Impact du Covid-19Fragilisés par la crise, les agriculteurs réclament leur part du plan de relance

| AFP

Fragilisés par la crise du Covid-19, les agriculteurs réclament un plan de relance pour se relever et investir pour garantir la souveraineté alimentaire, des revendications soutenues par un rapport du Sénat qui doit être publié vendredi.

Tracteur dans un champUn rapport du Sénat demande une enveloppe « d'au moins un milliard d'euros » pour la survie des exploitations agricoles. (©Pixabay)

« La chaîne alimentaire a tenu bon, mais les coopératives ont souffert pendant cette crise », a déclaré jeudi lors d'un point presse Dominique Chargé, président de la Coopération agricole, qui rassemble trois agriculteurs français sur quatre.

« Il faudra un volet agricole au moment du grand plan d'investissement du gouvernement » prévu pour la rentrée, avait déjà déclaré début mai la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert.

« Nos voisins et concurrents ont déjà ou sont en train de mettre en œuvre une relance dédiée à leur secteur agricole. La France ne l'a pas encore envisagé. C'est une erreur stratégique majeure », écrivent les auteurs d'un rapport de la commission des affaires économiques du Sénat, que l'AFP a pu consulter.

« Nous sommes passés au fil des semaines d'une crise sanitaire qui a nécessité une urgence absolue pour assurer la continuité de la chaîne alimentaire, à une crise économique qui s'est logée aujourd'hui dans les entreprises et qui a des conséquences sur les marchés de matières premières, l'activité agricole et la rémunération » des producteurs, a alerté Dominique Chargé.

Les coopératives « ont subi une perte moyenne de 28 % de chiffre d'affaires sur la période de mars à mai avec des écarts importants », selon une enquête auprès des adhérents de la Coopération agricole.

Si les ventes en grande distribution sont restées stables, la fermeture de la restauration hors domicile et les freins à l'exportation engendrés par la pandémie de Covid-19 ont gravement touché les boissons alcoolisées, mais aussi les viandes bovines et ovines, la volaille et les produits laitiers, entre autres.

« L'agriculture et l'agroalimentaire auront besoin d'un plan de relance pour s'inscrire dans la durée avec les objectifs de restauration de souveraineté alimentaire et de réponse aux attentes sociétales », a appuyé Dominique Chargé.

Un milliard d'euros, selon les sénateurs

Il a présenté un plan comportant une trentaine de mesures, parmi lesquelles un renforcement des fonds propres des coopératives « pour faire face aux difficultés qu'a engendrées la crise et faire face à l'importance des investissements qu'elles ont à conduire », notamment dans la transition agro-écologique.

Pour ce volet, Dominique Chargé a évoqué la création d'un « fonds de transition agro-écologique, abondé par des crédits publics et des opérateurs économiques qui permettraient de financer les filières agricoles qui investissent dans ces conversions écologiques et l'évolution des modèles de production ».

L'un des grands axes de ce plan est la promotion du « produit en France » en faisant en sorte « que la grande distribution soit plus active dans la mise en avant » des produits français.

Il s'agit aussi d'une recommandation du rapport du Sénat. Il préconise également, comme les coopératives, de ne pas oublier le commerce international, car « le revenu des agriculteurs est composé à 25 % par les exports », a rappelé Laurent Duplomb, sénateur LR de la Haute-Loire et l'un des auteurs de ce rapport.

Mais avant de partir à la reconquête des marchés étrangers, nombre d'entreprises doivent panser leurs plaies et penser à leur survie. D'où la nécessité de débloquer une enveloppe « d'au moins un milliard d'euros », selon le rapport du Sénat.

Plusieurs catégories d'aides ont été imaginées par les auteurs du rapport, visant notamment à compenser les pertes subies pendant le confinement : comme cela a été fait aux Pays-Bas, les sénateurs proposent une « aide à la perte de production ou de chiffre d'affaires » : « si votre chiffre d'affaires a baissé de plus de 30 %, on compense la moitié de la perte », a indiqué Laurent Duplomb qui évalue cette mesure « entre 400 et 500 millions d'euros ».

Autre objectif de ce plan de relance, aider les agriculteurs à investir à l'aide d'un mécanisme de suramortissement ou de crédit d'impôt, par exemple pour réduire leurs expositions aux risques climatiques ou sanitaires, ou réduire le recours aux produits phytosanitaires.

Les Chambres d'agriculture, elles, suggèrent notamment de « mettre en place un vaste plan de modernisation des structures agricoles, par le biais d'investissements massifs » ou encore de modifier les règles des appels d'offre publics pour qu'il soit possible de favoriser l'approvisionnement local.

