Olivier Damaisin [Tribune]Le mal-être des agriculteurs, un phénomène préoccupant à surveiller de près

| par Olivier Damaisin | Terre-net Média

Député du Lot-et-Garonne, Olivier Damaisin vient d'être nommé par le Gouvernement pour conduire une mission parlementaire sur le mal-être des agriculteurs. Il entend « réhumaniser la relation entre les instances décisionnaires et les agriculteurs, afin de leur donner des preuves que l'État ne les a pas abandonnés ». Il défend par ailleurs la mise en place « de pratiques plus conformes aux attentes des consommateurs et à leur propre conception de l'agriculture, loin du fantasme de la "ferme de nos grands-parents" ».

Olivier Damaisin, député du Lot-et-Garonne, lors du salon de l'agriculture 2020.Olivier Damaisin, député du Lot-et-Garonne, lors du salon de l'agriculture 2020. (©Terre-net Média)

« Depuis les années 1990, les agriculteurs subissent une pression inédite, qui semble s’accroître avec le temps. Plusieurs facteurs sont avancés pour expliquer cette situation. Le premier d’entre eux, c’est le bouleversement de la structure agricole : jusque dans les années 1980, de nombreuses exploitations étaient de type familial, et la transmission des savoirs et des terres était ainsi assurée dans un contexte familial – soit directement à un membre de la famille, soit à un travailleur agricole régulier, assimilé à la famille. Au tournant des années 1990, en revanche, un fossé s’est creusé entre des micro-exploitations reposant sur une seule personne et des exploitations gigantesques toujours plus nombreuses, qui n’ont plus laissé la place aux fermes « traditionnelles ».

Ceci peut être corrélé avec la demande de profits croissante qui est exigée du secteur agricole par les circuits de l’agroalimentaire et de la grande distribution, en parallèle d’une réaction inverse qui a vu émerger les « petits producteurs » plébiscités dans les médias et par toute une partie des consommateurs. Plus de profits signifiant se fonder moins sur l’humain que sur les chiffres, et la confiance des individus dans les chiffres ou dans des organismes et institutions déshumanisés étant moindre que leur confiance dans d’autres individus, il était « logique » de voir émerger ce genre de contre-courant : « qui connaît bien, châtie moins », pour paraphraser l’adage.

Les agriculteurs doivent faire face à une pression morale sans précédent.

Car les agriculteurs, outre la pression économique liée à ces changements structurels de production, doivent également faire face à une pression morale sans précédent. L’« agri-bashing » est devenu un phénomène courant, auquel nous prenons quasiment tous part, de façon plus ou moins militante, sous l’influence des médias. À force de ne traiter que les scandales sanitaires, les dérives de la grande distribution et des échanges mondialisés, et de pointer sans arrêt du doigt l’agriculture dite « conventionnelle », ceux-ci ont en effet très largement contribué à donner l’image d’un agriculteur qui ne serait qu’un pion consentant d’un système « empoisonneur », oubliant au passage de mettre en avant que la France bénéficie de l’agriculture la plus sûre et la plus surveillée, parmi les premières au niveau mondial et la première d’Europe – chacun sait que l’Europe seule n’est pas avare de réglementations contraignantes, or la France va souvent plus loin que ses directives, dans l’intérêt des consommateurs !

En plus de créer un climat de méfiance entre citadins et agriculteurs, cela génère en outre des tensions entre agriculteurs biologiques, considérés comme vertueux, et agriculteurs conventionnels diabolisés et cibles d’attaques de la part de mouvements revendiqués écologistes. Ceci est d’autant plus vrai pour les éleveurs qui, du fait du manque de connaissance de la plupart des citoyens (citadins) français, ont désormais à subir les insultes par réseaux sociaux interposés, les intrusions sur leur propriété, voire les agressions de militants animalistes de plus en plus radicaux.

Le plus absurde dans tout ça, c’est que des milliers d’exploitations ferment chaque année et que des milliers de postes sont à pourvoir dans le secteur, qui devraient offrir des débouchés à bon nombre de demandeurs d’emploi.

