SécheresseLe gouvernement va autoriser une soixantaine de retenues d'eau en 2019

| AFP

Le gouvernement va autoriser la mise en place d'une « soixantaine » de retenues d'eau sur le territoire en 2019 pour mieux  gérer l'irrigation des terres agricoles, toujours plus affectées par les  sécheresses, a affirmé jeudi le ministre de l'agriculture Didier Guillaume. [Article mis à jour à 18h26]

Eau-pluieDidier Guillaume a indiqué que les agriculteurs utilisaient « 30 % de moins d'eau aujourd'hui qu'il y a 10 ou 15 ans ». (©Pixabay)

« On ne va pas regarder la pluie tomber du ciel pendant six mois et la chercher les six autres mois de l'année », a défendu Didier Guillaume sur le plateau de CNews jeudi matin. « Il s'agit de capter l'eau de pluie, de la retenir dans des retenues "collinaires", (...) pour pouvoir la restituer après dans les sols lorsqu'il y a sécheresse », a-t-il expliqué.

Alors que ces projets sont régulièrement attaqués devant les tribunaux administratifs par les associations de défense de l'environnement, le ministre a rappelé avoir, avec le ministère de la transition écologique et solidaire, « obtenu une instruction arbitrée par le Premier ministre » pour « à nouveau faire des retenues d'eau ».

Le document signé en juin lors des Assises de l'Eau, mais jamais réellement médiatisé jusqu'à présent, définit l'objectif de parvenir à 60 retenues d'eau « d'ici à 2022 », et « les instructions des projets vont démarrer en 2019 », a précisé le cabinet du ministre dans la matinée.

« C'est totalement irresponsable », a réagi Michel Dubromel, président de France Nature Environnement (FNE) qui avait participé aux Assises de l'eau. Les Assises, organisées sous l'égide du ministère de la transition écologique, « n'ont jamais validé cette orientation », a-t-il dit à l'AFP, y voyant une « fausse bonne solution ». « Le message était un message de sobriété », a insisté Michel Dubromel, soulignant que des agriculteurs adaptent déjà leurs pratiques au réchauffement climatique. « La retenue, ce n'est pas la panacée, ça ne permet pas d'éviter de se poser la question de la quantité et des usages. En revanche, c'est une réponse possible à un plan collectif entre agriculteurs, associations de défense de l'environnement, consommateurs, industriels, aux enjeux du besoin de mieux organiser la gestion de l'eau pendant l'année », a commenté la secrétaire d'État à la transition écologique Emmanuelle Wargon lors d'un point presse. « Le ministère accepte le principe de retenues, mais dans ce cadre », a-t-elle ajouté.

« Des projets de territoire »

Treize projets de « bassines » dans le département des Deux-Sèvres, deux en Charente-Maritime et un dans la Vienne, sont notamment contestés par des militants écologistes qui dénoncent un système pompant principalement les ressources des nappes souterraines et soutenant l'agriculture jugée intensive.

Les retenues vont « se faire sur des projets de territoire discutés » avec les écologistes, a affirmé Didier Guillaume, appelant au « pragmatisme » pour que l'agriculture « soit résiliente et puisse avancer ».

Lire aussi le témoignage d'Emmanuel Ferrand sur la gestion de l'eau : « La sécheresse que nous vivons est historique »

Retrouvez également l'article : Après la sécheresse, la guerre de l'eau

D'après Didier Guillaume, les agriculteurs utilisent « 30 % de moins d'eau aujourd'hui qu'il y a 10 ou 15 ans » et sont toujours plus nombreux à s'engager dans la « transition agro-écologique ». « Si on veut continuer à avoir une agriculture française, et ne pas importer (des produits agricoles, NDLR) dont nous ne voulons pas, alors il faut que l'agriculture française soit résiliente » a-t-il martelé.

