Répartition de la valeurO. Mevel : « Il faut s'attaquer à la structure des marchés lait et viande »

| par | Terre-net Média

Alors que les sénateurs débattent une dernière fois du projet de loi « pour l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire », Olivier Mevel, spécialiste des filières alimentaires, le redit : « ce texte ne changera rien. » « La structure déséquilibrée des marchés, en particulier en filières laitières et viande bovine, empêchera toute tentative législative pour une meilleure rémunération des producteurs. » Il estime par ailleurs que Sodiaal est « un caillou dans la filière laitière », coopérative responsable malgré elle de la faiblesse des prix payés à tous les producteurs de lait.

[Interview] Olivier Mevel : « Pourquoi la loi Alimentation ne servira à rien  »

Les sénateurs débattent une dernière fois du projet de loi Alimentation en séance publique les 25 et 26 septembre. En commission des affaires économiques le 21 septembre, ils avaient une nouvelle fois affiché leur désaccord avec les députés de la majorité. « Sur le fond, ce projet de loi sera inefficace sur les prix », expliquait Michel Raison, rapporteur du projet de texte au Palais du Luxembourg. « Je veux souligner aussi les incohérences du texte adopté par l'Assemblée nationale. Je m'interroge notamment sur le soutien apporté à la grande distribution ». Un avis largement partagé par Olivier Mevel, maître de conférences à l’université Bretagne-Loire, spécialiste des filières alimentaires et ancien candidat à l’Observatoire de la formation des prix et des marges.

« Si le compte n’y est pas, c’est parce que certains captent la valeur ajoutée au détriment des autres. Or le projet de loi fait tout l’inverse », explique-t-il. « Rien n’est fait contre les structures de marché qui captent cette valeur ajoutée. »

« L’Etat devrait organiser et protéger l’offre quand la demande est trop oligopolistique. Nous avons 370 000 producteurs, 2 500 coopératives, dont seulement 13 sont considérées comme des grandes entreprises. De l’autre côté, il y a une trentaine de firmes multinationales et 4 centrales d’achat. Les comptes sont vite faits ! Ces derniers acteurs peuvent réaliser des marges à l’achat car ils ne sont que quelques acheteurs face à des milliers de vendeurs. Ils peuvent faire aussi des marges à la vente car ils sont face à 67 millions de consommateurs. »

« Pourquoi, en France, nous ne sommes pas capables de construire un prix juste par la simple confrontation de l’offre et de la demande ? En 50 ans, on est passé de 120 acheteurs à 4 super-centrales d’achat. Face à cette situation, le rôle de l’Etat doit être de déconcentrer le marché, en abrogeant la loi du 5 juillet 1996, dite loi Raffarin, de façon à permettre la contestabilité de ce marché à d’autres acteurs. »

« Depuis la libéralisation des prix en 1986, nous en sommes à la 14e tentative législative pour mieux répartir la valeur. Aucune n’a fonctionné dans les filières alimentaires. Tant que cette situation perdure, il n’y aura pas d’espoir de meilleurs prix pour les éleveurs. Loi alimentation ou pas, cela ne changera rien. »

 « Sodiaal, un caillou dans la filière laitière »

En ce qui concerne plus particulièrement la filière laitière, Olivier Mevel explique que « le linéaire laitier des distributeurs a perdu 15 % sur ses prix en 15 ans ». « Les produits proposés sont-ils en phase, répondent-ils réellement aux attentes des consommateurs ? En l’occurrence non. »

Que font les grandes marques - Lactel, Candia, et autres - pour répondre à la transition éthique des consommateurs ?

Selon lui, « toutes les marques qui se lancent, comme « C’est qui le patron ? », « Faire France », « Lait de Normandie » ou « promesse d’éleveurs », fonctionnent parce qu’elles répondent à une demande spécifique du consommateur en transition éthique ». « Où sont Lactel, Candia, les laits MDD dans la transition éthique des consommateurs. Ces marques créent un déficit de valeur pour tout le monde. »

Et le spécialiste de pointer du doigt Sodiaal, premier collecteur de lait. N’est-ce pas à Sodiaal, première coopérative laitière française, d’être en pointe pour accompagner le consommateur dans sa transition éthique ? « Sodiaal est finalement un caillou dans la filière. Sodiaal est le collecteur en dernier ressort : la coopérative collecte le lait là où plus aucun autre acteur ne veut le faire. Ses coûts logistiques sont donc importants. En parallèle, la coopérative n’a pas le plus beau portefeuille de marques sur le marché. Les autres acteurs, qui valorisent mieux le lait avec leurs marques, pourraient payer les producteurs 30 ou 40 € de plus aux 1 000 litres. Mais pourquoi le feraient-ils puisque le prix est fixé en fonction des possibilités de Sodiaal ? »

Seul point positif du projet de loi Alimentation : le renforcement de la réglementation en matière d’étiquetage de l’origine. « Mais il faut imposer des règles plus strictes dès 2018 ! Pas dans 5 ans ! »

« Quand le premier critère d’achat des consommateurs devient l’origine, le lait ou la viande ne sont plus substituables par des produits importés. L’origine France est bien devenue le critère essentiel. Pour autant, il faut dissiper les oligopoles », insiste-t-il.


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DÉJÀ 7 RÉACTIONS


garou
Il y a 229 jours
Et si se demandait sérieusement si la politique libérale basée sur la croissance à tous prix cycle infernal investissement sur investissement entrainant la réduction du nombre d’exploitants au profit unique de la grande distribution .
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Pierre
Il y a 234 jours
Question pour Olivier Mevel...
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Francis COUSIN via Linkedin
Il y a 234 jours
Qui devrait s'y attaquer??
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Titouf
Il y a 234 jours
Bravo Arnaud !
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jmb67
Il y a 236 jours
Article très intéressant avec des vérités, la coopération reste véritablement un problème sur ses orientations. Je suis producteur sous signe de qualité, le prix du lait et multiplier par 7 au final pour le consommateur les producteurs produisent en dessous du coût de revient et ceci en faveur de la grande distribution et non des industriels mais personne ne veut l'entendre les producteurs disparaitront ainsi que la filière et nos politiques s'en fout comme nos grands groupes laitiers qui ont fait jaspock sur les petites laiteries qu'ils ont racheté
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GAROU
Il y a 229 jours
C'est certain la production agricole a surtout besoin de renforcer ses rangs moins de super grosses exploitations et n'a pas besoin de structures administratives lourdes ,
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tintin
Il y a 236 jours
BRAVO!!! notre probleme reste l outil cooperatif qui n est plus depuis 30 ou 40 ans au service des producteurs.il faudrait pouvoir reprendre le pouvoir et virer qqes administratifs et qqes administrateurs qui sont la pour la soupe.nous devons aussi reprendre la direction de notre syndicat majoritaire pour avoir comme objectif prioritaire la valeur de nos produits.
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