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Engraissement à l'herbeEn Vendée, les Charolaises de Jean-Michel Murzeau pâturent en couloirs

| par | Terre-net Média

Dans l'Est de la Vendée, Jean-Michel Murzeau élève 90 mères charolaises. Passionné par son métier et le pâturage tournant dynamique, il a adopté un système de pâturage divisé en « couloir » pour l'ensemble de son troupeau allaitant.

Le pâturage en couloir permet aux animaux de brouter tous les jours une herbe nouvelle.Le pâturage en couloir permet aux animaux de brouter tous les jours une herbe nouvelle. (©Guillaume Tant)

 

Pâturage allaitant en couloirGrâce à ce système de pâturage intensif avec un fort chargement instantané, la prairie résiste mieux à la sécheresse estivale. (©Guillaume Tant)

Les prairies de Jean-Michel Murzeau sont bien groupées autour du siège de l’exploitation sur la commune de Chambretaud, en Vendée (85). En 2014, cet éleveur de vaches allaitantes en système  herbager a découpé l’intégralité des 85 ha de prairies en couloirs de 40 mètres de large. Avec un fil à l’avant et un autre à l’arrière, le pâturage en couloir permet de faire facilement varier la taille des parcelles en fonction de la dimension du lot, du besoin des animaux et de la vitesse de pousse de l’herbe. Les animaux sont déplacés quotidiennement pour éviter le surpâturage. Ce mouvement régulier et la faible taille des parcelles apportent une répartition idéale des bouses et du piétinement. Au fil des années, les prairies deviennent de plus en plus homogènes et la flore s’améliore. Aujourd’hui le mélange prairial est majoritairement composé de ray-grass anglais, de trèfle blanc et violet et de plantain. Le temps de travail reste limité : l’éleveur estime consacrer 1h30 par jour pour déplacer ses quatre à cinq lots d’animaux.

Un piquet tous les 25 mètres

Cette technique de pâturage intensif, dit "techno-grazing" venue de l’hémisphère sud offre une herbe constamment au meilleur stade, sans gaspillage ni besoin de faucher les refus. Les couloirs mesurent 40 mètres de large avec des piquets fibres disposés tous les 25 mètres de manière à créer des carrés. Cela facilite le calcul des surfaces offertes aux animaux car un carré de 40*25m équivaut à 10 ares. Dans les parcelles en pente, mieux vaut disposer les couloirs dans le sens de la descente plutôt qu’en travers de la pente  de manière à limiter l’érosion. L’accès à l’eau est généralement assuré par un petit bac à eau déplaçable alimenté par des tuyaux d’eau et des raccords rapides situés sous les clôtures.

Les couloirs s’avèrent particulièrement bien adaptés pour l’engraissement des bovins (génisses, broutards bouvillons, réformes) ou des ovins à l’herbe, le système assurant beaucoup de flexibilité. Néanmoins pour le troupeau reproducteur, un parcellaire fixe, avec des paddocks tournant sur moins de 72 heures diminue d’autant plus le temps de travail.

Jean-Michel Murzeau pratique en partie la technique du « salve mob » qui consiste à faire suivre deux lots d’animaux dont les besoins sont différents afin de favoriser la croissance du premier lot. Les deux lots passent sur la même parcelle avec un jour d’intervalle. Le premier lot avec les animaux dits « maîtres », à forts besoins, profite de l’herbe de meilleure qualité, tandis que le deuxième lot dit « esclave » consomme les restes le jour suivant. Afin d’éviter le surpâturage, la taille des parcelles est définie pour couvrir les besoins des deux lots. Chez Jean-Michel, les veaux sevrés passent en premier, les génisses pleines de 24 mois en vêlage d’automne les suivent.

Les tuyaux d'eau sont placé sous la cloture, un couloir sur deux.Les tuyaux d'eau sont placés sous la clôture, un couloir sur deux. (©Guillaume Tant)

Faire plus simple et moins cher

Le troupeau charolais inscrit au herd book est réparti en deux lots : 50 vaches vêlent en automne (centrés sur septembre) et 40 vêlages de printemps (février). Pour le moment, les vêlages se déroulent en bâtiment afin d’avoir les animaux à proximité en cas d’intervention. Par la suite, Jean-Michel souhaiterait intervenir de moins en moins et choisit aujourd’hui des animaux à vêlage facile. Pour poursuivre dans cette démarche de simplification du travail, Jean-Michel envisage de s’orienter vers des animaux plus autonomes avec la race Aubrac en tête de liste. Son faible gabarit adapté au pâturage, ses bonnes qualités maternelles ainsi que sa facilité de vêlage intéressent l’éleveur.