Ajoutez à ces deux types de pression la charge de travail colossale – sans horaires, sans jour de repos hebdomadaire fixe, presque sans vacances compte-tenu de la difficulté à se faire remplacer – et la solitude de ces agriculteurs que la famille ne protège pas ou plus autant qu’auparavant, vous obtenez le mélange qui pousse de trop nombreux individus au suicide. Quels que soient les chiffres, ils seront toujours trop élevés, eu égard à ce que nous devons à cette profession en termes d’indépendance alimentaire, d’entretien des paysages, etc. Le plus absurde dans tout ça, c’est que des milliers d’exploitations ferment chaque année et que des milliers de postes sont à pourvoir dans le secteur, qui devraient offrir des débouchés à bon nombre de demandeurs d’emploi, mais dans lesquels même les jeunes dotés de la fibre agricole hésitent à se lancer à leur sortie de l’école !

Plusieurs productions ont eu le mérite dernièrement, de donner un éclairage sur ces situations dramatiques, tout en en analysant les rouages. Le film d’Édouard Bergeon, Au nom de la terre, inspiré de la vie de son père, acculé au suicide par les dettes et des relations complexes avec son entourage, ou encore le livre de Camille Beaurain, Tu m’as laissé en vie, sur le suicide de son mari, fournissent de beaux et précieux témoignages sur l’engrenage dans lequel se retrouvent pris les agriculteurs à la moindre difficulté climatique ou sanitaire. Il est d’ailleurs intéressant d’observer l’accueil qui en a été fait en ville et à la campagne : le relatif désintérêt des citadins montre à quel point ceux-ci sont déconnectés des réalités de la ruralité, quand dans les campagnes, l’empathie a pris le dessus parce que ce genre d’histoire « parle aux gens », leur fait penser à des amis, des voisins, voire à leur propre situation.

À lire >> L'Interview d'Édouard Bergeon accordée à Terre-net : « Il n’y a pas de pays sans paysans »
 
Edouard Bergeon, réalisateur du film Au nom de la terre, ici à l'issue d'une émission enregistrée sur France Inter autour de son film.Edouard Bergeon, réalisateur du film Au nom de la terre, ici à l'issue d'une émission enregistrée sur France Inter autour de son film. (©Terre-net Média)

À nous de construire de nouvelles réponses adaptées à une réalité complexe

Le Président Emmanuel Macron l’a rappelé, les agriculteurs sont des acteurs de premier plan dans notre transition écologique. Répondre à leur mal-être de façon humaine et appropriée est donc une priorité. Pour cela, il faut que nous, parlementaires, reprenions contact directement avec eux, sur le terrain, afin de leur permettre en premier lieu de s’exprimer – formuler un appel à l’aide est déjà un premier pas vers un mieux-être, mais un pas ô combien compliqué pour ces personnes que tout accable – de leur fournir une écoute attentive et constructive propre à déterminer leurs attentes et leurs besoins en termes de protection sociale, de considération, d’aide à l’investissement pour mettre en place des pratiques plus conformes aux attentes des consommateurs et à leur propre conception de l’agriculture, loin du fantasme de la « ferme de nos grands-parents », écologiquement irréprochable et pétrie de bon sens qui n’a sans doute jamais existé.

Tout au long de notre ère moderne, à des époques différentes, l’agriculture a dû trouver des réponses différentes pour se maintenir. Les réponses actuelles lui portant manifestement préjudice sur le plan humain, à nous d’en construire de nouvelles qui prennent en compte tous les éléments d’une réalité complexe.

C’est dans ce but qu’à l’occasion de l'inauguration du salon de l’agriculture, le président de la République a annoncé officiellement la mission qui m'a été confiée par le Premier ministre, Édouard Philippe, le ministre de l’agriculture et de l’alimentation, Didier Guillaume, et le ministre de la santé et des solidarité, Olivier Véran, d’enquêter sur le sujet, pour réactualiser et vérifier les chiffres à notre disposition et établir un bilan des actions de sensibilisation des organismes chargés des agriculteurs susceptibles d’être des agents de la prévention du suicide, mais avant tout pour réhumaniser la relation entre les instances décisionnaires et les agriculteurs, afin de leur donner des preuves que l’État ne les a pas abandonnés.

