Recherche de profit, gigantisme...Les coopératives agricoles ont-elles perdu leur raison d'être ?

| par | Terre-net Média

Si elles sont aujourd'hui accusées de dérives, ou de trahir leur raison d'être, les coopératives agricoles n'ont en réalité pas cessé de s'adapter et de se renouveler au gré des politiques agricoles et des changements socio-économiques. Au regard des enjeux actuels, cette évolution de longue haleine semble, par ailleurs, loin d'être terminée. Bertrand Valiorgue, Émilie Bourlier Bargues et Xavier Hollandts en décryptent les mécanismes dans un article paru très récemment dans la Revue internationale de l'économie sociale (Recma).

Investies dans l'ensemble des maillons de la filière agroalimentaire et sur les marchés, les coopératives se sont-elles détachées de leur raison d'être vis-à-vis des agriculteurs ?Investies dans l'ensemble des maillons de la filière agroalimentaire et sur les marchés, les coopératives se sont-elles détachées de leur raison d'être vis-à-vis des agriculteurs ? (©Pixabay)

Actifs dans la transformation et l’aval de la filière, impliqués sur les marchés mondiaux, les  grands groupes coopératifs n’ont plus rien des petites structures ayant émergé à la fin du XIXème siècle, et destinées à mettre en commun des ressources pour protéger les agriculteurs des aléas de l’activité agricole. Et si les coopératives sont aujourd’hui critiquées et accusées de s’être éloignées de leurs missions, elles n’ont pas cessé, depuis leur création, « d’être confrontées à la nécessité de redéfinir leur positionnement à l’égard de leurs membres et plus généralement de la société », expliquent Bertrand Valiorgue, Émilie Bourlier Bargues et Xavier Hollandts dans leur article « Quelles évolutions de la raison d’être des coopératives agricoles françaises ? Regard historique sur un construit social », paru dans la Revue internationale de l’économie sociale.

Rappelant que l’évolution des coopératives a suscité des critiques dès les années 1950, les auteurs analysent les redéfinitions successives de la « raison d’être » des coopératives à la lueur des politiques agricoles et du contexte économique (NB : la raison d’être étant étudiée comme un construit social et historique, correspondant aux missions et services de base que les acteurs d’un secteur doivent apporter en réponse à la multiplicité des attentes du secteur économique dans lequel ils évoluent).

Guerres mondiales, crises économiques : des tournants

Après la première guerre mondiale, l’intervention plus directe de l’État dans le secteur agricole favorise le développement des coopératives, consolidées par l’octroi de crédits, d’allégements fiscaux, permettant à certaines structures de stockage et de vente de matières premières, d’abord dans le secteur des céréales, de fonctionner comme des intermédiaires sur les marchés.

Après la seconde guerre mondiale, la priorité accordée par le pays à la recherche d’indépendance alimentaire, l’arrivée de la politique agricole commune, et les lois de modernisation agricole « engendrent d’importantes réformes de structures que les coopératives vont largement accompagner après un aggiornamento sur leur identité et leur raison d’être », expliquent les auteurs. Les coopératives, qui jusque-là avaient refusé d’agir sur les pratiques agricoles, travaillent désormais activement aux progrès agronomiques et à l’amélioration des rendements des exploitations.

Une nouvelle évolution est observable à partir des années 1980. En réaction aux crises de surproduction, les coopératives mettent progressivement en place des stratégies d’internationalisation et de diversification, intégrant notamment de nouveaux maillons à l’aval, transformant « en profondeur leur raison d’être et les relations qu’elles entretiennent avec leurs adhérents ». « En se diversifiant et en s’internationalisant, elles finissent par ressembler aux sociétés de capitaux, et par partager les méthodes et les valeurs des firmes concurrentes. On observe en parallèle une montée du désengagement des producteurs, qui se considèrent comme des simples fournisseurs de structures économiques peinant à se positionner de manière avantageuse sur des marchés agricoles et alimentaires désormais mondialisés », soulignent les auteurs.

Ainsi, quatre « raisons d’être » se sont progressivement superposées au fil du temps : protéger et défendre les agriculteurs (développée dans les années 1880-1920), amortir les crises et orienter le secteur agricole (1920-1950), moderniser l’agriculture française et gagner en compétitivité (1950-1990), acquérir un pouvoir de marché pour sécuriser les revenus (depuis 1990).