« La pénurie alimentaire a été évacuée et nous avons fait face (...). Nous ne devons pas pour ces deux motifs être évacués de ce plan de relance », a conclu Dominique Chargé.


Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net

A lire également

   Rechercher plus d'article

DÉJÀ 13 RÉACTIONS


vik
Il y a 29 jours
Mai augmentations taxe foncière taxe adar depuis Janvier je n'ai pas toucher de tva hier GDS augmentation et tous le reste
Répondre
ptiloui
Il y a 30 jours
Et allez ! les chambres/FNSEA sont toujours là pour réclamer des aides au béton et à la ferraille, histoire de continuer leur plan méthodique de "restructuration" de l'agriculture, qui dure depuis 70 ans. Déjà 90 % des effectifs perdus, on ne va pas s’arrêter en si bon chemin !
Répondre
Moty
Il y a 31 jours
Du soutien OUI, mais pas n'importe lequel. Des prix rémunérateurs, OUI, mais pour cela , il faut une Maitrise de la production au niveau européen.
La fnsea, chambre d'agriculture propose , comme à leurs habitudes un Plan d'investissement et /ou de Modernisation. ça Veut dire QUOI ? un plan de licenciement des agriculteurs. Il y a 30 ou 40 ans ça marchait votre Truc , maintenant ça ne marche plus. Les + gros Investisseurs sont souvent dans des difficultés profondes ( en cochons, en volailles, et en lait ). Votre système a du plomb dans l'aile
Répondre
Réaliste
Il y a 32 jours
Et le plan d'avenir se résume en 1 mot : des prix ! Et là comme par magie il y aura des jeunes qui s'installeront, de l'investissement, de l'innovation, etc.
Répondre
gréviste
Il y a 31 jours
c'est clair encore des mesurettes rien de sérieux aucun politique est capable de prendre les bonnes mesures, part contre ZNT, suppression de tel ou tel phyto sans aucune solution alternative efficace, doublement de la taxe TICPE, etc.... la liste est trop longue
Répondre
Réaliste
Il y a 32 jours
En 2016 on a fait 50% du chiffre d'affaires normal en céréales. Des pertes de + de 300€/ha dans bien des cas ! Et on a eu quoi comme aide ? 2000€ de la coop, un petit dégrèvement sur la taxe foncière (bien souvent conservé par lespropriétaires des terres) et des reports au cas par cas des cotisations MSA. Bref autant dire rien. Et là 2 mois de confinement donc allez 20% de baisse de CA, et on sort l'artillerie lourde, les prêts garantis, les annulations de cotisations, les suspensions de loyers, les salariés payés par l'état, etc etc. J'ai donné comme exemple 2016, mais on pourrait parler de la crise du veau, du lait, des fruits et légumes, quasiment tout est en crise depuis 30 ans de toute façon. Mais comme on est considéré comme des bouseux justes bons à être dirigés comme des ânes on va pouvoir attendre un moment avant d'avoir un vrai plan d'avenir pour l'agriculture.
Répondre
maxens
Il y a 32 jours
Investir???? La bonne blague, sans perspective de prix rémunérateur, sans perspectives sur la prochaine PAC, s'endetter, c'est absurde....
Répondre
gibero
Il y a 31 jours
si j'avais pu vous mettre 10 pouces verts , je l'aurai fait.entièrement d'accord avec vous.
Répondre
Cabeillade
Il y a 31 jours
Ils n'ont aucune envie de mettre en place une politique souverainiste. C'est juste des mots qu'ils utilisent, par ci par là, parce qu'ils savent que c'est dans l'air du temps. Ils sont capables dans la même phrase d'invoquer "la sécurité alimentaire", de nous demander de baisser nos prix de vente "pour faire face à la crise" et être plus "compétitifs" tout en annonçant une nouvelle taxe pour "faire face au changement climatique". Je n'accorde plus aucun crédit à leurs déclarations et je remercie Terre.net de mettre des passages en gras, ce qui m'évite de lire toutes leurs inanités. "ils osent tout et à ça qu'on les reconnait". Ah les c...
Répondre
Pipo
Il y a 32 jours
je ne suis pas sûr que nos «zélites» ( put**la gueul* des élites) aient bien conscience qu'ils ont ouvert la boite de pandore ( pour eux). Le souverainisme, s'ils veulent vraiment le mettre en place va les obliger à renier tout ce dont ils abreuvent leurs électeurs. Il va falloir qu'ils contrôlent les frontières, exclure ce qui ne respecte pas nos normes, mettre en place une politique agricole nationale avec un système de quotas et d'incitation à la production de ce qui manque, un vaste plan de désendettement des exploitations agricoles, un plan de gestion de gestion de l'eau pour l'irrigation... Tout ce qu'ils ont rejeté comme leurs prédécesseurs! On va rire!
Répondre