Cette mission me tient tout particulièrement à cœur car je suis issu d’un département – le Lot-et-Garonne – où la ruralité a bien souffert, ces dernières années, notamment dans le secteur de l’élevage, avec la grippe aviaire qui a décimé, parfois plusieurs fois de suite, les élevages de canards, qui pâtissent en outre régulièrement de la controverse sur le gavage. Je connais personnellement plusieurs agriculteurs et je crois donc en mes capacités à entendre et à comprendre leur mal-être sans détours, avec empathie et honnêteté. Le rapport que je rendrai à l’issue de mon enquête, je le défendrai avec ferveur car je suis persuadé qu’une société coupée de sa ruralité est une société qui ne saurait être totalement écologique, or c’est bien là le grand enjeu de notre temps. »


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DÉJÀ 21 RÉACTIONS


momo
Il y a 233 jours
je fais pas le c... je disais toujours que si j'en arrivais la j’emmènerais du monde avec moi et la j'ai changé d'avis car meme si un contrôleur asp ou msa ça serait le top je pense surtout a sa famille qui me detestera et je n'ai pas envie d'enlever un pere ou une mere ou un fils ou une fille bref j'ai mes parents et mes enfants aujourd'hui c'est ce qui me retiens mais pour combien de temps????
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Cabeillade
Il y a 233 jours
Fais pas le con, momo...
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momo
Il y a 233 jours
c'est trop tard pour le mal etre paysan,aujourd'hui moi je cherche la meilleur façon de me suicider j'ai un debut je pense monter dans le chargeur du tracteur accrocher la corde au bms et me fouttre une cartouche en me penchant vers l'avant et peut etre aussi ch... dans ma culotte juste histoire d'emmerder le plus de monde possible et provoquer une image choc.....
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oups
Il y a 234 jours
franchement, y a des mecs qui fument le pète, çà c'est sûr !!!! "ça comprend rien" , t'a vraiment rien d'autres à faire que d'écrire des trucs qui n'ont ni queues ni têtes. Garde ce temps pour prendre des cours d'orthographes !!!!
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Jojo
Il y a 234 jours
Le Mec Comprend Pas Pourquoi ça va pas après avoir voter les znt et la fin de la ticpe ??????
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Cabeillade
Il y a 227 jours
C'est pas moi qui fait le malin avec mes "je connais du monde". C'est bon, moi aussi je connais du monde, ça ne me place pas au dessus des autres. Les infos dont tu disposes, j'ai probablement les mêmes.
Allez un peu de bon sens et de rigueur scientifique : https://youtu.be/ZuE5CA6yB-Y
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Réaliste
Il y a 233 jours
Même pas envie de répondre. Tu aurais les infos que j'ai tu ferais pas le malin. Bonne chance pour les 3 mois à venir.
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Cabeillade
Il y a 233 jours
Ha bein si t'es mieux au courant! c'est bien, continue à prodiguer tes bons conseils. Il n'y a pas si longtemps, quand un enfant avait la rougeole, on le mettait dans la même pièce que ses frères et soeurs, pour que tout le monde soit immunisé, et ça marchait très bien. Maintenant, il faut injecter des bactéries mutantes et des sels d'aluminium dans le système sanguin d'un enfant pour qu'il soit considéré "immunisé". J'ai personnellement fait les frais du vaccin hépatite B dans les années 80, et je vois souvent chez les enfants de mon entourage des réactions allergiques pour tel et tel vaccin, qui devraient nous alerter. Si c'est ton délire de faire des vaccins contre le papilloma-virus à des enfants de 3 mois, libre à toi. Excuse-moi de ne pas suivre tes conseils ni de croire à la propagande des labos.
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Réaliste
Il y a 233 jours
Sans faire de catastrophisme je connais du monde en UE et certains dans des professions de santé. Tu verras la psychose si elle est justifiée ou non. Moi de ce que j'ai entendu j'ai mon avis. On en reparlera dans 6 mois de l'idéologie mortifère des anti-vaccins et anti-medicaments (là je parle en général, pas pour le Corona). Par exemple la résurgence de la rougeole en Europe c'est à cause de ça. Mais ça n'est qu'un exemple. Comme je l'ai dit on en reparlera de la doctrine de la nature bonne pour l'homme.
Ps: quand je dis protégez vos anciens je veux dire évitez de les exposer aux risques pour rien. Évidemment qu'il n'y a ni traitement ni vaccin t'en fais pas je suis mieux au courant que toi.
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Cabeillade
Il y a 234 jours
Pas sûr que tu protèges les anciens ou qui que ce soit avec les médicaments bayer et consorts que tu évoques. Contre quoi d'ailleurs? Le Corona-virus? Je crois que si je demande à ma grand-mère (95 ans) de se vacciner, elle va bien rigoler, et elle aura raison. Je crois que la psychose ambiante entretenue par les médias sert surtout à ne pas parler d'autre chose, comme toutes les mesures que nous subissons actuellement.
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