Trames vertes, trames bleuesLe monde agricole sur ses gardes

| par Frédéric Hénin | Terre-net Média

Les trames vertes et bleues, des patates chaudes que les agriculteurs veulent à tout prix avoir en main. Il n'est pas question de les refiler et de se dérober pour ensuite constater qu'elles sont mises en place sans eux. L'Apca tient à le faire savoir et invite les agriculteurs à participer à tous les niveaux pour qu'elles soient définies avec eux. « C'est la connaissance de chacun qui éclairera leur mise en place. On ne va pas créer artificiellement des zones trames », a justement défendu Chantal Jouannot, secrétaire d'état à l'écologie, qui s'est rendue à la première journée Trames organisée par l'Apca ce 23 novembre.


Chantal Jouannot, secrétaire d'Etat à l'écologie
(© Terre-net Média)
Rémi Bailhache, président de la chambre d’agriculture de la Manche et en charge à l’Apca du groupe Biodiversité est d’une extrême vigilance. Il veillera à ce que les trames restent des trames, c’est à dire des corridors pour favoriser la circulation des espèces entre les réservoirs de biodiversité et pour établir des continuités écologiques entre ces milieux naturels. Et rien d’autre.

Jean Louis Cazaubon, vice résident de l’Apca, n’a pas oublié de rappeler pour sa part que les agriculteurs sont les premiers protecteurs de la biodiversité à travers leurs activités et que c’est à ce titre qu’il faut prendre en compte leurs avis.

Les trames vertes et bleues seront donc des outils pour protéger l’environnement mais pas d’aménagement du territoire. Elles seraient définies à l’échelle régionale dans le cadre d’un contrat état-région et seraient déclinées au niveau local. Les documents d’urbanisme devront les intégrer.

Préservrant à leur niveau l’activité agricole, elles seraient donc des entraves au mitage ou à l’artificialisation des terres. Elles limiteraient aussi la consommation d’espace et seraient opposables aux projets d’urbanisme et d’infrastructures sauf si ces derniers demeurent d’intérêt général. « Ces trames sont réfléchies de telle manière que tous les acteurs du territoire y adhérent. Il n’est pas question que des associations écologiques s’accaparent cet outil pour imposer leurs idées sur la protection de l’environnement », assure la secrétaire d’état. De toutes façons, elles seront bâties à partir de l’existant, en s’inspirant entre autre de l’expérience des régions frontalières bien en avance sur ce domaine.

Il reste à savoir sur quelles bases les services rendus par les agriculteurs pourraient être rémunérés. Mais aussi dans quelles mesures les trames pourraient s’articuler avec la certification environnementale à l’étude qui s’appliquera à l’échelle des exploitations. Mais aussi, comment le bilan de santé de la Pac, qui n’est pas encore calé en matière de conditionnalité, puis sa réforme en 2013, intégreront ces trames.« Tous ces points restent encore flou,  » reconnaît Chantal Jouannot.

En attendant, les trames seront d’autant mieux acceptées qu’elles ne remettent pas en cause l’activité de production des agriculteurs. « Or la question de savoir comment enrayer la perte de la biodiversité tout en la prenant en compte » est à ce jour sans réponse. Le risque que les trames vertes puissent geler des espaces et aboutir à des réglementations ou des contraintes de gestion sans contrepartie suffisante existe.


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