En 2018, « plus de 200 millions d'euros » ont été versés aux agriculteurs au titre des calamités agricoles. « Ce sera sûrement pareil cette année, voire un peu plus » a dit le ministre. « La sécheresse de cette année est plus forte que celle de l'an dernier ». Mais selon lui, « ça ne peut pas suffire ». Un groupe de travail dont les conclusions doivent être rendues « à la fin de l'année ou au début de l'année 2020 », a été lancé, « afin de mettre en place une assurance généralisée pour les agriculteurs », a-t-il rappelé.

Pour faire face aux conséquences des dernières sécheresses, la Commission européenne a validé le mois dernier le déblocage d'un milliard d'euros d'aides qui seront versées « de manière anticipée » aux agriculteurs en octobre au titre de la politique agricole commune (Pac). Les agriculteurs ont également obtenu des dérogations auprès de Bruxelles pour permettre, dans 69 départements, de faucher des jachères pour nourrir leurs animaux.


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DÉJÀ 8 RÉACTIONS


laurent 79
Il y a 118 jours
dans les Deux Sèvres nous en sommes à la troisième période d'inondations; au niveau de Niort le bassin versant fait 1070 km2, annuellement il reçoit 900 millions de m3 de pluie (861mm, moyenne des précipitation de 1981 à 2010), d'après le site vigiecrue.fr : depuis le 18 10 2019, la Sèvre a déjà évacué 400 millions de m3 d'eau douce vers la mer et ce n'est pas fini !
On va atteindre les 50% de rejet en mer alors qu'il ne faudrait jamais dépasser les 30%, aujourd'hui on sait déjà qu'on sera en déficit d'eau l'été prochain.

Les crues excessives de l'hiver préparent les sécheresses de l'été, c'est pourquoi il est urgent de capter tous les ruissellements pour prévenir les inondations, éviter les pollutions et garder de l'eau pour l'été. Sinon on alterne inondations et sécheresses ce qui est fatal pour la biodiversité des sols (donc aux insectes et donc aux oiseaux ... ) et la continuité écologique des cours d'eau.

Dans un écosystème forestier (notre référence en matière de climat) 70% des précipitations sont consacrées à l'entretien du cycle (évapotranspiration) par rétention dans les sols, ce qui laisse 30% de retour en mer. Quand les retour en mer d'un bassin versant dépasse les 30% c'est que la végétation n'aura pas assez d'eau, ce qui va entrainer un manque de pluie, un assèchement du bassin et une destruction de la biodiversité ... surtout avec des villes qui pompent massivement dans les nappes et rejettent l'eau en rivière au lieu de la recycler dans les sols ...

En 2018 la ville de Niort a reçu 911mm de précipitations, 911 litres au m2, 9110 m3 à l'hectare, sur une surface artificialisées de 34 km2 (toits, routes, pkg, etc ...) ça représente un volume de 30 millions de m3 ! Tout cette eau a rejoint la mer au lieu d'être utilisée ou de s'infiltrer !

Si la ville était une foret, elle aurait évaporé 70% de la pluie et donc infiltré 273 mm, 273mm sur 34km2 ça donne un volume de 9 millions de m3 pour les nappes phréatiques ...


La ville de Niort compte 59 000 habitants (2016) , on compte 150 litres d'eau par habitant et par jour en moyenne, soit 50m3 à l'année par habitant ! Donc une consommation annuelle de 3 millions de m3, autrement dit avec 10% des pluies reçues on couvre la totalité des besoins en eau de la ville.

La ville pompe l'eau dans les nappes phréatiques sans jamais la ré-infiltrer après utilisation et traitement (alors que c'est une obligation pour les maisons individuelles avec assainissement autonome) ! Le code de l'environnement impose un traitement et une infiltration de tous les rejets (pluies et eau usées), et quand les infiltrations ne sont pas possibles l'eau doit être recyclée pour des usages non domestiques comme l'arrosage, les rejets en rivières auraient du rester occasionnelles ... hélas ils sont sytématiques parce que beaucoup moins cher !

