Prix du laitInquiétudes des producteurs face à l'énorme stock européen de poudre de lait

| AFP

Des centaines de milliers de sacs de lait en poudre s'entassent dans un entrepôt de l'est de la Belgique. Ces stocks massifs, constitués par l'Union européenne au plus fort de la crise du lait, inquiètent désormais les producteurs. Les producteurs de l'EMB et de la FNPL demandent à Bruxelles de s'en débarrasser rapidement.

A Herstal, en Belgique, plus de 12 000 tonnes de poudre de lait sont entassés dans des sacs. En France, les entrepôts abritent 71 000 t sur les 378 000 t que compte le stock européen de poudre de lait.A Herstal, en Belgique, plus de 12 000 tonnes de poudre de lait sont entassés dans des sacs.
En France, les entrepôts abritent 71 000 t sur les 378 000 t que compte le stock européen de poudre de lait. (©Terre-net Média)
 

« Quand je suis rentré, que j'ai vu ça, en tant qu'agriculteur, je suis tombé raide », s'esclaffe Erwin Schöpges, membre du syndicat European Milk Board (EMB), qui représente environ 100 000 producteurs de lait en Europe.

C'est un entrepôt de 10 800 mètres carré dans une zone industrielle à Herstal que fait visiter l'EMB à des journalistes. Quelque 553 000 sacs, soit près de 12 800 tonnes de lait écrémé en poudre, sont empilés, formant une impressionnante perspective.

Depuis juillet 2015 et à un rythme accéléré en 2016, la Commission européenne a stocké, par l'intermédiaire des Etats membres, des centaines de milliers de tonnes de lait en poudre pour tenter de stabiliser les marchés, plombés par la crise et la surproduction. Et pour Romuald Schaber, président de l'EMB, le lait en poudre est désormais « un obstacle à la reprise du marché sur le long terme ».

Si le prix du lait s'est redressé, celui du lait en poudre a chuté d'un tiers en un an. Le syndicat craint que la remise sur le marché des stocks mis en réserve aggrave encore la situation. Au dernier relevé de l'Observatoire européen du lait, daté du 18 janvier, pas moins de 378 578 tonnes dormaient dans des entrepôts européens, principalement en France (71 740 tonnes), en Belgique (66 235 tonnes) et en Allemagne (65 571 tonnes).

« L'inertie de la Commission européenne sur la gestion des stocks doit cesser ! » indique pour sa part la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) dans un communiqué diffusé mercredi 24 janvier.

La FNPL propose que ce lait soit redirigé vers l'aide alimentaire aux démunis ou vers l'alimentation animale, en particulier porcine, a ajouté la même source. « Ce qui compte, c'est que ces stocks trouvent des débouchés nouveaux qui ne perturbent pas plus le marché existant » a-t-il ajouté. « La Commission européenne doit clairement assumer son rôle dans la gestion des marchés et ne pas être hermétique aux solutions qui lui sont proposées »

« Vente à perte »

Paris et Bruxelles ont d'ailleurs prévu d'évoquer le sujet lors du prochain Conseil des ministres de l'agriculture lundi 29 janvier. « La région wallonne a acheté plus de 38 000 tonnes entre août 2015 et août 2016, soit 10 % de ce qui a été acheté dans l'UE », explique Jean-Luc Cuvellier, directeur auprès de l'organisme payeur de Wallonie (la Belgique a délégué ses compétences agricoles à ses régions), présent lors de la visite. Cette dépense sera remboursée par la vente de ces stocks, que l'UE compensera en cas de pertes.

La Commission a jusqu'à présent fait preuve de précaution dans la mise aux enchères de ces stocks. Seulement 220 tonnes ont été vendues par adjudication en 2017, un mélange de prudence pour éviter de porter préjudice au marché et de faible intérêt des opérateurs, expliquait le commissaire européen à l'agriculture Phil Hogan aux ministres des 28 en octobre dernier.

Les ventes se sont accélérées en janvier, avec 1 864 tonnes écoulées, mais pas de quoi satisfaire les producteurs. La Commission « a acheté entre 18 et 20 centimes le kilo, et les stocks ont été vendus à 11-12 centimes » lors de la dernière adjudication, explique Erwin Schöpges. « Comment est-ce possible (...) de vendre à perte ? Il y a en plus 10 millions de frais de stockage pour toute l'UE en 2017. Si vous êtes un directeur d'entreprise et que vous travaillez comme ça, il faut vous poser des questions », déplore-t-il.

La durée de vie de cette poudre de lait est estimée à trois ans, mais sa valeur se déprécie avec l'âge, souligne Jean-Luc Cuvellier. Parmi ses revendications, l'EMB réclame un plafonnement de la production de lait et un prix d'intervention à 30 centimes le kilo.

« Nous, les agriculteurs devons nous unir pour défendre un prix du lait qui couvre les coûts de production, y compris un salaire, soit 45 centimes », plaide Erwin Schöpges. La Commission de son côté s'attache à limiter désormais l'augmentation des stocks, alors que s'ouvre le 1er mars la « période d'intervention », durant laquelle l'UE est contrainte d'acheter jusqu'à 109 000 tonnes au prix fixe d'intervention. Elle a demandé aux Etats membres d'accepter d'abaisser le plafond à zéro, pour que les ventes se fassent directement aux enchères.


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DÉJÀ 2 RÉACTIONS


vik
Il y a 24 jours
Lactalis achète le stock avec c 2 milliards pour faire un crédit d'impot comme me propose ma laiterie (resto du coeur ).Sinon qui vas payé le gouvernement donc petit citoyen on en fait des choses avec l'argent des autres
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Chrislait
Il y a 26 jours
Déjà en tant que producteurs il faudrai se poser la question: pourquoi produire du lait alors qu'il n y a pas de clients pour l'acheter ?
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