Libre-échangeL'accord Mercosur-UE fait aussi grincer des dents côté brésilien

| AFP

« Inacceptable » pour les agriculteurs français, l'accord entre l'UE et le Mercosur inquiète aussi au Brésil, où l'on craint l'impact sur une industrie moins compétitive qu'en Europe et un recours excessif au « principe de précaution » visant les produits agricoles sud-américains.

L'accord conclu vendredi soir après 20 ans d'âpres discussions entre l'Union européenne et les quatre pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) « ne profite pas à l'industrie sidérurgique brésilienne », affirme dans un communiqué l'Institut brésilien de l'acier (IAB). En raison de la crise économique au Brésil et de l'offre excédentaire mondiale d'acier, cet organisme souligne que le secteur a déjà une marge de capacité inutilisée de 34 % et pourrait donc produire un tiers en plus. Par ailleurs, le risque est grand pour la sidérurgie brésilienne de « voir des matériaux provenant de pays extérieurs au bloc de l'Union européenne entrer sur le marché (brésilien), par l'intermédiaire d'entreprises (européennes), déguisés en matériaux européens », ajoute l'IAB qui dénonce une « asymétrie concurrentielle ».

« La productivité industrielle du Mercosur est inférieure à celle de l'Europe. C'est une des raisons pour lesquelles l'accord n'avait pas été signé jusqu'ici, pour ne pas la pénaliser davantage », décrypte l'analyste indépendant Felipe Queiroz. « Si l'on ne met pas en place des garde-fous, le processus de désindustrialisation (...) et de re-primarisation de l'économie risque de s'accentuer » au Brésil, ajoute-t-il, jugeant que cela pourrait se traduire par une hausse du chômage. « Nous allons finir en n'exportant que des céréales, des poulets et de la viande de boeuf », conclut-il.

Un autre point de l'accord Mercosur-UE inquiète au Brésil : la référence au "principe de précaution" qui garantit que les autorités publiques pourront « agir pour protéger la santé humaine, animale ou végétale, ou l'environnement, face à un risque perçu, même lorsque l'analyse scientifique n'est pas concluante ».

Le Brésil contre l'intégration du "principe de précaution"

« Historiquement, le Brésil a toujours été opposé à l'inclusion du principe de précaution, une revendication de l'UE, tant durant les cycles de négociation au sein de l'Organisation mondiale du commerce que lors des discussions bilatérales », explique à l'AFP Pedro Camargo Neto, ancien président de la Société rurale brésilienne et fin connaisseur des questions agricoles. « Selon nous, les règles déjà existantes dans le cadre de l'accord multilatéral de l'OMC ont été et sont toujours suffisantes pour garantir la santé et la sécurité des populations de l'Union européenne », ajoute cet ancien responsable de la production et du commerce au sein du ministère de l'agriculture (2000-2002). « C'est avec surprise que nous avons appris dans la presse que le Mercosur avait accepté cette forme de protection supplémentaire dans l'accord avec l'UE », conclut-il, traduisant l'inquiétude qui règne au Brésil dans le secteur agricole concernant cette clause.

Selon un porte-parole de l'association brésilienne des industries exportatrices de viande (Abiec), une réunion doit se tenir mardi à Brasilia entre des représentants de ce secteur et le gouvernement pour « évaluer les impacts possibles » de ce « principe de précaution ». Par ailleurs, une conférence de presse du chef de la diplomatie brésilienne Ernesto Araujo sur l'accord est prévue mardi matin. « Tout a été négocié pour blinder le Brésil contre un usage inapproprié de cet instrument », a assuré lundi au quotidien économique Valor Pedro Miguel Costa e Silva, en charge des négociations régionales au sein du ministère des Affaires étrangères. Malgré ces craintes, les marchés accueillaient positivement l'accord. Lundi à la clôture de la Bourse de Sao Paulo, BRF et JBS, deux géants brésiliens de l'agroalimentaire, prenaient respectivement 8 et 5 %.

Selon le texte, les Sud-Américains bénéficient d'un accès accru au marché européen pour leur production agricole, en particulier leur boeuf. D'autres produits comme les chaussures, les vêtements, le jus d'orange, le café, le miel, le bois, le polyéthylène, le cuir ou les pièces détachées automobiles sont également concernés. Ce vaste accord, qui doit encore être validé par les États membres, touche près de 770 millions de consommateurs. Il doit permettre d'éliminer de nombreux droits de douane dans les domaines industriel et agricole, mais concerne aussi les services, les marchés publics, les obstacles techniques au commerce, les mesures sanitaires et phytosanitaires et la propriété intellectuelle.


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