Prix du laitLa pénurie de beurre, « exemple parfait » du dysfonctionnement de la filière

| par | Terre-net Média

Comme les producteurs de la FNPL, les coopératives laitières rejettent la responsabilité de la pénurie de beurre dans les magasins sur les distributeurs. « Certains ne veulent pas revoir les tarifs à la hausse », selon Dominique Chargé, président de la FNCL. Ce dernier estime par ailleurs que le marché de la poudre de lait ne va pas s'améliorer dans les prochains mois.

Selon Dominique Chargé, président de la FNCL, la pénurie de beurre relève en partie de la responsabilité des enseignes qui refusent de revoir à la hausse les prix. Selon Dominique Chargé, président de la FNCL, la pénurie de beurre relève en partie de la responsabilité des enseignes qui refusent de revoir à la hausse les prix. (©@MaLuherne56)

En Allemagne, le prix de la plaquette de 250 grammes de beurre a commencé à augmenter en juillet 2016, juste après le début de la hausse du cours du beurre en vrac sur les marchés. « Depuis juillet 2016, le prix a bondi de 112 % dans les magasins outre-Rhin. En France, les prix en rayon n’ont commencé à augmenter qu’en mars 2017. En six mois, les tarifs n’ont progressé que de 6 % », a expliqué Dominique Chargé, président de la Fédération nationale des coopératives laitières.

Dominique Chargé, président de la fédération nationale des coopératives laitières.Dominique Chargé, président de la Fédération nationale des coopératives laitières. (©FNCL) Tout comme André Bonnard, secrétaire général de la FNPL, Dominique Chargé renvoie la responsabilité de la pénurie de beurre dans les magasins aux distributeurs. « Certes, il y a un déséquilibre entre les fabrications de beurre qui avaient baissé suite au recul de la production et une demande mondiale accrue. Mais certains distributeurs refusent aujourd’hui les hausses proposées » par les industriels au regard de l’envolée des cours du beurre sur le marché mondial. Dominique Chargé en profite pour rappeler que la France est structurellement déficitaire en beurre. « La France importe chaque année autour de 200 000 t de beurre et en exporte deux fois moins. »

Pour lui, « la situation actuelle sur le beurre est l’illustration parfaite des dysfonctionnements de la filière laitière. » « Sans réel changement de comportement des acteurs de la filière et sans rééquilibrage du rapport de force dans les relations industries-commerce, aucune évolution positive ne sera possible », insiste-t-il.

S’exprimant chez nos confrères de Sud Radio, le ministre de l’agriculture n’a pas exclu, pour sa part, de saisir le médiateur des relations commerciales agricoles « pour trouver les moyens de remettre autour de la table les distributeurs et les transformateurs pour trouver un accord ».

La trop faible réactivité des acteurs nationaux à répercuter des hausses de prix jusqu’aux prix payés aux producteurs a d’ailleurs servi d’exemple dans les débats des Etats généraux de l’alimentation. « Les EGA constituent une démarche constructive, a commenté le président de la FNCL. Mais son principal défaut est de rester limitée au périmètre de la France. Or, quatre litres de lait sur dix sont valorisés à l’export. »

Le dialogue et une meilleure contractualisation ne feront pourtant pas tout, selon lui. « Je suis persuadé qu’il y a encore des leviers de compétitivité dans les exploitations laitières. Il y a encore des écarts de charges opérationnelles du simple au double dans des exploitations comparables situées sur un même territoire. »

Des tensions croissantes sur la poudre de lait

Alors que les éleveurs ne profitent pas des hausses de prix à la hauteur de l’envolée du prix spot du beurre, ils pourraient subir de nouvelles pressions à la baisse du prix payé par leur industriel. En cause : le marché très excédentaire de la poudre de lait. « Le stock européen de poudre de lait écrémé avoisine les 380 000 tonnes. C’est l’équivalent de quatre mois de production », rappelle Dominique Chargé. L’excès d’offre de poudre de lait tire les prix à la baisse. « La dernière adjudication s’est faite à 1 440 €/t, donc en dessous du prix d’intervention. »

Le 9 octobre dernier, le commissaire européen à l’agriculture Phil Hogan a proposé de réduire le plafond d’intervention publique pour la poudre de lait écrémé à zéro, au lieu de 109 000 tonnes habituellement à partir du 1er mars 2018. Autrement dit, le dispositif d’intervention ne serait pas supprimé, mais serait ouvert au coup par coup sous forme d’appels d’offres. Certes, cela permettra d’éviter d’augmenter un stock public déjà énorme. « Mais cette mesure engendrera des tensions très fortes sur le prix de la poudre de lait écrémé ». Et alimentera une tendance déflationniste du prix du lait payé aux producteurs.

La proposition de la Commission, qui doit être validée par les 28 Etats-membres, a de quoi inquiéter dans un contexte où la production européenne est repartie à la hausse. « Depuis le mois de mai, la reprise de la production en Europe est bien plus marquée qu’au début de l’année. » La hausse est très soutenue en Pologne (+ 6 % en juillet, + 5 % en août par rapport au même mois un an plus tôt) et en Irlande (+ 9 % en juillet, + 10 % en août).

