La parole à la FnseaDu grenelle de l'environnement et de la question foncière (1ère partie)

| par Frédéric Hénin | Tere-net Média

Dans son rapport moral présenté lors de son congrès annuel qui s'est tenu à Poitiers les 31 mars, 1er et 2 avril, la Fnsea a consacré un chapitre sur les positions que le syndicat défend sur les différents sujets d'actualité syndicale et politique qu'elle porte, sur l'agriculture mais aussi sur la société (consommation, social, environnement, climat)car elle veut être présente dans les débats sociétaux. Voici les propos tenus sur le Grenelle de l'environnement, l'artificialisation de l'espace rural et le bien être animal.


Dominique Barrau, secrétaire général et Jean Michel Lemétayer,
président de la Fnsea (© Terre-net Média)

Le Grenelle de l’environnement a traité de nombreux dossiers. Nous (Fnsea) nous sommes particulièrement mobilisés sur la problématique foncière à travers le colloque Protéger plus pour développer mieux mais aussi à travers la reconnaissance de la nécessité de protéger les terres agricoles dans le texte du Grenelle. Si cette reconnaissance est une avancée, ce n’est pas loin d’être suffisant. Voilà un sujet où nous devons croiser nos expertises : environnement et gestion du foncier. D’ailleurs les deux commissions de la Fnsea, Environnement et Structures et Territoires, se sont réunies ensemble pour échanger sur la trame verte et bleue.

 Nous sommes les mieux placés pour alerter les pouvoirs publics et nos concitoyens des risques à trop consommer les espaces agricoles pour de l’artificialisation. Investissons les lieux de discussions du local au national, que ce soit sur les politiques d’infrastructures ou d’urbanisation. Montrons que le développement économique peut se faire sur les terres déjà utilisées, que l’agriculture est aussi porteuse de développement économique si on lui laisse son principal moyen de production. Que la reconquête de l’espace naturel n’est pas antinomique de la défense des terres agricoles, bien au contraire. Nous ne voulons pas d’une vision étriquée des espaces naturels : ce ne sont pas des sanctuaires intouchables.

Les terres agricoles sont des espaces naturels cultivés. Utilisons déjà l’existant pour la trame verte, avec par exemple : les bandes enherbées, les haies, voire les jachères… C’est de la responsabilité des départements de ne pas consommer à nouveau des terres agricoles.
Les Fdsea et les Frsea, comme la Fnsea, doivent porter politiquement ces dossiers en s’adossant aux Opa compétentes, en particulier les chambres d’agriculture. Le prochain colloque foncier traitera d’ailleurs des suites du Grenelle en novembre.

Pas de développement durable sans développement économique

Dans les discussions du Grenelle, nous avons toujours eu une approche pragmatique du développement durable : il ne peut pas y avoir de développement durable sans développement économique.

La Fnsea a essayé de frapper les esprits en montrant que l’agriculture était à la mode. On entend beaucoup parler de production à la mode, plus que de mode de production, ou alors de manière très négative.

Il faut que nous soyons présents dans les lieux de débats sociétaux. Aujourd’hui tout est débat sociétal : les phytosanitaires, les Ogm… C’est très bien car cela démontre l’importance de notre activité, de notre poids et de notre métier.

Mais c’est aussi très contraignant car tout le monde se sent le devoir de donner un avis.

Arrêtons de « grenelliser » à tout va, nous demandons une pause !

Nous devons être présents dans ces débats pour éviter que les décisions politiques ne soient que le reflet du café du commerce et pour éviter que les scientifiques ne soient muselés par quelques militants bornés.

Si les scientifiques émettent un avis favorable, ils sont accusés d’être achetés. Si les producteurs tentent d’expliquer leurs pratiques, ils ne sont pas entendus. Faire peur semble être le seul objectif de certains. Nous préférons défendre une attitude responsable : laissons les scientifiques travailler, trouvons les moyens d’investir, d’innover pour avoir des pratiques productives et durables. Aujourd’hui, le politique va dans le sens de l’opinion publique, en fonction des sondages. Nous refusons cette politique fluctuante. Nos responsables politiques doivent arbitrer et avoir une ligne de conduite.

Sur le bien-être animal, arrêtons toute cette « bobocratie » de droite et de gauche. Arrêtons cette « carlattitude » portée par des gens qui n’ont jamais pris le métro aux heures de pointe mais qui préconisent les transports collectifs !

L’eau, les biocarburants et les énergies renouvelables

Sur la gestion de l’eau, que l’on m’explique pourquoi un particulier est encouragé à stocker l’eau de pluie pour arroser son jardin et que nous, agriculteurs, on nous retire l’accompagnement pour constituer des réserves de stockage ?

Enfin, la France ne doit pas laisser entrer des produits avec des moyens de production interdits chez nous. Que ce soit sur les phytos ou les biotechnologies, à quand la déclinaison de l’harmonisation européenne ?

S’il est un dossier concerné par ces phénomènes de fluctuation ou de mode, c’est bien celui des biocarburants. L’Etat s’engage et investit dans la filière puis remet en cause son soutien parce que certains prétendent que les biocarburants sont responsables d’affamer le monde.

Autre sujet à la mode : les énergies renouvelables. Si l’agriculture peut participer à leur développement, leur développement ne doit pas se faire au détriment de l’agriculture. Nous parlions de la nécessité de maintenir les terres agricoles, nous ne pouvons que nous opposer aux idées, projets de certains, entendus dans plusieurs départements, de développer du photovoltaïque sur de la surface agricole utile.


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