Accord UE-Mercosur« Inacceptable » pour les agriculteurs français, même macronistes

| AFP

L'accord de libéralisation commerciale entre l'UE et les quatre pays du Mercosur (Argentine, Bresil, Uruguay et Paraguay) annoncé vendredi soir est jugé « inacceptable » par les agriculteurs français, y compris par l'éleveur et nouveau député macroniste Jeremy Decerle.

Bovins viande99 000 tonnes de viande bovine pourront être exporter par les quatre pays latino-américains vers l'UE, imposées au taux préférentiel de 7,5 %. (©Terre-net Média)

« Quelques semaines après l'élection européenne, inacceptable signature d'un accord Mercosur-UE qui va exposer les agriculteurs européens à une concurrence déloyale et les consommateurs à une tromperie totale », a twitté la patronne du premier syndicat agricole français FNSEA, Christiane Lambert sur le slogan « n'importons pas l'agriculture et l'alimentation que nous ne voulons pas chez nous ».

En cause, les quelque 99 000 tonnes de viande bovine que les quatre pays latino-américains devraient pouvoir exporter vers l'UE - imposées au taux préférentiel de 7,5 % -, fragilisant un peu plus les 85 000 éleveurs français de vaches allaitantes. Ceux-ci sont déjà très touchés par la guerre des prix dans la distribution en France et sous le feu des critiques de mouvements végans radicaux.

« Le point de rupture est atteint pour les éleveurs bovins », a réagi dans un communiqué la Fédération nationale bovine (FNB), instance représentant les éleveurs. « Notre exaspération et notre colère, nous allons désormais, dans les prochaines semaines et les prochains mois, fortement l'exprimer », promet le FNB. Outre cet accord, l'organisme fustige « l'absence de concrétisation des objectifs des Etats généraux de l'alimentation » avec des prix d'achat de la viande au plus bas mais aussi « la ratification express » en juillet par l'Assemblée Nationale du Ceta, l'accord de libre échange entre l'Union européenne et le Canada qui permettrait l'accès au marché européen de viandes canadiennes produites selon des normes différentes.

En marge de son déplacement au Japon pour le G20, le président Emmanuel Macron saluait pour sa part un accord « bon à ce stade ». « Mais nous serons très vigilants », a-t-il assuré, ajoutant vouloir « lancer une évaluation indépendante » de ce pacte qui comportera une « clause de sauvegarde » permettant d'interrompre son application « en cas de déstabilisation majeure » d'un secteur agricole.

Abattement et incompréhension 

Le commissaire européen à l'agriculture Phil Hogan a promis vendredi soir « une aide financière » jusqu'à un milliard d'euros « en cas de perturbation du marché ». Lourdement dépendants des subventions européennes, organisés en exploitations familiales extensives au revenu très bas (entre 10 000 et 12 000 euros en moyenne en 2018, selon la Fédération nationale bovine), les éleveurs français estiment qu'ils ne parviendront pas à concurrencer les « usines à viande » latino-américaines. D'autant que selon eux, les pratiques illustrent un double-standard de production entre les deux continents : antibiotiques utilisées comme hormones de croissance d'un côté assorties de déforestation, contre toujours plus de normes environnementales côté européen.

Les tweets des responsables agricoles montraient l'abattement et l'ampleur de l'incompréhension face à un accord qui menace leur survie. « À quoi bon demander en France et en Europe une montée en gamme en termes de qualité et de respect de l'environnement si c'est pour importer des produits contraires à cet effort ? » s'interroge le syndicat Jeunes Agriculteurs (JA).

Grande braderie

La Confédération paysanne a dénoncé sur twitter le « sacrifice de l'agriculture et l'élevage sur l'autel d'un commerce cannibale et d'une course folle à la croissance au détriment du climat, de la planète et des hommes ».

Le plus déçu est sans doute Jeremy Decerle, ancien président des Jeunes agriculteurs (JA) et tout nouveau député européen de la liste Renaissance soutenue par Emmanuel Macron. « En parfaite transparence, un vendredi soir, l'accord commercial UE Mercosur est conclu par la commission sortante. Les consommateurs et les agriculteurs méritaient plus de respect. En tant que député européen je ne peux pas l'approuver » a-t-il twitté.

Selon la Fédération nationale bovine (FNB) qui représente les éleveurs, le rythme de baisse du nombre d'élevages bovins a doublé depuis 2017 en France, à 1 500 ces dernières années.

« Il est toujours important de savoir qui, au nom des chefs d'Etat et de gouvernement, organise la grande braderie de l'élevage européen », s'interroge Jean-Pierre Fleury, président du groupe de travail viande bovine au sein du syndicat agricole européen Copa-Cogeca. Jean-Pierre Fleury avait lancé l'alerte en 2018 sur l'existence de risques sanitaires au Brésil notamment où la « traçabilité des animaux est inexistante ».

