Sommet de l'élevage 2016La crise bovine engendrée par la régulation laitière au c½ur des inquiétudes

| par | Terre-net Média

Au Sommet de l'élevage à Cournon, l'arrivée massive de vaches laitières sur le marché de la viande, conséquence du plan de régulation laitière, est au c½ur des échanges entre professionnels et responsables politiques, notamment le commissaire européen à l'agriculture Phil Hogan. Pour écouler les milliers de têtes supplémentaires abattues, la « promotion » défendue par l'UE, avec 15 M¤ supplémentaires, « doit être accompagnée par un soutien à l'export. »

L'arrivée massive de vaches laitières sur le marché de la viande était au coeur des échanges entre Phil Hogan et les éleveurs, au Sommet de l'Elevage.L'arrivée massive de vaches laitières sur le marché de la viande était au coeur des échanges entre Phil Hogan et les éleveurs, au Sommet de l'Elevage. (©Terre-net Média)

A la crise laitière, à laquelle l’UE a enfin répondu avec un plan de régulation de la production, s’ajoutent les inquiétudes grandissantes des professionnels du secteur allaitant. Des inquiétudes largement relayées par les agriculteurs et leurs représentants présents à la 25e édition du Sommet de l’élevage 2016 à Cournon, qui a ouvert ses portes mercredi 5 octobre pour trois jours.

Les leaders syndicaux, Xavier Beulin et Jean-Pierre Fleury en tête, n’ont pas manqué de planter le décor à Phil Hogan, commissaire européen à l’agriculture, première personnalité politique à s’exposer, mercredi 5 octobre dans la matinée, dans les allées de la grande halle d’Auvergne.

« Avec des prix déjà inférieurs d’un euro aux coûts de production », selon la FNB, le manque de fourrages pour l’hiver prochain ne va pas arranger les trésoreries déjà exsangues des producteurs de bovins viande.

800 000 vaches en plus sur le marché bovin européen

Surtout, le plan de réduction de la production laitière va engendrer l’abattage supplémentaire de 800 000 vaches sur l’année 2016 en Europe. Environ 300 000 têtes seraient déjà passées dans les abattoirs. Mais l’afflux  massif de vaches laitières, encore à venir, va fragiliser durablement le secteur allaitant.

« Des mesures d’assainissement du marché, à la fois sur la viande et sur le vif doivent être prises de toute urgence », martèle notamment la FNB au fil des visites politiques.

Dans le cadre des mesures européennes et françaises face à la crise agricole, une enveloppe européenne de 50 M€ est réservée au secteur de l’élevage. Doublée par la France, cette enveloppe est ainsi portée à un total de 100 M€.  21 M€ sont d’ores et déjà « orientés » : 7 M€ de l’enveloppe française est déjà mobilisée pour la première vague d’indemnisations des éleveurs qui ont souscrit au plan de réduction de la production laitière. 7 M€ supplémentaires devraient permettre d’indemniser, toujours à hauteur de 240 €/t de lait non produite, les éleveurs qui feraient une demande dans le cadre de la deuxième vague de dépôt des dossiers, dont la date limite est fixée au 12 octobre à midi. Enfin, le plan Valls pour le refinancement et la consolidation des exploitations agricoles, annoncé mardi matin 4 octobre, consacrera 7 M€ pour la promotion de la viande bovine de qualité.

seule annonce de Phil Hogan: 15 M€ pour la promotion

Quid des près de 80 M€ restants ? Une partie devrait être consacrée à des aides directes aux éleveurs bénéficiaires du plan de soutien à l’élevage du premier semestre 2016. La mesure a été annoncée dans le nouveau plan Valls, sans précisions sur les montants. Du côté européen, Phil Hogan a profité du Sommet de l’élevage pour annoncer une enveloppe de 15 M€ dédiée à la promotion de la viande bovine dans les 28 pays de l’UE. Avec les 7 M€ français, ce sont donc 22 M€ qui seront affectés à la promotion de la viande.

« Faire de la promotion, ce n’est pas suffisant », a pourtant réagi Xavier Beulin, aussitôt après le départ de Phil Hogan. La FNSEA et la FNB plaident pour des mesures d’accompagnement  à l’export. « On pourrait envisager un soutien direct aux éleveurs qui, via leur groupement de producteurs, contractualiseraient une partie de leur production pour le marché export. »

Le commissaire européen s'emploie aussi à trouver de nouveaux débouchés à l'export. Je me rendrai dans les mois qui viennent en Turquie. Cela est un des nombreux voyages effectués dans le cadre de mon offensive diplomatique entamée en 2016, avec entre autres le Mexique, la Colombie, la Chine, le Japon et bientôt le Vietnam et l'Indonésie. J'ai eu la chance d'être accompagné durant ces voyages par des producteurs français qui ont pu présenter leurs produits », assure-t-il

Phil Hogan attend pour « fin novembre » les conclusions de la « Agricultural markets task force », une commission spéciale chargée d'analyser le marché de la viande. « Nous pourrons alors examiner si nous mettons en place des aides directes pour aider les producteurs », a-t-il répondu.

La Commission d'enquête doit notamment examiner les contrats, la concurrence et la façon dont les producteurs peuvent s'allier face à la volatilité des marchés, a expliqué M. Hogan.

Après Hogan, qui a eu le mérite, mercredi matin, « d’inaugurer » cette 25e édition du Sommet de l’élevage, le bal politique – ou politicien ? – va se poursuivre jusqu’à vendredi soir : outre François Fillon, passé en début d’après-midi mercredi, Stéphane Le Foll et son prédécesseur Bruno Le Maire pourraient s’y croiser jeudi. Vendredi, le chassé-croisé sera intense : Hervé Gaymard, représentant agricole d’Alain Juppé, Jean-Christophe Lagarde, le président de l’UDI, Marine Le Pen, Laurent Wauquiez et peut-être même Nicolas Sarkozy arpenteront les allées du salon.

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