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Retour sur la grève du lait - Michel et Philippe, fiers d’avoir participé au mouvement

( Publié le 04/12/2009 à 18h58 )
Lors du 16ème congrès de la coordination rurale, qui s’est tenu le 2 décembre dernier à Biarritz, deux éleveurs laitiers sont revenus sur la grève du lait et nous font part de leurs inquiétudes sur l’avenir de la filière laitière.

Philippe Boyer (P.B.) dans le Puy de Dôme et Michel Heudier (M.H.) dans le calvados ont été tous les deux parmi les premiers éleveurs à cesser de livrer du lait en septembre dernier.


Philippe Boyer (63) et  Michel Heudier (14) (© Terre-net Média)
Ils assument jusqu’au bout le coût de leur grève. A eux deux, ils ont refusé de livrer près de 50.000 litres pendant les 15 jours de la grève qu’ils ont commencée dès son lancement le 10 septembre dernier sur l’esplanade des Invalides à Paris.

Au total, ils ont perdu 13.400 euros et assurent qu’ils ne vont pas « profiter des six derniers mois de la campagne laitière pour compenser leurs pertes et produire tant bien que mal leur quota ». La perte subie sera donc nette alors que d’autres éleveurs grévistes s’activeraient déjà à compenser leur manque gagner en produisant coûte que coûte leur quota. Au final, leurs 15 jours de grève se traduiraient pour ces derniers par un déficit de trésorerie ponctuel.

Mais, le manque gagner est pour tous les éleveurs grévistes ou non, le niveau du prix du lait.

Bien que Philippe et Michel se préparaient depuis des semaines à la grève, le plus dur a été le premier jour (le 10 septembre) « lorsque nous avons jeté le lait. Mais dans le même temps, nous avons pris conscience que nous étions nos propres patrons et que nous étions maîtres de notre production. Nous avons pu couper le cordon ombilical qui nous lie avec notre laiterie», explique Philippe Boyer (P.B.) de Heume l’église (63). L’éleveur dirige en gaec une exploitation laitière dotée d’un quota de 340.000 litres (dont 70.000l en vente directe).

« Dès que la grève a commencé, nous avons changé le panneau « Apli » que nous avions planté devant la ferme pour annoncer « Maintenant on fait la grève », se rappelle Michel Heudier (M.H.) en gaec à trois à Pont Farcy (14). « Beaucoup d’éleveurs ont fait une grève tournante », ajoute l’éleveur normand.

P.B. : « Dans le Puy de Dôme, avec 50 % de grévistes, le mouvement a pris de l’ampleur dès son lancement contrairement à ce qu’affirme FranceAgrimer qui en est resté à 11 % de grévistes ».

M.H.: « Les épandages de lait au Mont Saint Michel et en Belgique ont renforcé la mobilisation des éleveurs. Le barrage des cinquante tracteurs stationnés à Pont Gibeaud n’a pas non plus été sans effet. Il a localement renforcé la mobilisation des éleveurs, une mobilisation soutenue par ailleurs par les élus».

Quel bilan tirez-vous de cette grève?

P.B. : « Nous sommes parvenus à faire bouger les politiques et à leur faire prendre conscience qu’il est possible de réintroduire une dose de régulation ». « Si on a besoin des agriculteurs, il faut payer leurs produits à un juste prix. Sinon, que l’on fasse, comme dans l’industrie, un grand plan social dont la société devra assumer le coût pour s’en séparer».

M.H. : « Nous nous sommes rendus compte que les marchés ont changé d’axe, que nous étions devenus des interlocuteurs à part entière et que nous étions capables de mobiliser des agriculteurs et des éleveurs ».
« Si on gagne pour le lait, on aura mis un frein à la politique libérale dénoncée par le parlement européen ou encore la cour des comptes européenne. La nomination du nouveau commissaire européen roumain à l’agriculture va dans le bon sens. »

Echappera t-on à la restructuration de la filière laitière?

M.H. : « La fin des quotas mettra en compétition les bassins de production. Il faut éviter à tout prix une restructuration dans la douleur qui conduira à la disparition de 60% des exploitations et à la concentration dans le Nord et dans l’ouest de la production laitière.»

P.B. : En Auvergne, les laiteries courtisent les exploitations en zones Aoc « nobles » où est collecté le lait destiné à la transformation en Cantal par exemple, tandis que la production laitière en Haute Loire est appelée à disparaître faute d’industrie laitière porteuse !

Source : Terre-net Média
Auteur : Frédéric Hénin
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