Changement climatiqueLes paiements pour services environnementaux plébiscités

| par | Terre-net Média

Acteurs et victimes du changement climatique, les agriculteurs n'ont pas attendu les injonctions sociétales pour prendre conscience des enjeux environnementaux. Néanmoins, le contexte économique actuel ne favorise pas la prise de risque et l'investissement nécessaire à la mise en place de nouvelles pratiques, parfois plus coûteuses. À l'occasion de son assemblée générale, le 29 septembre, le think tank Agr'idées a soulevé la question des leviers pour améliorer la résilience de l'entreprise agricole face au changement climatique.

Les PSE apparaissent comme un levier important pour faciliter l'adoption de pratiques agricoles écologiquement plus vertueusesLes PSE apparaissent comme un levier important pour faciliter l'adoption de pratiques agricoles écologiquement plus vertueuses. (©Pixabay)

Si le débat sociétal actuel est fort autour des pratiques agricoles au regard du changement climatique, les agriculteurs disposent déjà d’un certain nombre de solutions, en place parfois depuis plus de vingt ans. C’est le cas, par exemple, de l’agriculture de conservation des sols. « Pour les systèmes les plus aboutis, on augmente de 500 à une tonne par an le stockage de carbone », explique François Mandin, président de l’Apad.

Cependant, la transition nécessite une prise de risque « difficile à prendre aujourd’hui, moi je l’ai faite il y a 25 ans », ajoute-t-il. Pour Henri Biès-Péré, vice-président de la FNSEA, « les pionniers l’ont fait effectivement à une époque où il y avait des moyens, ce qui permettait aux agriculteurs de prendre des risques sans mettre en danger toute leur exploitation. Mais aujourd'hui l’accompagnement, qui n’a pas été pensé par le passé, reste à construire », explique-t-il.

Or, il faudrait, aujourd’hui plus qu’avant, « un climat des affaires pour rassurer l’agriculteur » qui se lance dans de nouvelles pratiques, indique-t-il. La méthanisation en est un bon exemple. « Il faut laisser le temps à la filière de s’organiser, témoigne Emilie Bondoerffer, agricultrice méthaniseur en Alsace. On est sur la valorisation de déchets, une matière finie qui est amenée à diminuer, on doit laisser le temps aux acteurs dans un territoire de mettre en place les flux, sans se tirer dans les pattes ». Une condition d'autant plus indispensable que les tarifs de rachat viennent d’éviter de justesse une baisse qui aurait mis à mal le développement de la filière en milieu agricole.

Accompagnement financier : la Pac comme levier

Pour l’économiste Christian de Perthuis, « il serait plus motivant de dire aux citoyens et agriculteurs : vous faites face à des impacts, il faut mener des politiques de renforcement de la résilience ». L’un des principaux enjeux de la réforme de la Pac pourrait ainsi être « celui des paiements des services environnementaux ».

D’autant plus que, comme le souligne Ricard Ramon, chef d’unité adjoint à la DG Agriculture et développement rural de la Commission européenne, 40 % de la prochaine Pac sera directement ou indirectement liée au climat. « On va avoir une partie des soutiens directs attribués à des pratiques vertueuses qui vont au-delà de ce qui est demandé, des paiements complémentaires aux paiements directs de la Pac », venant par exemple rémunérer des rotations plus ambitieuses, explique-t-il.

Une orientation que soutient également l'ancien ministre de l'agriculture Stéphane Le Foll, qui a conclu les échanges à distance. Remarquant, non sans une certaine ironie, que la nécessité d’aller vers l’agro-écologie ne faisait désormais plus débat au sein du monde agricole, l’ancien ministre de l’agriculture en a rappelé le principe : « maximiser ce que peut nous offrir la nature, pour diminuer la partie capitalistique ». La Pac doit amplifier le verdissement, et « travailler sur des objectifs, et non pas des moyens », estime-t-il, évoquant la couverture des sols, le stockage de carbone ou encore la diminution des IFT.

Attractivité et acceptabilité sociétale

Pour l'ancien ministre, « il ne faut pas déconnecter les questions sociales et environnementales des itinéraires et pratiques agricoles ». Tout l’enjeu étant de trouver les leviers pour développer ces pratiques à grande échelle, ce qui l’avait d’ailleurs poussé à mettre en place les groupements d’intérêt économique et environnemental (GIEE).

Amener le plus d'agriculteurs possible à changer ses pratiques, c’est également un des objectifs de la démarche Bleu Blanc Cœur : « dans certaines filières, on pèse jusqu’à 10 %, ce qui n’est pas rien », explique Nathalie Kerhoas, la directrice de l’association. Pour rendre accessibles à tous les cahiers des charges, « on travaille sur des paiements pour services environnementaux », ajoute-t-elle, alors que la suppression de tous les tourteaux de soja d’importation est parfois très difficile pour les éleveurs. « Il faut faire en sorte que ce ne soit pas le producteur qui finance le delta coût », insiste-t-elle.

Car il en va aussi de la pérennité du métier, dans un contexte sociétal qui n’est pas toujours bienveillant, rappelle également François Mandin. « L’attractivité, on l’aura si on arrive à projeter un chemin d’acceptabilité. Est-ce qu’on fait confiance aux agriculteurs, ou est-ce que ce sont les autres qui doivent prouver que ce que les agriculteurs font est mal ? Il faut savoir reconnaître qu’on est dans un mouvement d’amélioration », souligne l’agriculteur, qui demande aussi aux scientifiques d’être aux côtés des agriculteurs.  

