Interview de Bruno Le Maire du 29 octobre 2009 (2ème partie)« Mettre en place une régulation européenne et voire mondiale » (Bruno Le Maire)

| par Frédéric Hénin | Terre-net média

La volonté de Bruno Le Maire d'instaurer une nouvelle régulation nationale de la production agricole avec entre autre des filières organisées n'a de sens que si elle est relayée par une volonté politique européenne d'y parvenir. Porté par son action audacieuse de cet été pour sauver la filière lait, le locataire de la rue Varenne a confié à Terre-net média les orientations à suivre pour donner dans le temps de la légitimité à la politique alimentaire et agricole européenne à conduire dans les prochaines années.


Bruno Le Maire, ministre de l'alimentation, de l'agriculture
et de la pèche dans son bureau, rue de Varenne à Paris
(© Terre-net Média)

Armé de son bâton de pèlerin, Bruno Le Maire se félicite d’avoir convaincu cet été 21 des 27 partenaires européens que la dérégulation « ne marche pas » et il a émis le souhait que la Nouvelle Pac de « l’après 2013 » soit bâtie en tirant les leçons du passé. Ses idées sont en France autant de messages adressés aux différentes mouvances professionnelles, toutes sensibilités confondues. Mais elles visent aussi à lever certains tabous.

Selon le ministre de l’alimentation, l’Union européenne sera dotée d’un budget communautaire ambitieux si les gouvernements des Vingt-sept présentent un projet auquel adhérera l’ensemble de la population. C’est pourquoi la politique agricole commune sera d’abord la politique alimentaire de l’Union. « Mais personne ne reviendra sur le lien étroit et strict entre développement durable et agriculture…. la société le refusera », a déclaré le ministre de l’agriculture.

Bcae : comment rendre l’environnemental acceptable

A chaque problème sa solution. Questionné sur les difficultés d'application des Bcae, Bruno Le Maire répond: « je vais faire le maximum pour apporter les explications nécessaires et faire en sorte que ces contraintes environnementales essentielles pour assurer la légitimité de l’agriculture soient conformes aux règles européennes. Il faut qu’on fasse en sorte qu’à l’avenir lorsque l’on envisage une nouvelle contrainte environnementale, nous fassions ce que font nos partenaires européens mais que nous ne soyons pas les mieux disant en faisant toujours un peu plus que nos partenaires européens ».

La régulation voulue par Bruno Le Maire sera vertueuse et légitime. Aussi, le recours aux restitutions sera évité. «Il n’est pas sûr qu’il soit un système très viable à long terme car il pose un problème de développement économique et même moral vis-à-vis des pays en développement ». Sans remettre en cause l’existence des Dpu « aujourd’hui indispensables», leur « mécanisme peut heurter la conscience des citoyens européens » puisque leurs montants restent les mêmes quel que soit le niveau des prix. Il sera donc nécessaire de les rendre flexibles.

Pour que la Paae (Politique de l'alimentation et de l'agriculture européenne) soit une réelle politique commune, Bruno Le Maire est « prêt à corriger les mille choses qui méritent d’être corrigées sans remettre en cause pour autant tout ce que la Pac a apporté à la France ». C’est pourquoi il reprend à son compte les revendications de certains syndicats déplorant les « distorsions de concurrence en raison d’écarts de compétitivité sur le coût du travail qui ne touchent pas que le secteur agricole ».

Le ministre est conscient que les 170 millions d’aides ne constituent pas une solution durable à ce problème.

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L’harmonisation des règles environnementales s’impose et le ministre « souhaite qu’elle se fasse par le haut le plus vite possible et pour cela, que les partenaires de l’Union rejoignent les positions de la France ». Sinon notre pays sera le « premier perdant ». Et à l’avenir, Bruno Le Maire demande que la France fasse preuve de moins de zèle lorsqu’elle adopte de nouvelles mesures environnementales. « Notre pays doit faire aussi bien que ses partenaires, mais pas plus car sinon il sera le premier perdant », a-t-il déclaré.

Assez consensuelles, les prises de positions du ministre s’inscrivent bien dans la durée. Elles n’apportent pas de solution d’urgence aux problèmes de revenus actuels, avec le risque de voir disparaître de nombreux exploitants. D’où la nécessité de ne pas attendre 2013 pour réagir et prendre les dispositions qui s’imposent.


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