Bilan hydrique de la ville de Niort : 30 millions de m3 de pluie détournés du cycle naturel (évapotranspiration, évaporation et infiltration) qui va directement dans la mer, 3 millions de m3 pris dans les nappes phréatiques (sans alimentation des nappes) et il faudrait ajouter les quelques millions de m3 de l'industrie qui rejette aussi l'eau après traitement dans la mer via les rivières !

ça peut paraitre anodin mais les rejets en rivières des surfaces artificialisées de Nouvelle Aquitaine (9.3% du territoire soit 781 200 hectares) dépassent les 5 milliards de m3 (pluie) ... alors que la consommation TOTALE de toute la région (potable agricole et industrie) ne représente que 1.5 milliards de m3 ! Les nouvelles zones artificialisées sont aux normes (équipées de bassin de rétention) mais pas les anciennes !

toute la régulation thermique des basses couches de l'atmosphère se fait par l'évaporation, la température augmente fortement quand les continents arrêtent de "transpirer", c'est pourquoi il n'y a pas de canicule en mer et en forêt ! Il faut végétaliser massivement (villes et campagnes) au rythme des forets de feuillus . Contrairement aux idées reçues, la pluie ne vient pas uniquement de la mer : 70% des précipitations proviennent de l’évapotranspiration (végétation) et seulement 30% de l’évaporation en mer ... En climatologie on part du principe que c'est la végétation qui apporte les pluies, donc l' irrigation n'est plus un problème mais la solution , à condition d'avoir fait des réserves l'hiver !


A cause des rejets en rivières, les stations d'épurations perturbent gravement le cycle de rechargement des nappes phréatiques, et en plus elles ne dépolluent pas vraiment, elles diluent les polluants qui se retrouvent inexorablement dans les bassins ostréicoles ...
http://www.lcp.fr/actualites/face-au-risque-de-pollution-rampante-lassemblee-vote-la-revision-des-normes-des-boues
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Maxens
Il y a 280 jours
L Etat va authoriser des retenues....les associations vont aller en justice....et c est parti pour 10 ans de procédures et des squats d extremistes gauchistes...
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Bonarien
Il y a 280 jours
Les collègues ont raison quand ils émettent des doutes sur la faisabilité de ces projets Quand on voit dans la creuse des fonctionnaires qui ont décidé de vidanger un étang ( presque un lac) alors que toutes les météos à long terme annonçaient ce type de temps à 70 % il faut être inconscient et toute la politique de l eau de notre pays est gérée par des gens qui s en foutent leur salaire va quand même tomber.
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Innocent
Il y a 280 jours
N en déplaise à Farmer les employés des services de l état en particulier la police de l eau sont les plus fervents opposants à l irrigation et souvent c est eux qui avertissent les associations des projets
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farmer50
Il y a 281 jours
Je ne savais pas que c'était l'état qui bloquait les projets de retenues d'eau, je pensais que c'était plutôt les assos environnementalistes, je n'ai donc pas bien compris à ce qui s'est passé à Sivens et Rémi Fraisse était un agent de l'état. Ce gouvernement et ces ministres dont celui de l'agriculture nous prennent vraiment pour des truffes (pour rester poli). Par rapport aux futurs projets de retenues, il ne faut pas se faire d'illusions.
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Patrice Brachet
Il y a 282 jours
Il a du courage Monsieur le Ministre quand on se rend compte que c’est les salariés des ministères qui sont les plus farouches opposants à ce genre de projet On voit qu’il y’a une volonté mais il va falloir casser tous les tabous et la c est pas gagné !
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Pipo
Il y a 283 jours
rendez vous compte! 60 retenues... c'est énorme... Faut pas déconner c'est totalement ridicule ces effets d'annonces. On ne sait pas quelle capacité, quelles modalités, bref on ne sait rien.
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PAYSAN89
Il y a 283 jours
Effet d'annonce pour essayer de désamorcer une crise structurelle,quand ces retenues seront en service , je pense que beaucoup de sécheresses auront encore fais parler d'elles .
Les lobbies de tous poil seront vite à sur le terrain pour torpiller les projets .
Bonnes chances et bon courage aux porteurs de projets.
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