BretagneLa région bat campagne en Europe contre les OGM

| AFP

Soucieuse de favoriser l'émergence d'une production agricole de qualité et de se prémunir contre les OGM, la Bretagne, qui figure parmi les principales régions agro-industrielles de l'Union européenne, bat campagne en Europe pour structurer une filière non OGM.

Cette politique vise particulièrement la nutrition animale, notamment le soja transgénique, dont un bateau de l'organisation écologiste Greeenpeace a tenté d'intercepter une cargaison argentine en route pour le port de Lorient.

En août dernier, une délégation du conseil régional de Bretagne, à majorité de gauche et écologiste, s'est rendue au Parana (sud du Brésil), qui produit 27 % du soja brésilien et fournit près de 60 % des importations bretonnes de cette protéine, utilisée dans l'alimentation animale.

A cette occasion un "compromis de coopération", ratifié en octobre par le conseil régional, a été signé entre les deux parties afin de permettre "la mise en oeuvre d'une filière complète sans OGM en Bretagne et au Parana".

"Cet accord prévoit notamment que la Bretagne s'emploie à faire connaître l'existence de cette filière brésilienne non OGM auprès des autres régions européennes. Car une telle filière ne peut exister que s'il y a un marché", explique Pascale Loget, vice présidente (Verts).

Cette démarche est d'autant plus urgente que le choix non OGM du Parana est menacé à la fois par la pression des multinationales et par une nouvelle loi fédérale sur la biosécurité qui risque de favoriser la pénétration des plants transgéniques dans tout le pays.

Pascale Loget a notamment plaidé cette cause à Berlin en janvier devant l'assemblée des régions d'Europe et le fera à nouveau en Toscane début février.

La Bretagne est bien placée pour jouer le trait d'union entre le soja brésilien non transgénique et le reste de l'Europe. La moitié des cinq millions de tonnes de soja importées en France est débarquée dans les ports bretons. De plus, plusieurs grands fabricants d'aliments du bétail y sont implantées et la région "exporte" vers le territoire national les 2/3 de cette production de 10 MT.

La mise sur pied de cet axe Brésil-Europe apparaît essentielle aux yeux de Pascale Loget : "l'Europe a une grande faiblesse en matière de protéines", qu'elle importe à hauteur de 70 % en alimentation animale, essentiellement du soja.

Et le soja, dont les Etats Unis sont les deuxièmes exportateurs mondiaux derrière le Brésil, pourrait bien être le cheval de Troie d'une introduction à grande échelle des OGM en Europe. D'où l'importance cruciale d'une filière non OGM.

Echaudés par la crise des farines animales et de la vache folle, les fabricants bretons d'aliments du bétail ont déjà réagi en structurant une filière de production non OGM en Bretagne. "Il faut que ça se sache un peu mieux à l'extérieur. Notre rôle est de les conforter dans cette démarche", assure Pascale Loget.

Selon Adolphe Thomas, président du Syndicat national des industries de l'alimentation animale (Snia), environ 20 % du soja importé en France est certifié non OGM.

Au-delà de la protection contre les OGM, l'objectif de la région Bretagne est, selon son président Jean-Yves Le Drian (PS), de mettre sur pied "une filière de production agricole de haute qualité, répondant à une attente croissante des consommateurs en France et en Europe".

Ceci implique notamment que la Bretagne s'efforce de "réduire sa dépendance vis à vis des importations de protéines" et de "développer ses propres filières de semences".

"Le réalisme est nécessaire, a cependant ajouté Jean-Yves Le Drian : la région n'a pas le pouvoir d'interdire. Une Bretagne sans OGM ne se décrète pas".



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