelles ou déroulées au champ. Elles peuvent être disposées en ligne (toujours sur la face cylindrique pour limiter l’humidité) et consommées l’une après l’autre en fixant un fil électrique sur la botte.

Exemple de "pâturage" hivernal de balles de foin :

Quelques éleveurs pratiquent le « bale processing » : ils hachent les balles de fourrage à l’aide d’une pailleuse et les distribuent directement au sol en ligne mais cela demande d’allumer le tracteur plusieurs fois par semaine.

Exemple de « bale processing » :


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DÉJÀ 1 RÉACTION


Francis
Il y a 1093 jours
Les bovins mangent d'abord les épis,par gourmandise et comme il n'y a pas de correction azotée, ils se donnent une bonne acidose.
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