[Tribune] Et après les quotas ?Fnpl : « Ne pas faire l'économie d'une politique laitière »

| par Thierry Roquefeuil, président de la Fnpl | Terre-net Média

Attendue par certains, crainte par d'autres. La fin des quotas laitiers, c'est le 1er avril prochain. Web-agri.fr entreprend la publication d'une série de tribunes de syndicats et d'experts sur la nouvelle organisation de la production laitière française et européenne et l'avenir de ses éleveurs. Voici la contribution de la Fnpl, la Fédération nationale des producteurs de lait, section spécialisée de la Fnsea. Elle tient ces 18 et 19 mars son congrès à Albi.

Thierry Roquefeuil, président de la Fnpl (deuxième à droite) avec des syndicalistes du Tarn.Thierry Roquefeuil, président de la Fnpl (deuxième à droite) avec des syndicalistes du Tarn. (©Fnpl)

« Les raisons qui ont poussé l’Europe à libéraliser le secteur laitier sont connues. La gestion des marchés agricoles est compliquée, coûteuse, et pas toujours suffisamment efficace. L’Allemagne en plein dogme d’économie budgétaire ne veut voir que le verre à moitié plein et oublie que les crises agricoles siphonnent le budget européen et celui des Etats membres. N’oublions pas non plus que les producteurs de lait allemands paient deux fois leur ferme : une première fois pour accéder au foncier, une nouvelle fois pour l’attribution des quotas car ils sont marchands en Allemagne. Alors que ce sont les pays les plus libéraux qui protègent le mieux leur agriculture, que propose l’Europe ? Rien  de neuf. Le « Farm Bill » américain est une véritable machine de guerre agricole dans son principe. Le vide politique de l’Europe a assez duré !

La relation contractuelle n’est toujours pas équilibrée

D’autant que les conséquences de cette libéralisation du secteur laitier laissent peu de place au doute. Si les grands équilibres entre l’offre et la demande en produits laitiers sont perturbés de manière volontaire ou involontaire, l’Europe laitière sera en crise. Et ce n’est pas la contractualisation telle que mise en place en France qui protégera les producteurs de lait. La fin des quotas serait presque un non évènement si la contractualisation laitière faisait totalement ses preuves. Force est de constater que malgré de nombreuses dispositions initiées par la Fnpl dans la loi d’avenir, la relation contractuelle n’est toujours pas équilibrée. C’est pourquoi la Fnpl a demandé au ministre de l’Agriculture un audit sur la contractualisation et l’organisation des producteurs . Cet audit qui portera sur l’ensemble des contrats de fourniture de lait doit pouvoir proposer des solutions concrètes en 2015. 

La Fnpl n’accepte pas que la fin des quotas rime avec un droit nouveau détenu par les seules entreprises !

Disposer des outils d’alerte de crise

Ce n’est pas non plus la seule stratégie des entreprises françaises, même pertinente qui protégera les producteurs de lait dans un monde sans quota. Nous ne sommes pas en France à l’écart d’un monde laitier qui se globalise. La solution ne peut pas être la baisse du prix du lait payé aux producteurs en cas de perturbation des marchés laitiers. Et ils sont de plus en plus volatils et capricieux. C'est pourquoi, il faut construire les outils de la transparence de l’après quota et inventer les modalités de leur utilisation politique.

La Fnpl, avec l’interprofession, s’est battue et a obtenu la création d’un observatoire des volumes au niveau français géré par FranceAgriMer. L’ancien Commissaire Dacian Ciolos a mis en place au niveau européen un observatoire des marchés laitiers. Ces observatoires doivent devenir de véritables outils d’alerte anti-crise !

La Fnpl n’accepte pas que certains parlementaires européens disent qu’ils ne se préoccuperont du dossier que s’il y a crise !

Dans un projet de rapport qui vient d’être diffusé, le Parlement européen fait un constat accablant. Il constate qu’« il est évident que les mesures et outils de crise mis en place par l'Union européenne ne sont pas conçus pour répondre aux réalités du secteur laitier moderne ». Donc il est urgent d’agir !

Les fin des quotas : une nouvelle ère

L’abandon de la gestion administrée des volumes marque la fin d’une politique laitière partagée entre les acteurs de la filière, les pouvoirs publics et l’Europe. On ne peut pas faire l’économie d’une politique laitière européenne et de sa déclinaison française. Nous en avons urgemment besoin. Pas seulement pour les producteurs de lait français mais pour toute la filière laitière. Une politique de gestion des marchés au service du dynamisme du secteur laitier français est une évidence. Sauf pour la commission Européenne et son commissaire à l’agriculture. Certes, les marchés laitiers sont porteurs mais cela ne nous assure pas que tout ira bien dans le meilleur des mondes possibles. La fin des quotas marque l’entrée dans une nouvelle ère. La contractualisation est un outil qui doit être au service d’une politique.

Pour la Fnpl, l’après-quota doit permettre la présence d’éleveurs sur tout le territoire. La libéralisation du secteur laitier ne doit uniformiser ni nos modes de production ni nos produits. C’est la France aux 1.000 fromages qui est le symbole de notre savoir-faire, de la qualité de notre production gage de notre crédibilité à l’export ! »

A lire aussi notre série spéciale sur l'après-quota laitier :  Produire plus ? Produire moins ? Quelles stratégies ont-ils adoptées ?

R etrouvez également la tribune de l'Opl sur la fin des quotas :  Opl : « Nous voulons une voie différente centrée sur les intérêts des éleveurs »

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