Russie/LituanieLe lait de la discorde

| par Momagri | Terre-net Média

La Russie a imposé le 7 octobre dernier, un embargo sur les importations de produits laitiers en provenance de Lituanie. La Commission européenne n'a pas tardé à réagir et a annoncé qu'elle envisageait de porter plainte à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), espérant ainsi débloquer la situation.

Troupeau de laitièresL'embargo de la Russie sur les produits laitiers lituaniens pourrait s'étendre à d'autres pays européens.  (©Terre-net Média)Officiellement, cet embargo a été imposé par la Russie pour des raisons sanitaires. Le service russe de contrôle vétérinaire et phytosanitaire, Rosselkhodnadzor, a ainsi observé un affaiblissement des contrôles des produits laitiers en Lituanie. Si des raisons sanitaires ont pu légitimement pousser la Russie à arrêter certaines des importations en provenance de Lituanie, pour les autorités européennes, les réelles motivations seraient cependant politiques. En effet, la Lituanie s’impose depuis l’implosion de l’Urss comme l’un des porte-drapeaux de l’émancipation des anciennes républiques soviétiques de l’influence russe, et pour ne rien arranger préside actuellement l’UE. Ainsi, les 28 et 29 novembre prochains se tiendra le Sommet du Partenariat Oriental à Vilnius visant notamment à rapprocher les six anciennes républiques soviétiques (Arménie, Azerbaïdjan, Belarus, Géorgie, Moldavie et Ukraine) de Bruxelles et où devraient être signés des accords d'association et de création de zones de libre-échange entre l'UE, l'Ukraine, la Moldavie et la Géorgie. Ce rapprochement est ainsi perçu par Moscou comme une atteinte à l’intégrité de sa zone d’influence.

Au-delà du caractère politique de la sanction imposée par le Kremlin, et si l’embargo venait à s’amplifier et à toucher d’autres pays européens, cette prise de décision unilatérale et non coordonnée pourrait alors avoir un effet déstabilisateur sur les marchés (distorsion brutale des prix internationaux, hypervolatilité des cours…) et ce de manière d’autant brutale que la Russie est une puissance économique incontournable, qui pèse sur les échanges internationaux. L’histoire pourrait ainsi se répéter : Moscou par la seule annonce d’un possible embargo sur ses céréales, avait déjà affolé les marchés internationaux, entraînant une flambée des prix observée à partir de l’été 2010.

La décision russe fragilise non seulement l’équilibre politique précaire entre Moscou et Bruxelles mais opacifie davantage un secteur déjà structurellement instable. Pourtant aujourd’hui plus que jamais, le marché agricole mondial nécessite la mise en place de principes de gouvernance et de régulation adaptés. Et ce d’autant plus que l'attitude collective face aux risques et menaces induits est exacerbée dans un contexte de démantèlement progressif des mécanismes de régulation et d'intervention.


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