[Tribune] Thierry Roquefeuil, FNPL« La France a besoin de producteurs de lait qui vivent de leur métier »

| par Thierry Roquefeuil | Terre-net Média

Alors que les députés examinent jusqu'au mardi 29 mai le projet de loi alimentation, issu des Etats généraux de l'alimentation, le président de la FNPL Thierry Roquefeuil alerte les parlementaires sur le risque d'une loi vide de substance, « inefficace pour faire profiter de la valeur créée au sein de la filière laitière à tous ceux qui la font, producteurs de lait compris ».

Thierry Roquefeuil est producteur de lait dans le Lot, en EARL avec un salarié. Il est coopérateur de la coopérative Sodiaal.Thierry Roquefeuil est producteur de lait dans le Lot, en EARL avec un salarié. Il est coopérateur de la coopérative Sodiaal. (©@ThRoquefeuil)

« Alors que débute l’examen du projet de loi post EGA (Etats généraux de l’alimentation), dite loi « alimentation » à l’Assemblée nationale, l’attente des producteurs de lait français est forte. Le débat doit être à la hauteur de l’ambition pour le monde agricole, les éleveurs laitiers et les consommateurs. Assurer la souveraineté de la France ne peut se faire sans les 60 000 producteurs de lait à la tête de fermes à taille humaine, ancrées sur leur territoire, avec leur soixantaine de vaches, au plus proche de leur environnement et acteurs de la biodiversité. La France aux 1 000 fromages n’est pas qu’une image d’Epinal mais la réalité et la fierté de notre métier.

Tout métier mérite salaire : les producteurs de lait doivent être rémunérés à la hauteur de leur travail. C’est loin d’être la règle. Nous travaillons tous les jours de l’année. Nous devons le meilleur aux consommateurs. Cela a un prix, il doit être juste et non capté par ceux qui font, trop souvent, leur beurre sur notre dos ! Les agriculteurs français ne peuvent continuer à vendre leur production structurellement à perte. C’est un non-sens économique et social.

Nous, les producteurs de lait, nous ne voulons pas de traitement de faveur, mais bénéficier, par notre activité, du modèle social français au même titre que d’autres professions.

Depuis 10 ans, la guerre des prix a fait suffisamment de dégâts.

La production laitière à la française, non délocalisable, crée de l’emploi et donc de la vie dans nos campagnes. Pourtant, la France ne profite pas, au contraire d’autres pays d’Europe, d’une dynamique laitière impulsée par ses opérateurs économiques. La souveraineté alimentaire d’un pays passe dans la confiance de ses acteurs dans son potentiel. Cette future loi doit nous permettre de croire à nouveau en notre avenir. Depuis 10 ans, la guerre des prix a fait suffisamment de dégâts. Il est temps de tourner la page.

Je sais que les débats à l’Assemblée Nationale seront passionnés car touchant à ce qui fait notre identité : notre terroir et notre alimentation. Mais, chacun d’entre nous - de la fourche à la fourchette - doit se poser les bonnes questions. Ne dit-on pas que formuler clairement des interrogations, c’est déjà y répondre ?

Avant de se faire peur sur de possibles effets pervers de cette future loi notamment sur le prix de l’alimentation,

Avant de prédire que cette loi ne sera qu’une loi de plus sans véritable « gain » pour les agriculteurs,

Avant de ne faire de cette loi qu’un marqueur « écologique » du gouvernement,

N’oublions pas l’ambition initiale de cette loi : permettre aux agriculteurs de vivre dignement de leur métier par une juste rémunération et un partage de la valeur au sein des filières agroalimentaires.

Les producteurs de lait qui ont subi 1 000 jours de crise ne laisseront pas les acteurs économiques qui n’ont pas de problème de fin de mois, tenter de vider cette loi de sa substance !

rester « fidèle » au discours de Rungis

La question centrale à se poser est l’efficacité des dispositifs proposés dans cette loi avec un impératif : faire profiter de la valeur créée au sein de la filière laitière à tous ceux qui la font. Producteurs de lait compris !

