Filière laitière prête à bouillirPourquoi le prix du lait reste faible ? Les réponses de la Fncl et de la Fnpl

| par | Terre-net Média

Le lait coule à flots depuis quelques mois. Les effectifs des troupeaux augmentent de nouveau. Les éleveurs laitiers sont mobilisés pour profiter de la bonne conjoncture des marchés des produits laitiers. Mais voilà, le prix du lait payé aux éleveurs est le plus faible des grand pays producteurs d'Europe du Nord. Le manque à gagner atteint parfois 50 ¤ par 1.000 litres.

La production laitière repart à la hausseAvec des négociations difficiles sur le prix du lait entre distributeurs et transformateurs, les producteurs ne profitent pas pleinement de la bonne conjoncture laitière. (©Terre-net Média)

Mardi 4 février, le patron de Super U, Serge Papin a prédit une nouvelle crise du lait en France dans un contexte de guerre des prix dans la grande distribution. Il dénonce le manque de responsabilité de ses leaders qui refusent de prendre en compte l’évolution des cours mondiaux des produits laitiers.

Interrogés par la rédaction de Web-agri sur la faiblesse du prix du lait payé aux éleveurs, la Fnpl (producteurs de lait de la Fnsea) et la Fncl (coopératives laitières) nous répondent. Pour sa part, Danone n'a, à ce jour, pas donné suite à notre sollicitation.

Web-agri (WA): Quelle explication donnez-vous au niveau de prix du lait standard payé en Europe du Nord (plus de 400 €/1.000 l contre environ 344 €/1.000 l en France en moyenne pour 2013) ?Fnpl : Les prix du lait sont plus élevés en Europe du Nord pour différentes raisons :

  • certains d’entre eux (Pays-Bas, Danemark, Irlande et même Allemagne) ont une part de leurs fabrications à l’export plus importante que la France. Et ces ventes sont très rémunératrices depuis quelques mois ;
  • les hausses des tarifs nationaux des produits de grande consommation ont été plus conséquentes qu’en France (Cf Allemagne) ;
  • les collecteurs sont, dans les pays d’Europe du Nord, des coopératives qui remplissent mieux leurs fonctions qu’en France avec davantage de retours aux producteurs ;
  • et dans le privé, les entreprises françaises ont plutôt tendance à garder les bénéfices. Quant à nos coopératives, elles communiquent sur la valeur du lait !
  • enfin, les entreprises françaises (privées et coopératives) ont un problème de compétitivité sur les marchés export. Aussi, elles restent en concurrence sur le marché intérieur, faisant ainsi le bonheur des distributeurs français. Un élément de preuve : la baisse des fabrications de beurre poudre en 2013 !

Sur la question de la référence avec l’Allemagne, il me semble que certaines entreprises françaises y font toujours référence, mais il y a un décalage. Pour exemple, l’impact du recalage de Lactalis sur janvier-février par rapport à l’Allemagne est d’environ 55 euros.

Fncl : Leurs principaux marchés sont à l'export (par exemple, pour les Pays-Bas et le Danemark, le pourcentage d’exportation - hors Europe - de leur collecte s’élève autour de 25 %), les entreprises qui opèrent sur ces marchés sont donc d'autant plus exposées aux cours internationaux : ceux-ci étant élevés en ce moment, le prix du lait qu’elles paient aux producteurs s'en ressent nécessairement.

Prix du lait : Les déclarations de Serge Papin échauffent les esprits

Les déclarations de Serge Papin, dénonçant l’irresponsabilité des leaders de la distribution, ont fait réagir les syndicats de producteurs.

La Fnpl partage le constat du leader de Système U et « se rappelle qu’il a été le premier à demander à la grande distribution de soutenir les producteurs de lait pris en tenaille entre des coûts de production très élevés et un prix du lait non revalorisé ». « Cette guerre des prix est suicidaire. C’est toute la filière laitière qui y perd », insiste le syndicat. Une stratégie d’autant plus suicidaire que, « sans la bonne volonté des acteurs, le législateur et les Pouvoirs Publics ne peuvent pas tout. »

Certains transformateurs  profitent logiquement d’une conjoncture laitière désormais favorable « et n’auront pas d’excuses pour rémunérer au juste prix les producteurs de lait en 2014 ».

« Après avoir vécu une année 2013 très compliquée sur le front du prix du lait, les producteurs vont-ils devoir à nouveau se faire entendre des différentes enseignes pour qu’elles n’oublient pas les engagements du printemps dernier ? » s’interroge Jeunes agriculteurs, visiblement prêt à retourner devant les enseignes pour se faire entendre.

