AlimentationEn filière non OGM, quelle formule de correcteur azoté choisir ?

| par | Terre-net Média

Le marché du lait connait de grandes mutations, avec l'arrivée de nouvelles segmentations comme le lait issu de vaches nourries sans OGM. Et si cette filière devenait le standard, comme dans certains pays voisins ? Christophe Granier de Feedia (Techna) fait le point sur les différentes formulations de correcteur azoté et leur intérêt économique.

Vaches laitières à l'auge ration complèteSe tourner vers la filière non OGM ? Pourquoi pas mais pas à n'importe quel prix. Attention au coût alimentaire qui peut grimper en flêche selon la stratégie choisie. (©Terre-net Média)

Alors que la filière sans OGM gagne du terrain en France, elle est déjà fortement installée chez nos voisins européens. « En Allemagne, la progression est importante puisque le lait issu de vaches alimentées en non OGM représentait déjà plus de 50 % de la collecte totale en 2018, tandis que le bio stagnait à 2-3 % », explique Christophe Granier, ingénieur ruminant chez Fedia (Techna). « Le non OGM devient quasiment un standard là-bas car on constate en plus une érosion de l'écart de prix entre le lait conventionnel et le non OGM. L'étau se resserre ! »

Prix comparés du lait conventionnel, bio et sans OGM en AllemagneL'écart se ressert entre le prix du lait conventionnel et celui du non OGM en Allemagne. (©Cniel/Techna)

Dans l'Hexagone, de plus en plus de laiteries se lancent dans la filière mais qu'en est-il de l'intérêt pour les éleveurs ? Avant de se lancer, il faut vérifier la faisabilité dans son système. Par quoi remplacer le tourteau de soja OGM ? Faut-il se tourner vers un tourteau non OGM ou changer de matière première ?

Déconcentrer le correcteur azoté en protéines : en distribuer plus pour moins cher

Christophe Granier a présenté trois types de formulation (non OGM avec soja, non OGM sans soja et une autre possibilité qui consiste à déconcentrer le correcteur azoté) à l'occasion de la journée vaches laitières de l'Aftaa en novembre dernier.

Ration de base
10,5 kg MS ensilage maïs
4 kg MS ensilage RGI
2 kg foin
1,5 kg de céréales
4 kg correcteur azoté 43 OGM (344 €/t)
(composé de t. colza, t. soja, corn feed et urée) 
0,3 kg CMV 5/25/4
Ration calée pour 29 litres (0,91 UFL et 15,5 de MAT)

Coût alimentaire : 113 €/1 000 l

Marge sur coût alimentaire 222 €/1 000 l (prix du lait : 335 €/1 000 l)

  • Ration avec tourteau de soja non OGM :

Pour maintenir techniquement la ration avec une formulation respectant le cahier des charges non OGM, on ajoute plus de colza tout en gardant 30 % de soja (non OGM) (+ de l'urée). L'aliment prend donc à peu près 30 €/t pour passer de 344 € à 372 €/t.

Dans cette situation, le coût alimentaire grimpe de 4 € pour arriver à 117 €/1 000 l, ce qui fait perdre de l'efficacité économique (marge sur coût alimentaire de 218 €/1 000 l).

L'expert explique : « L'impact sur le coût dépend de la différence de prix entre le tourteau de soja OGM et non OGM. On est aujourd'hui autour de 90 €/t. Pour un correcteur à 20 % de tourteau de soja, on perd 2,5 €/1 000 l et ça monte à 6 €/1 000 l pour un 50 % de soja. Les perspectives tendent d'ailleurs plutôt vers une hausse de cette différence de prix. Il faudra donc payer si on veut du soja non OGM. »

  • Ration non OGM sans soja :

Pour obtenir un correcteur azoté non OGM sans soja qui présente les mêmes caractéristiques (MAT, PDI) que dans la ration de base, Christophe Granier propose une formulation composée de tourteau de colza, drèche de blé et gluten 60 (+ urée). « On est à 16 € de surcoût par rapport à la ration de base (360 €/t) avec un sacrifice énergétique puisqu'on est passé de 0,9 à 0,88 UFL. Les coûts de contraintes sont bien trop élevés puisqu'on est à 12,3 €/pt d'UF. Autre chose : le gluten 60, une matière première avec un approvisionnement délicat... »

Deuxième solution pour faire baisser le prix du correcteur à 340 €/t : une formulation à base de tourteau de colza, tourteau de tournesol, drèche de blé et toujours le gluten 60 (+ urée). « Là en revanche, on fait un gros sacrifice sur l'UF (0,82 au lieu de 0,9), ce qui dégrade la production laitière. Dans ce cas, le coût de formulation se reporte sur la protéine puisque maintenir 43 de protéines devient très cher (8,50 €/pt). C'est également une situation peu envisageable... »