Il appartient aussi au débat parlementaire qui commence avec l’examen de plus de 2 300 amendements, de rester « fidèle » au discours de Rungis du Président Emmanuel Macron.

Le secteur laitier, par la contractualisation rendue obligatoire par la loi en 2010, ne part pas de rien. Le dispositif de la loi Sapin 2, votée en décembre 2016, prévoit que « le prix du lait moyen annuel et prévisionnel » pour le producteur figure dans les conditions générales de vente (CGV) des transformateurs et distributeurs. Les producteurs de lait ont besoin que la loi « alimentation » sanctuarise cette spécificité laitière et ne parte pas d’une page blanche. Il s’agit de construire le prix du lait « en marche avant » et non en marche arrière avec un prix qui serait le résultat, a posteriori, des négociations commerciales entre les acteurs de l’aval. La transparence est à ce prix. Et, sans transparence l’enjeu d’un prix juste pour les producteurs de lait est une cause perdue d’avance.

Sans politique laitière européenne qui protège, oriente et stabilise dans le cadre d’une Pac forte, cette loi franco-française montrera rapidement ses limites.

Les futures dispositions législatives, qui, pour certaines, prendront la voie d’une ordonnance doivent réellement accélérer les réformes en agissant vite et en amont des prochaines négociations commerciales annuelles.

Nos produits alimentaires sont valorisés et reconnus pour leur savoir-faire et leur qualité en France et même au-delà de nos frontières. Notre gastronomie est un modèle partout dans le monde. Pourtant, les producteurs de lait n’échappent pas aux critiques. Evidemment, il est indispensable, pour nous, producteurs de lait mais aussi pour les transformateurs laitiers et les distributeurs de répondre aux nouveaux défis auxquels est confrontée notre planète. Mais, n’oublions pas le bon sens paysan dans les discussions qui débutent. La loi, c’est la norme. Alors, n’en rajoutons pas !

Enfin, le débat qui s’ouvre ne peut se soustraire d’une réalité européenne qui fait peser sur les producteurs de lait nombre de doutes. Sans politique laitière européenne qui protège, oriente et stabilise dans le cadre d’une Pac forte, cette loi franco-française montrera rapidement ses limites. On le sait, l’Union Européenne, dans ce qu’elle a de plus tatillon, peut nous mettre de sérieux bâtons dans les roues. Refuser que les autres puissent décider pour nous est une chose, mais n’oublions pas que la France est le deuxième pays laitier d’Europe et l’une de ses plus grandes puissances agricoles. Les producteurs de lait français souhaitent que cela dure, mais pas à n’importe quelle condition ! La souveraineté alimentaire a un prix, ne l’oublions pas ! »

 


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DÉJÀ 3 RÉACTIONS


debout
Il y a 169 jours
Oui 2009 le grand virage raté..dans les décors.Mr Roquefeuil vous êtes complètement responsable de la situation actuelle...FAIRE SIGNER AUX PRODUCTEURS DES VOlUMES SANS PRIX.....du jamais vu ...et vous pleurnichez aujourd'hui? Vous défendez qui Mr Roquefeuil? Surtout pas les éleveurs.....Démissionnez...comme Mr Lacombe...Ouvrrez les yeux....
. Vous avez une réussite quand même..Avoir bien diviser les producteurs entre eux....aujourd'hui des écarts de 60 euros entre producteurs....c'est du dégoût....il n'y a pas de mots pour votre gestion laitière lamentable....
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steph72
Il y a 180 jours
C'est pas lui avait dit qu'on n'allait pas regretter la fin des quotas laitiers!!!!
La lme et la suppresson des quotas enlevant toute maitrise de la production a ruiné les producteurs au dépend des gms et des industriels qui avaient plus de lait pour peser sur les prix.
Peut etre qu'a la fnpl ils se réveillent à l'approche des prochaines élections chambres.

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Massol
Il y a 181 jours
Et il était où le petit monsieur en 2009,????
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