Traité UE/Etats-UnisLa filière viande réclame « les mêmes contraintes »

| Afp

Paris, 20 mai 2014 (AFP) - Les professionnels de la filière bovine interpellent les candidats aux élections européennes et réclament l'application des « mêmes règles et des mêmes contraintes » de part et d'autre de l'Atlantique en cas de traité de libre-échange avec les Etats-Unis, champions de l'élevage industriel.

« Nous ne sommes pas contre les discussions et les accords bilatéraux à condition qu'ils se fassent sur les mêmes contraintes et les mêmes normes que celles que nous avons mises en place en Europe depuis la crise de la vache folle en 1996 » a indiqué mardi Dominique Langlois, président d'Interbev, l'organisme interprofessionnel du bétail et des viandes (bovins, ovins, équins).

Depuis l'ouverture l'été dernier des discussions, la France a ménagé son « exception culturelle » mais craint de perdre ses spécificités en matière agricole compte-tenu des différences d'approche, notamment dans l'élevage où elle poursuit une logique « préventive » plutôt que « curative », pour éviter les crises sanitaires.

Dominique Langlois cite notamment les règles de traçabilité de l'élevage jusqu'à la boucherie - de la fourche à la fourchette - en vigueur dans l'UE, quand l'élevage américain autorise les « feedlots », des parcs d'engraissement de dizaines de milliers de têtes nourries aux céréales et aux « antibiotiques, hormones et activateurs de croissance déversés directement dans les mangeoires », sans souci de bien-être animal, relève-t-il.

Interbev et la Fédération nationale bovine (Fnb) s'inquiètent ouvertement d'un possible déferlement de viandes en provenance d'Amérique du Nord et du Sud puisque simultanément l'Europe doit signer un traité avec le Mercosur, région qui inclut le Brésil, autre géant de l'élevage industriel. Les Etats-Unis sont les premiers producteurs mondiaux avec 91 millions de têtes ; avec le Canada ils exportent près de 20 % des volumes de viande bovine dans le monde.

En face, la France avec son 1,4 million de tonnes abattues chaque année abrite le tiers du cheptel européen. Selon Interbev, les exploitations françaises doivent « supporter un surcoût de 29 % par rapport à leur concurrentes américaines ».

A terme, « on parle de 300.000 à 600.000 tonnes » de viandes nord-américaines importées en Europe, avance Dominique Langlois, reconnaissant que ces volumes sont modestes.

Un projet d'accord avec le Canada prévoyait cet automne l'accès de 65.000 tonnes de viande de bœuf au marché européen sans autre détail ni précision depuis. « On ne sait pas où on en est puisque comme pour le traité avec les Etats-Unis, le mandat de négociation est secret », souligne Dominique Langlois.

Un nouveau round de négociations entre l'Union européenne et les Etats-Unis, le 5e depuis juillet, a débuté lundi pour cinq jours en Virginie, près de Washington.

« C'est scandaleux, les négociateurs négocient avec un mandat que personne ne connaît », rappelle Dominique Langlois. Sans engagement véritable, prévient-il, la filière française sera soumise à « une distorsion de concurrence considérable », au plan sanitaire et social, d'autant que la parité euro-dollar ne lui est pas favorable. « Tout ce qui a été fait pour sécuriser le consommateur ne servira à rien. »

« Nous avons interpellé le Premier ministre et le président de la République et tous les candidats aux élections européennes » pour un nouveau Parlement. « Il est légitime que les Etats-Membres se fassent entendre et que l'opinion publique soit informée » estime-t-il.

Début mai, la secrétaire d'Etat française au Commerce extérieur, Fleur Pellerin a tenté de minimiser les craintes suscitées par ces négociations en assurant que, selon le commissaire européen au Commerce, Karel De Gucht, il n'y aura ni Ogm, ni bœuf aux hormones introduits sur le sol européen.

Les deux principaux candidats à la présidence de la Commission européenne, Martin Schulz et Jean-Claude Juncker, ont eux-mêmes critiqué la poursuite des discussions alors que le scrutin européen se tient dimanche.

Le traité donnerait naissance à la plus grande zone de libre-échange au monde en abolissant barrières douanières et réglementaires.


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