Charolaise en couloirsLe pâturage en couloir est particulièrement bien adapté aux animaux à forts besoins en période d'engraissement. (©Guillaume Tant) 

Mélange prairial d'été avec du plantain de la chicorée, des trèfles blancMélange prairial d'été avec du plantain, de la chicorée, des trèfles blanc et violet. (©Guillaume Tant)

Stocker sur pied pour l’été et l’hiver

L’objectif de l’éleveur est de produire au moins cher. Dans cette démarche, et après quelques calculs de coin de table, l’agriculteur a supprimé le maïs ensilage. « Les rendements sont trop faibles, bien souvent nous produisons plus d’herbe que de maïs à l’hectare », remarque-t-il. En Vendée, la saison estivale peut être particulièrement sèche. L’intégration de mélanges d’été à base de chicorée, plantain, trèfle blanc et violet permet d’allonger la saison de pâturage. Ces plantes très agressives sur l’eau poussent jusqu’au mois d’août sans trop de difficultés. Elles apportent une nourriture de qualité pour engraisser des animaux, une fois les flores « conventionnelles » grillées comme c’est souvent le cas du ray-grass anglais. Les animaux sont sevrés sur ces parcelles afin de garantir une croissance adéquate. En 2016, Jean-Michel a implanté 15 ha de ce mélange pour répondre à ses besoins.

Pour pallier le manque de pousse en fin d’été et hiver, l’éleveur choisit de ne pas faucher certaines prairies afin de réaliser des stocks d’herbe sur pied. L’objectif de cette pratique est de limiter les charges de mécanisation onéreuses et le temps de travail au printemps. Après un premier passage de déprimage au printemps, des couloirs entiers ne sont plus pâturés avant l’été. Ces stocks d’herbe sur pied sont utiles pour nourrir à moindre coût des animaux aux besoins faibles (vaches taries, génisses de deux ans). Un choix de plantes judicieux facilite cette pratique : le plantain est particulièrement bien adapté, puisqu’il conserve de l’appétence malgré un stade végétatif avancé. Une autre astuce pour gagner du temps peut être de constituer ses stocks sur pied un couloir sur deux, afin de conserver les lignes de clôture propres grâce au pâturage.

De nouveaux repères à acquérir

Dans une conduite à l’herbe, le printemps est une période cruciale. Une mauvaise gestion à cette période pénalise toute la saison. Il faut sortir tôt avant que l’herbe ne commence à véritablement pousser, afin de réaliser son premier tour et d’orienter le sens de la rotation. « Un herbager qui ne se fait pas peur au printemps est en retard sur sa rotation », explique Shane, de la société Paturesens.

Actuellement, les génisses mettent bas à l’âge de 30 mois. Pour limiter les besoins en stock fourrager, le groupage des vêlages au printemps et réduire l’âge au vêlage à 24 mois sont des leviers importants. Les flores riches en légumineuses soutiennent une croissance régulière et permettraient d’atteindre les objectifs fixés.

Le chargement total de la ferme est assez faible, l’introduction d’animaux supplémentaires permettrait d’écrêter plus facilement le pic de pousse printanier. L’éleveur envisage d’acheter 20 à 40 génisses d’engraissement en années favorables. En cas de manque d’herbe, les animaux sont vendus, la plus-value est réalisée sur le gain de poids. Celle-ci est variable en fonction des conditions de pousse de l’année. Si la pousse de l’herbe est bonne, les animaux sont vendus avant l’hiver. Cette stratégie valorise l’herbe de qualité au printemps, diminue les besoins hivernaux et restreins la quantité de stocks à réaliser.

Après deux années de mise en place du système, Jean-Michel est satisfait du changement. « Je ne reviendrais pas en arrière, répète-t-il. La flexibilité et la réduction du temps de travail sont très précieuses ». Maintenant, la technique maîtrisée, la génétique reste à adapter afin de simplifier la reproduction et les vêlages. En conclusion, malgré un prix de vente de la viande variable, le coût de production faible diminue le stress quotidien. Le sourire est toujours présent sur le visage de l’éleveur.

Article rédigé par Guillaume Tant pour en savoir plus www.paturesens.com et www.je-pature.com

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