« On fait quoi ? On reste dans nos fermes ou on va chercher Didier Guillaume (ministre de l'Agriculture, ndlr) et Emmanuel Macron pour qu'ils nous expliquent l'accord ?? » lance pour sa part Vincent Noël, éleveur de bovins et membre des JA en Mayenne.


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DÉJÀ 12 RÉACTIONS


marius
Il y a 14 jours
Concessions françaises oui mais driver par les constructeurs. Ces concessions ne font pas ce qu'elles veulent. Les constructeurs suppriment les petites concessions et accordent leur crédit aux clips. Voir la comtoise JD rachète toutes les petites concessions is/tille noudans/bletterans etc... je reviens sur la construction d'un tracteur en france entre 15 à 20 emplois directs et indiuts. Le même tracteur importé O,8 emploi induit. Donc perte de charges sociales, retraites etc.. Et engendre du chômage (à payer) faire payer plus de taxes et impôts pour équilibrer les comptes. Voilà la réalité. Un poulet importé et un poulet élevé en France. Lequel produit le plus de rentabilité et de plus value. les tracteurs construits à l'étranger est ressemblant avec les broutards. Les broutards partent à l'étranger pour un prix très bas. Et reviennent sous forme d' escaloppes et rôtis. Qui réalise la plus value pas du tout nos éleveurs et entraînent un déficit commercial (comme les tracteurs). Mais ne pas voir la réalité nous amène beaucoup de problèmes (chômage - disparition de collègues. Et malheureusement, certains collègues acceptent d'acheter du matériel à l'étranger et refusent le sens contre. Je les appelle TPMG (Tout Pour Ma G......).
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steph72
Il y a 15 jours
Comme je l'ai dit j'ai 3 tracteurs qui ont été construits en France et plusieurs matériels aussi;
Meme si les agriculteurs n'achetent pas tous du Français ,ils font vivre les concessions qui sont elles Françaises;
Et j'estime que les agriculteurs font vivre pas mal de monde et font tourner l'economie Française mais il n'a pas le retour ni la reconnaissance;
Avec cet accord vous allez voir d'exploitations disparaitre et les emplois avec ( constructeurs de tracteurs y compris..)
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marius
Il y a 15 jours
Steph en disant que tous les tracteurs JD sont construits en Allemagne. Alors allez sur le port du havre et vous verrez si tous les tracteurs sont construits en Europe. Uniquement les premières séries. Même construits en Allemagne, nos collègues qui achètent (peut être votre cas) ces tracteurs desavantagent l'emploi en France. un tracteur construit en france représente entre 15 à 20 emplois directs et induits sur an. Un importation 0,8 emploi induit/an. Cherchez l'erreur. Les aides qui nous sont distribuées sont dans leur totalité payées par les français et non les autres pays. Et ce qui est inadmissible que ces collègues n'ont même pas peur de demander aux français d'être patriote en achetant français et souvent devant un tracteur made in USA (exemple un président JA14, viré depuis). Nos clients (lait) étaient scandalisés de ses propos. Certains ont même employé : quel culot.
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steph72
Il y a 19 jours
A l'anti agriculteur de service,ce traité est avec l'Amérique du sud pas les usa;
Les tracteurs jd sont fabriqués en Allemagne....
Les aides parlons en,nos prix du vente sont restés les meme qu'il y a 30 ans et les aides compensent une petite partie.
Que dirait on si le smic etait le meme qu'il y a 30 ans et que l'EUROPE compense partiellement la perte,c'est se qu'il se passe en agriculture.
Demain on ne produira plus que des céréales,les moins bonnes terres iront à la friche
Ca sera moins de biodiversité et moins d'attractivité pour le tourisme.
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PàgraT
Il y a 16 jours
Vous êtes bien naïf Marius ; si le Canada n'a envoyé que peu de viande en Europe, c'est parce que jusqu'ici l'accord n'est que temporaire. Mais vous pouvez compter sur eux pour saisir l'opportunité des qu'un véritable accord serait signé et leur filière organisée. Et pour ma part, j'achète du fabriqué en France autant que possible !
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Marius
Il y a 20 jours
Je me marre. Des agriculteurs crient au loup pour cet accord. Mais eux achètent du matériel américain. Mais là pas de problème : Tout Pour Ma G... Je me fous du travailleur français qu'il paie des impôts pour nos aides. Point. L'hypocrisie est de rigueur. Soyons réaliste. Combien de tonnes de viande la Canada à exporté vers UE. Renseignez vous.
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lequartdubois
Il y a 20 jours
vivement la retraite !
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jersiaise
Il y a 20 jours
Quelle honte!
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PàgraT
Il y a 21 jours
L'Europe préfère importer la viande de feedlot au détriment de l'élevage à l'herbe et en même temps sans sourciller nous demande de faire toujours plus pour l'environnement et la santé de nos compatriotes ! Vive l'hypocrisie !
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steph72
Il y a 22 jours
Les dirigeants europeens ont une volonté de sacrifier l'agriculture ,le traité mercosur puis ensuite la pac;
Et après on s'etonne de la montee du nationalisme.
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