Aujourd’hui : se renouveler à nouveau face aux attentes sociétales

Si elles ne sont pas nouvelles, les tensions sur la raison d’être des coopératives agricoles sont surtout ravivées par le contexte socio-économique et climatique et l’importance accordée à l’agriculture et à l’alimentation dans les enjeux politiques, environnementaux et climatiques. Répondre davantage aux attentes des agriculteurs ne pourra se faire que dans le cadre d'une réponse globale aux attentes sociétales très fortes sur ces questions. « Dans ce contexte marqué par la nécessité de régénérer le progrès social, environnemental et agronomique, les coopératives agricoles vont sans doute devoir enclencher un nouvel effort de définition de leur raison d’être, afin de reconsidérer leurs services et missions de base pour le bénéfice de leurs adhérents et de la société dans son ensemble », et se réinventer une nouvelle fois en tenant compte des attentes des consommateurs et des citoyens, concluent Bertrand Valiorgue, Émilie Bourlier Bargues et Xavier Hollandts.


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DÉJÀ 56 RÉACTIONS


anonyme
Il y a 57 jours
Je suis consterné de voir que seuls ceux qui crachent sur les coops laissent des messages en réponse à ce sujet forcement clivant.
Le modèle coop est-il parfait? non . Mais vous oubliez que ce système a été mis en place pour lutter contre les privées qui tondaient allègrement les agriculteurs ils y a plusieurs décennies. Vous oubliez aussi que si les négoces peuvent être placés aujourd'hui c'est par la pression des coops qui offrent un point de comparaison. Je croise nombre de personnes qui donnent des exemple comme ceux ci-dessous en comparant des petits négoces avec 5 employés et 0 services fasse à des structures coop qui offrent un panel complet de services.
Je rappelle aussi que les mauvaises années la coop est obligée d'acheter votre blé, le négoce non (cas constaté). Un gros négoce comme Soufflet qui a un modèle aussi complet qu'une coop n'est pas fatalement meilleur que les coops par exemple. ma famille travaille avec sa coop depuis 3 générations et gagne bien sa vie notamment parce que l'accompagnement de la coop évite de faire des grosses erreurs (et aussi parce que nous n'achetons pas du matériel de façon irrationnelle... et ça c'est de responsabilité individuelle). Le monde agricole souffre mais le faire payer à ses conseillers me semble un peu trop facile. Il faut être exigeant mais pas injuste avec ses conseillers ( à force de les dégoûter du métiers nous n'en auront bientôt plus). Conclusion:de l'exigeance oui mais pas de vision trop binaire de l'approche.
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gégé
Il y a 38 jours
"Se plier à "
Tout est dit, ça sent l'administrateur de coop qui se rend plus compte de ses propos. On se plie pas, on adhère. On bondit pas sur une opportunité, on saisi un moment de l'année où le marché rémunère notre travail et nous permet de ... vivre.
Quelle coop a en tête le prix de revient de ses paysans (on ne me l'a jamais demandé!) pour savoir si il est judicieux de commencer à vendre mon blé un an avant à 160 euros? Personne.... la coop vit pour elle, pour couvrir ses charges, payer ses salariés et se développer dans des filiales.... non soumises au statut coop, c'est dire si elles croient à leur modèle!!!
Alors oui, peux être que je suis individualiste. Parce que ma ferme passe avant la coop, mais je n'ai jamais vu l'inverse en face. On a connu des années noires dans différentes coops suivant leurs secteurs. Je n'ai pas entendu que la coop prenait dans ses réserves optionnelles pour mieux rémunérer des producteurs affectés par une crise. Non. Déstabiliser la coop pour sauver les paysans qui l'ont financé par les bénéfices non reversés depuis 2 générations? Et puis quoi, encore!
Le modèle paternaliste, c'est épauler quand ça va pas. La coop se place dans un modèle économique, moi aussi.
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PàgraT
Il y a 63 jours
à moi même stocké chez vous ?
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jlturpin
Il y a 42 jours
Ce sont les agri qui ont tué l'esprit coop de nos grand parents. vouloir toujours plus que son voisin, ne pas se plier à la politique du prix moyen (prix unique pour tous), vouloir bondir sur des opportunités d'acheter moins chère pour les produits phyto, boursicoter sur sa récolte, ne pas accepter les frais de fonctionnement, vouloir quelques passe droits ou privilèges : voilà ce qui a tué l'esprit coop. Nous, les agris nous avions le pouvoir de décider, mais nous avons préféré voir la coop comme un tiers privé plutôt que de la voir comme un outil qui nous permettant de nous défendre. Nous vivons dans une société d'individualistes et de capitalistes à tout point de vue, l'agriculture en tête de liste.