  • Autre possibilité : déconcentrer le correcteur azoté

Face aux difficultés du sans soja, l'autre possibilité est de déconcentrer le correcteur azoté en protéines en passant d'un 43 à un 38 de protéines et d'en distribuer davantage. « On peut alors formuler avec des matières premières disponibles à l'usine (tourteau de colza, drèche de blé, tourteau de tournesol, féverole, urée), un moindre risque OGM car il n'y a pas de soja dans la formule et le prix est plus attractif pour le client (317 €/t). »

La ration se trouve alors quelque peu modifiée puisqu'on augmente légèrement la quantité de correcteur et qu'on réduit l'ingestion de maïs par sécurité :

Ration avec correcteur azoté non OGM 38 % MAT
10,5 devient 10,2 kg MS ensilage maïs
4 kg MS ensilage RGI
2 kg foin
1,5 kg de céréales
4 devient 4,6 kg correcteur azoté 38 (317 €/t)
0,3 kg CMV 5/25/4
Ration calée pour 29 litres (0,91 UFL et 15,5 de MAT)

Coût alimentaire : 114 €/1 000 l

Marge sur coût alimentaire 221 €/1 000 l (prix du lait : 335 €/1 000 l)

« Au niveau zootechnique, on perd 1 g de PDI mais on améliore légèrement les UF (0,91), ce qui fait grimper la production (29,3 l). Le coût alimentaire prend 1 €/1 000 l par rapport à la ration de base mais la marge s'améliore quelque peu par la hausse du lait. » Il tempère : « Bien-sûr, la hausse reste minime mais on peut tout de même noter qu'on ne dégrade pas la situation technico-économique. »

Christophe Granier synthétise les trois possibilités dans le tableau ci-dessous et affirme : « Si on choisit de poursuivre en tourteau de soja non OGM, il faudra communiquer auprès des consommateurs car le soja véhicule tout de même une mauvaise image. Pour l'éleveur, l'idéal reste la dernière solution, à mettre en lien avec le plan protéines de la Pac. »

Quelle complémentation azotée choisir en ration non OGM : correcteur avec soja, sans soja ou déconcenter la MAT ?Comparaison des correcteurs azotés en ration non OGM par rapport à la ration de base OGM. (©Techna)


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DÉJÀ 10 RÉACTIONS


Kennedy Dry
Il y a 51 jours
Le lupin est la meilleure solution alternative.

Je suis surpris de ne pas le voir ne serait-ce que mentionné dans cet article !
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debutant
Il y a 68 jours
l herbe sous toutes ses formes a adapter au secteur afin d avoir des demarrage de vegetation precoce apres il y a aussi toutes les techniques qui boostent les valeurs pdi sur des cereales par exemple .Apres faut savoir quel niveau technique on attend soit on allume soit on valorise ce qui se produit sur la ferme
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tintin
Il y a 68 jours
le problème avec le mais ensilage c est qu il faut corriger très fort en azote avec des tourteaux
cela coûte cher. l herbe tout dépend de la région ou l on est et reste les méteils ensilages mais avec un automne plein de flotte...pas facile.
donc la solution idéale n existe ps encore.produire son soja? utiliser de la fevrole?
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rebelle
Il y a 69 jours
faut il encore que les vls aient un accés facile aux patures ...
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Chris
Il y a 69 jours
Sinon y a l'herbe paturee....
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Patrice brachet
Il y a 69 jours
Avec tout le respect qu il se doit c est qui qui explique ?
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debutant
Il y a 69 jours
pourquoi un exemple de ration avec autant d ensilage de mais ? inversser la part d ensilage d herbe de quailite et de mais serait pas mal........et là ce n est plus la meme
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grrr
Il y a 69 jours
évidement , on réfléchit le tout on n'est pas dans une gestion sur le mode budget partiel , car le fourrage reste la base de l'alimentation, donc la cohérence entre milieu propre à l'élevage et les contraintes qu'on lui applique
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hautot nicolas
Il y a 69 jours
beaucoup d'agriculteur non pas compris.
les commercial "technicien nutritionniste " qui font stresser agriculteur qui sont plus rentable sens eux. alors que c'est l'inverse
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Patrice Brachet
Il y a 69 jours
Quand on veut être non ogm il est préférable d avoir commencé à travailler l autonomie protéique
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