« A l’échelle mondiale, la hausse de la production s’accentue aussi depuis six mois, notamment aux Etats-Unis, où il n’y a pas vraiment eu de ralentissement de la production, mais aussi en Océanie. »

 (©FNCL) 


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DÉJÀ 13 RÉACTIONS


babast50
Il y a 409 jours
Les crises laitières ont tjrs eu pour origine la surproduction .Celle-ci en est encore une fois de plus l'exemple concret.Tenez-vous bien:si le cours de la poudre s'effondre pour atteindre les 1000e voire moins c'est près de10000 paysans en france qui vont cesser leur activité d'ici le premier semestre 2019.
Sur les exercices 2012;2013;2014et2015 nombreux ont été les profiteurs qui ont dépassés leurs quotas de 10-20 -25% dans le plus grand silence;le surplus était minoré de quelques disaines d'euros.Ces producteurs ont engorgés le marché avec d'autres pays qui ont fait de meme...cherchez l'erreur!
Résultat ils ont fragiliser les plus faible.
Il est préférable de subventionner l'abattage prématuré de quelques vaches de réforme dans chaque troupeau qui dépasse leurs volume structurel que de doubler des seuils d'intervention de 109000 tonnes.Auquel cas 6mois plus tard la paie de lait ne s'en verra que meilleure.Pour info tout les ans je produit entre 96 et100% de ma référence réglée en "super A" ,en janvier dernier je récoltait 83e de plus que le prix de base:prix final 402e pas besoins de produire davantage.Dans quel intéret?
En lait conventionnel,pas en bio. Posez-vous les bonnes questions avant d'aller défoncer les grilles de vos préfectures .à bientot
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Joseph
Il y a 410 jours
Mr le Président de la FNCL, non le problème ne vient pas de la compétitivité des exploitations laitières. Cela fait 40 ans que vous l'industrie et les grandes surfaces nous piquer tout nos gains de productivité !!!. Il serait bon de stopper ca NON ! Restructuré vous, nous nous avons fait notre part.
Votre raisonnement me fait vomir, et encore plus venant du président des coopératives qui devrait normalement travailler dans le sens des agriculteurs.
Le prix des produits finis ne baisse jamais pour le consommateur même quand le prix du lait baisse au producteur .... .
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Francis
Il y a 410 jours
Depuis 40 ans, la sélection des taureaux a toujours cherché à faire baisser le taux butyreux du lait !
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foparéver
Il y a 414 jours
Petit rappel de l'histoire de France:
Il n'y a plus de mines ni de sidérurgie en France et pourtant nos voitures ne sont pas fabriquées avec de la tôle rouillée, mieux même elles ne rouillent plus du tout par rapport à ce qui était made in France dans les glorieuses années.
Conclusion:
faire de la France un grand parc de loisir Naturel, et acheter notre alimentation ailleurs !
mais avec quel argent ? CQFD
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steph72
Il y a 417 jours
Nos industriels ne sont jamais perdants non plus,non seulement ils ne répercutent pas la hausse du prix du beurre mais ils vont nous repercuter la baisse du prix de la poudre.
Le beurre et l'argent du beurre.....
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oups
Il y a 417 jours
on n'est pas sorti de l'auberge !! ( ou plutot de la laiterie )
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Tomy
Il y a 410 jours
Le principe du forum est de partager et d'échanger y compris évidemment quand on a des idées différentes. Avec le respect c'est souvent mutuellement enrichissant.
Pour ma part, tout petit paysan, je défends ce modèle. Nous vivons Bien et je
constate que c'est difficile pour de nombreux collégues autour de chez moi avec des tailles allant de 3 à 10 fois la nôtre.
Je constate également, que beaucoup d'éleveurs y compris en Bretagne se posent beaucoup de questions actuellement et à 40 ou 50 ans, ils ont parfois l'impression de bosser pour les autres et pas pour eux.
Ex un témoignage dans le terra cette semaine : un Gaec mère-fils prét à installer un robot et augmenter le niveau d'étable qui a complétement changé son projet en 2016 en optant pour une conversion bio avec une baisse du niveau d'étable.
Concernant la taille des fermes, tout dépend de l'emploi que l'on veut avec.
Si la politique est d'éliminer de l'emploi , chacun peut avoir 200vl et bosser pas mal, avec salariés et pas de temps pour vivre ! Quel intérét ??
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steph72
Il y a 410 jours
La gms casse l'economie du pays CQFD
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titian
Il y a 417 jours
Tomy oui le remplacement est prévu, mais pas en France, ici ils (les industriels) n'ont besoin que d'une belle vitrine....
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Lorenzo05150
Il y a 410 jours
Tu peux tout aussi bien te lamenter sur les tracteurs qui ont tue le metier de marechal ferrand.les structures agricoles frznçaises sont liliputiennes et il faut lacher la grappe a ceux qui reussissent .ainsi va le monde!!!
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