François Mandin, Emilie Bondoerffer et Paul Luu lors de la conférence organisée par le think tank Agr'iDées, le 29 septembre.François Mandin, Emilie Bondoerffer et Paul Luu lors de la conférence organisée par le think tank Agr'iDées, le 29 septembre. (©Terre-net Média)

Une situation résumée par Paul Luu, secrétaire général de l’initiative 4 pour 1000 : « le monde agricole n’attend pas forcément que les scientifiques lui montrent la voie à prendre, mais les politiques ont du mal à s’emparer de ces solutions quand elles ne viennent pas du monde scientifique. Redonnons à chacun sa place autour de la table pour que les politiques soient faites avec et non pas contre les agriculteurs ».


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DÉJÀ 9 RÉACTIONS


tito
Il y a 55 jours
les vaches ne permettaient visiblement plus de gagner sa vie, alors les agriculteurs essaye de survivre, et de vivre dignement, tout simplement. La voie qu'ils prennent peut ne pas vous convenir, mais libre à vous d'acheter des vergers, du terrain, et d'y planter des haies...ce qui est triste, ce sont les citoyens qui ne veulent pas payer le juste prix des productions permettant de rémunérer les agriculteurs, et après leur reproche les choix qu'ils font chez eux pour essayer de s'en sortir. Si les éleveurs vivaient bien, il resterait des vaches, et des prés, si le céréaliers vivaient bien, ils n'auraient pas besoin de tenter de s’agrandir, d' ailleur il ne pourrait pas les terres seraient reprise en famille car il y aurait un avenir sur la ferme....mais on ne peut pas demander à l'agriculteur de produire pour rien, et lui reprocher d'essayer de s'en sortir...surtout que les haies étaient probablement chez lui....Avant dans mon village, il y avait un maréchal ferrant... mais cela c'était avant
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Réaliste
Il y a 54 jours
La campagne est notre outil de production..et si on se saigne depuis 4 générations ou + pour payer des terres il faut peut-être espérer qu'on soit encore maîtres chez nous.
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Marion
Il y a 55 jours
Je suis bien d'accord dans mon bourg quand je suis arrivée il y avait des pâtures avec des vaches dedans et des plans de pommiers le cadre de vie était idyllique et au fil des ans des agriculteurs sont partis en retraite les pâtures ont étaient retournées, les pommiers arrachés, quelques haies arrachées il restait 2 paysans dans la communes des céréaliers, un s'est suicidé l'autre à repris les terres et à finit d'arracher les haies pour appartement pouvoir mieux circuler avec sa batteuse mais cette année il a loué ses terres pour faire du lin et maintenant j'apprends que l'agriculteur et en redressement judiciaire bref je vois pas le but de travailler comme ça si c'est pour ne pas gagner d'argent ou est la motivation ? À 2 agriculteurs ils ont décidé de notre cadre de vie qui en as franchement perdu et ça fait 13 ans que j'habite la commune je ne comprend pas de telles changements...
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Troll
Il y a 56 jours
Non, non je pense à ceux qui conservent les haies, les talus, les mares, ceux qui essayent une certaine biodiversity (ça veut pas dire bio pour autant), ceux qui pratiquent le pâturage pas ceux qui matraquent les sols par tous temps avec l'autochargeuse, bref la petite maison dans la prairie quoi....
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gibero
Il y a 57 jours
si vous pensiez à l agriculture de conservation des sols ,c est raté tellement les acistes consomment du glyphosate à gogo............
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Troll
Il y a 57 jours
Avant de payer pour convertir certains il faudrait peut être récompenser ceux qui ont des pratiques dites vertueuses....
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Réaliste
Il y a 57 jours
Je passe le fait que Le Fol ose encore donner des conseils vu son bilan catastrophique pour l'agriculture et qu'il y ait des gens pour l'écouter. Mais utiliser la PAC pour rémunérer les services environnementaux ça veut dire qu'il faut que le consommateur paye les productions à leur vrai prix. Et ça on est très loin d'en prendre le chemin, que ce soit en bio ou en conventionnel. Parceque avec une PAC comme ça ce sera 100% de jachères, autant dire que plus besoin de beaucoup de monde dans le para-agricole.
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Patrice brachet
Il y a 57 jours
Pipo c est une façon de réguler les marchés. Après ce qui va être marrant c est les gestions des effluents ! En effet ça marche du feu de Dieu ............les premières années ! après quid de l humus , globalement un engrais composé à base d ammonitrate Et la vie du sol ? Car comme on a du volume on a la main lourde et c est la tout le problème. Donc à suivre.
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Pipo
Il y a 57 jours
«La méthanisation est un bon exemple» !! Ils vont vite déchanter! Cet été, certains qui ont trouvé ( à juste titre) que les prix n'étaient pas bons, ont mis L'ENSEMBLE de leurs cultures dans leur methaniseur ( ce qui est interdit officiellement mais peu importe) Là où ça va devenir drôle c'est quand les «autorités» et autres «groupes d'idées» vont s'en apercevoir . Une fois que la fonction «recyclage» aura disparu, ils crieront au scandale!
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