Avant même les difficultés de négociations sur le prix du lait, la Coordination rurale, quant à elle, dénonce les « menaces » de certaines laiteries à l’encontre de leurs producteurs. Certains d’entre eux se voient signifier, « au mépris du droit, l’arrêt des collectes tant que les contrats ne sont pas signés ». Le syndicat critique l’inefficacité des OP, « muselées » par les laiteries. La CR prévient : « A vouloir s'opposer aux libertés d'entreprendre et au droit de vivre dignement, la résistance s'installe et la révolte s'impose. »

En France, nous intervenons beaucoup plus sur le marché intérieur (aujourd’hui, 13 % de la collecte française part à l’export, hors Europe), et nous sommes donc plus sensibles à la tension des relations commerciales. Ces dernières années, les distributeurs n’ont pas pris en compte nos demandes de hausses de tarif, ou de façon très insuffisante, impliquant des marges très basses, voire négatives pour les transformateurs. Alors que les pays du nord de l’Europe ont passé six hausses à la distribution depuis mi-2012, nous arrivons péniblement à une et encore, elle est remise en cause !

Cette année, l’enjeu est donc d’obtenir une meilleure valorisation pour tout le monde, et avant tout pour les producteurs : c’est bien l’ensemble de la filière qui doit pouvoir dégager des marges et donc du revenu, pour envisager une activité solide et pérenne.

WA: Le marché allemand était cité en référence en période de crise en 2009.  Maintenant que les cours sont élevés, comment expliquer que ce même marché ne le soit plus ?

Fnpl : Le marché allemand reste la référence dans les contrats mais ils comportent des clauses compliquées, inextricables avec des règles de calcul difficiles à comprendre.

Mais si les distributeurs dictaient seuls leur prix, il y aurait plus de différence de prix entre les entreprises exportatrices et celles qui ne le sont pas.

Aujourd’hui, la distribution cale les prix des produits laitiers des transformateurs sur les moins disants. Et, il y a toujours une entreprise pour baisser les tarifs ! C’est le cas de figure rencontré en 2012 pour le prix de la brique de lait de consommation en 2012 et l’an passé, sur ceux des produits frais.

Fncl : L'Allemagne est restée une référence dans la mesure où les acteurs y font preuve d'une plus grande réactivité que la nôtre, ce qui était déjà le cas en 2009. Mais, ceci implique que les à-coups sont plus importants, tant à la hausse qu'à la baisse. Une référence n’est pas forcément un modèle, c’est avant tout un indicateur. Et c’est aussi à chaque coopérative d’expliquer aux associés-coopérateurs en quoi la comparaison avec l’Allemagne peut être intéressante à regarder, mais qu’il faut aussi prendre en compte leurs attentes, la stratégie de l’entreprise, ses débouchés, son potentiel industriel… pour avoir une analyse complète et pertinente de la situation.

WA: En attendant, comment justifier que le lait dans les enseignes de hard-discount (Aldi par exemple) soit moins cher que dans les enseignes classiques françaises alors que le prix du lait payé aux éleveurs est plus élevé en Allemagne !

Fnpl : Excellente question ! Les seules explications que nous avons sont la meilleure maîtrise des charges par les industriels et les distributeurs allemands. La gamme de produits est réduite, les coûts de marketing sont faibles puisqu'il n'y a pas de marques nationales. Les entreprises ont aussi recours à des travailleurs étrangers peu rémunérés ; l’ensemble profitant au final au consommateur. 

Fncl : La stratégie hard-discount est différente de celle des distributeurs plus classiques : moins de diversité de produits, présentation en rayons moins travaillée… Ce sont tous ces éléments qui contribuent à amener une valeur ajoutée plus ou moins importante dans les rayons. Il ne faut pas opposer les stratégies, mais plutôt connaître les avantages et les contraintes de ces différents circuits.


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DÉJÀ 1 RÉACTION


jaguar15
Il y a 2487 jours
les coop , distri etc ont encore pas compris que si les producteurs disparaissent ( ce qui se passe d'ailleur ) ils disparaitront aussi....et pendant ce tps ils s'engraissent sur notre dos..
Mr les grds syndicalistes que faites vous ? qu'attendez vous pour secouer tout ca...ah mais c'est vrai les différentes indemnités etc aident au profil bas...
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