Relations commercialesLes crispations persistent entre agriculteurs et distributeurs

| AFP

Du mieux sur le lait mais des conflits persistants sur la viande : industriels de l'agroalimentaire et distributeurs ont dressé un bilan contrasté mercredi de la loi censée pacifier leurs négociations commerciales, le gouvernement faisant état de pratiques encore « très contestables ».

« De l'avis d'une partie significative des fournisseurs et producteurs (...) les négociations commerciales qui doivent s'achever à la fin du mois se déroulent dans un état d'esprit constructif et dans un climat apaisé », a assuré l'exécutif à l'issue d'un point d'étape de la loi Egalim sur les négociations commerciales, votée en 2018.

Lors de ce point d'étape, organisé à Bercy en présence de représentants des producteurs, des transformateurs et des distributeurs, le ministre de l'agriculture Didier Guillaume et son homologue de l'économie Bruno Le Maire ont notamment souligné les progrès accomplis dans le secteur laitier. Ces améliorations « témoignent d'une réelle volonté de prise en compte de l'exigence de rémunération équitable des agriculteurs », ont estimé dans un communiqué les deux ministres, en insistant cependant sur « la persistance de pratiques très contestables », notamment dans la grande distribution. « Les déréférencements visant à faire pression sur les fournisseurs restent fréquents » et « le comportement des centrales d'achats demeurent un sujet de préoccupation », ont détaillé les ministres, appelant « tous les acteurs dans l'ensemble des filières à la responsabilité ».

Lors de cette rencontre, Bruno Le Maire a fait part notamment des anomalies relevées par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) concernant le respect des conditions de promotions, en vigueur depuis le 1 er janvier 2019. Bercy s'assurera de la « rigueur des contrôles menés » chez les distributeurs, a assuré le ministre, appelant à « sanctionner les manquements ». Des sanctions appelées de leurs vœux par les Jeunes agriculteurs, qui ont appelé l'État à « prendre ses responsabilités » envers « ceux qui ne veulent pas jouer le jeu ».

« Pressions, chantage, menaces » 

La loi Egalim ou «  loi Alimentation », promulguée en octobre, vise à rétablir l'équilibre des relations commerciales entre producteurs et grande distribution pour redonner du revenu aux agriculteurs, et à rendre plus accessible une alimentation saine pour les consommateurs.

Une première ordonnance publiée en décembre a ainsi imposé à la grande distribution que les produits issus de l'agriculture soient vendus au moins 10 % de plus qu'ils n'ont été achetés, pour que leurs coûts de distribution soient pris en compte et qu'ils ne soient plus vendus à perte.

Pour l'Association nationale des industries alimentaires (Ania), cette loi n'a à ce stade rien changé aux pratiques en vigueur au sein de la grande distribution. « La réalité cette année s'avère aussi terrible que les années précédentes : demandes de baisses de prix systématiques de la grande distribution à l'encontre des entreprises alimentaires, pressions, chantage, menaces de sorties de rayons pour vos produits si vous n'acceptez pas les conditions imposées », a-t-elle dénoncé dans un communiqué.

Une exception de taille toutefois : le lait, qui a suscité la signature de nombreux accords entre distributeurs et industriels. Pas plus tard que mercredi, Carrefour et Système U ont d'ailleurs annoncé la conclusion de quatre accords avec les géants laitiers Lactalis, Sodiaal, Yoplait et Laïta « visant à revaloriser les prix du lait ». Mais ces avancées spectaculaires, qualifiées d'« historiques » par Richard Panquiault, directeur général de l'Ilec (grandes marques), ne doivent pas être « l'arbre qui cache la forêt », a averti l'Ania, appelant les pouvoirs publics à « faire respecter la loi Egalim ».

Lors d'une table ronde au Sénat, le délégué général de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD) Jacques Creyssel a assuré pour sa part que «  globalement, les choses se passaient mieux que les années précédentes ». Thierry Cotillard, le président d'Intermarché, a quant à lui souligné avoir « vu une vraie différence par rapport à l'année dernière, avec des industriels qui ont joué le jeu de la transparence », un constat notamment formulé à l'égard des industriels laitiers. « Pour ce qui concerne la viande, le marché est aux mains d'un gros industriel qui représente 60 % et qui lui n'est pas transparent et nous dit qu'il fera ce qu'il voudra, donc ça va être plus compliqué d'aller vers la contractualisation», a-t-il en revanche ajouté, visant, sans le nommer, le groupe Bigard.


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DÉJÀ 1 RÉACTION


Jo
Il y a 189 jours
Les EGA, loi EGALIM, c'est encore plus d'argent pour les GMS, et industriels. Il n'y a plus de poudre, les cours du beurre sont bons....mais le lait toujours aussi mal payé !!!! À quand un grand réveil de tous les agriculteurs.
À nos réunions OP., Pendant 2 heures ça ne parle que distribution de volume supplémentaire.....les agriculteurs sont vraiment c...!!!
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