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moi meme
Il y a 63 jours
pour illuster mes ecrits vendu aujourd'hui ble 2020 . 190e la tonne paye fin nov a operateur prive . proposition coop sur janvier 180e la tonne .il y a la matiere a reflexion pourquoi des differences de prix recurente et toujours dans le meme sens.
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nomis
Il y a 65 jours
Les coops sont engagées dans une croissance avec des charges de fonctionnement toujours aussi élevées, et malgré les avantages fiscaux et les subventions européennes via les les op elles ne sont pas capables de mieux rémunerer leurs adhérents que le privé. Les grosses coopératives sont même aujourd'hui soutenues par les politiques car beaucoup d'emplois dépendent de leur bonne santé financière. Et elles sont malheureusement en train de copier le même modèle pour le bio, mais tant qu'il y a des paysans à plumer pourquoi changer ? Beaucoup d'agriculteurs préfèrent s'agrandir que capter de la valeur ajoutée en maîtrisant eux-mêmes leur commercialisation,ils sont devenus des salariés des coops.
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toto
Il y a 65 jours
pour simplifier nos anciens ont créer ces coop pour dégager un meilleur revenu en mutualisant les achats ainsi que les ventes. ces codes sont erronés ce sont des bâtons créés par les paysans d'autrefois qui au final vont tuer les générations future, leurs enfants et petits enfants. triste constat...
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moi meme
Il y a 65 jours
a la lecture de l'article je dirai a connaitre les coops du secteur seul l'interet economique et financier les preocupent.avec la benediction des politiques du departement et meme au dela.les banques aussi suivent car nous sommes un marche captif par les credits appro.il en est de meme pour toutes les structures satellites des coops fournisseurs et prestataires de services. nous ne sommes plus que des fournissurs a la botte de ses gens la.ils nous donnent l'aumone et conciderent nous remunerer largement.il est pour le personnel et pas que impensable que les agris est un meilleurs salaire que employes de la coop .inimaginable.au fait exemple prix matif sur mais nov 2020 pour les coops matif moins 23e pour le prive moins 13euros .et cela dans le meilleur des cas j'ai vu pire .ils vous proposent cela comme siils vous faissaient une faveur .mort de rire .
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foue
Il y a 66 jours
Paysan au RSA,oui les coopératives dérivent sur le dos des paysans,et perdent leur âmes..
1 moi-même a raison 15/100 suffirait à les faites vivres
2 quelle ne cède. Pas à ramasser des canards boiteux que leur proposent les banques régionales, quand elles grossissent.
3 les coûts de transports ,1/3 plus cher dans le cas d'ocealia avec en parallèle une baisse sur le gaz oil.
4 les approvisionnements ne sont plus assurés sur certains secteurs de cette coopérative : en engrais (sièges à bon dos) l'engrais doit être fournit 4 mois de l'année sur 12.
5 un homme ,une voie , il faut élire des administrateurs compétents ,pas des gens proche de la retraite
6 un outil de travail est là, mais mal utilisé.
7 mettre en place un système de retraite pour les paysans
8 nos coopératives se conduisent comme des administrations, 2 à. 3 jours si ce n'est plus pour obtenir. Une réponse , une analyse de la situation des paysans souvent faussé.
9 le numérique devrait éviter la pléthore de salariés à certains endroits
10 . Les paysans l'ont besoin de prix rémunérateurs , pas de se faire extournè leur récolte à des prixs spécifique au fonctionnement de la coopérative





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Julien 14
Il y a 67 jours
Moi j'ai entendu un truc sur un acheteur de bétail d'une coop avec des camions vert et rouge, paraîtrait il que cette homme là accepterait d'augmenter les tarifs contre rémunération en espèce, il prendrait 30% de l'augmentation du tarif, pour l'achat d'une quarantaine de bêtes il aurait accepté d'augmenter de 5000€ et aurait touché 1500 en espèce de la part de l'éleveur si ça s'avère vrai ça veut dire qu'il se rattrape sur les autres vendeurs...
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