Grippe aviaireL'Etat sort son carnet de chèques, l'épidémie n'est toujours pas jugulée

| AFP

Les producteurs de palmipèdes du Sud-Ouest seront indemnisés dès mars des pertes provoquées par l'épidémie de grippe aviaire, a promis le ministre de l'Agriculture jeudi, mais la crise n'est toujours pas jugulée malgré l'abattage préventif de près d'un million de canards depuis le début du mois

L'indemnisation des éleveurs est en cours de négociation, avec des tarifs entre 8 et 10 € par canard, et un peu moins pour les canetons.L'indemnisation des éleveurs est en cours de négociation, avec des tarifs entre 8 et 10 € par canard, et un peu moins pour les canetons. (©Terre-net Média) 

« Les indemnisations commenceront en mars » et « elles porteront sur plusieurs dizaines de millions d'euros » a dit le ministre à la presse à l'issue d'une réunion avec les représentants du secteur. Les éleveurs concernés par l'épidémie de grippe aviaire qui sont essentiellement basés dans quatre départements (Landes, Gers, Pyrénées-Atlantiques, Hautes-Pyrénées), seront indemnisés sur la base d'un prix forfaitaire par canard abattu.

« Nous reprenons malheureusement les mêmes procédures que l'an dernier » a dit le ministre, la région ayant été touchée une première fois par la grippe aviaire fin 2015-début 2016, mais issue d'un autre virus. Le reliquat des indemnités non versées en 2016 sera aussi réglé dans la foulée. Les formulaires seront envoyés à partir de lundi dans les régions.

Les prix payés aux éleveurs sont encore en négociation, mais ils seront sensiblement « équivalents » à ceux de 2016, soit entre 8 et 10 euros par canard, et un peu moins pour les canetons.

Par ailleurs, des prêts relais sans taux d'intérêt seront accordés aux exploitants qui sont en difficulté de trésorerie après avoir dû abattre leur cheptel, celui-ci étant la source de leurs revenus, a indiqué le ministre. Christophe Barailh, président de l'interprofession du foie gras (Cifog) s'est félicité de cette annonce « rassurante » dans un contexte « anxiogène ».

Si la situation sanitaire s'est améliorée à certains endroits, elle n'est toutefois « pas encore stabilisée », a-t-il dit. « Il reste une zone où l'on observe encore l'émergence de nouveaux foyers » a-t-il précisé. Un responsable du ministère a indiqué qu'une nouvelle liste de communes, dans lesquelles des abattages préventifs « pourront être menés si nécessaire » serait publiée vendredi au Journal Officiel.

Les éleveurs et l'ensemble de la filière du foie gras vont aussi signer dans les semaines à venir un accord-cadre avec l'Etat pour s'engager sur de nouvelles mesures de biosécurité, plus contraignantes, afin d'éviter la répétition de telles épidémies. « Il y a eu des failles » a admis le ministre. Les procédures devraient notamment concerner les transporteurs de canards, qui contribuent parfois à propager le virus.

Globalement, les éleveurs ont estimé à 120 millions d'euros les pertes pour l'ensemble de la filière du Sud-Ouest, qui, avec 3.000 éleveurs et 2.000 gaveurs, représente à elle seule 71% de la production française de foie gras. Le gouvernement a réquisitionné quatre abattoirs tournant à plein régime pour procéder à un plan d'abattage massif et préventif qui touche 232 communes. Les oiseaux morts sont transformés en farine utilisée comme combustible dans l'industrie de la cimenterie.

« Casser le cycle du virus »

Cette opération, une première en France dans ces proportions, a pour but de « casser le cycle du virus »: sans oiseaux à proximité pour se reproduire, il ne pourra plus se multiplier.

L'an dernier, seuls les élevages touchés par l'influenza avaient subi des abattages, mais sur une zone plus grande s'étendant à 17 départements. Mais le virus H5N1 était beaucoup moins virulent que le H5N8 qui a entraîné cette fois des taux de mortalité élevés. Les mesures d'abattage décidées sont donc « indispensables et nécessaires » a dit M. Barailh, répondant à une manifestation d'éleveurs opposés aux mesures qui a eu lieu dans la journée dans les Landes.

Seul maigre sujet de consolation, et preuve que les mesures de biosécurité adoptées l'an dernier ont fonctionné, «les études épidémiologiques ont montré qu'on ne retrouvait pas le virus de l'an dernier dans les élevages », a dit le ministre. M. Le Foll s'est élevé catégoriquement contre une solution passant par une vaccination générale des canards.

« Aujourd'hui en l'état actuel de la science, une vaccination ne résoudrait pas le problème, on ferait au mieux des canards porteurs sains du virus qui continuerait à se propager » a-t-il dit. « C'est par l'organisation des circuits » qu'on peut résoudre le problème, a-t-il ajouté. Josian Palach, responsable de la Confédération paysanne (classée à gauche), présent au ministère, a demandé des règles de fonctionnement adaptées aux petites exploitations, et s'est félicité de la position du ministre sur la vaccination


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