Filière viande bovine Trois raisons pour vraiment s'inquiéter du TTIP

| par | Terre-net Média

Depuis lundi 22 jusqu'au 26 février se déroule à Bruxelles le 12e round de négociations entre l'UE et les Etats-Unis pour conclure un accord commercial, le fameux TTIP ou Tafta. Pour l'agriculture française et plus particulièrement la filière viande bovine, plusieurs éléments poussent à s'inquiéter vivement de la conclusion d'un tel accord.

Avec le TTIP, la Commission européenne pourrait accepter l'entrée annuelle de plus de 100 000 tec de viande bovine sans droits de douaneAvec le TTIP, la Commission européenne pourrait accepter l'entrée annuelle de plus de 100 000 tec de viande bovine sans droits de douane. (©Terre-net Média) Jusqu’au vendredi 26 février 2016, les négociateurs poursuivent leurs échanges à Bruxelles, pour la 12e fois depuis 2013, en vue de conclure un traité transatlantique appelé TTIP ou Tafta. Si, à terme, ce dernier venait à être ratifié, il régira les échanges commerciaux entre l’UE et les États-Unis. Même si aucun chapitre de l’accord ne semble définitivement scellé, le fond et la forme des négociations légitiment les inquiétudes de la profession agricole, et en particulier du secteur de la viande bovine.

Des importations qui nuieront à la filière viande française

Sur le fond, l’ouverture probable d’un contingent d’exportations de viande bovine américaine sans droits de douane vers l’UE constitue la principale source d’inquiétude. En plus de l’accord UE-Canada qui prévoit déjà un contingent de 65 000 t/an, plus de 100 000 t équivalents carcasse supplémentaires pourraient être importées en Europe. « On estime que les États-Unis et le Canada rempliront leurs contingents avec au minimum 75 % d’aloyau. Les contingents évoqués correspondraient à la moitié de la production d’aloyau du cheptel allaitant européen, explique Interbev, dans une étude d’impact réalisée dès 2014. Voire plus si le contingent de l’accord final est supérieur…

Importer près de 200 000 t d’aloyaux américains et canadiens aura un impact significatif sur l’économie de la filière. « Les prix des aloyaux américains deviendront directeurs du prix de l’aloyau sur le marché européen », s’alarme Interbev.

Parce que les éleveurs américains, avec des charges moins élevées, sont plus compétitifs, « de tels volumes feraient baisser de près de 10 % le prix du jeune bovin payé au producteur français. En se basant sur la conjoncture de l’année 2013, la baisse de prix se traduirait par une chute de 27 à 66 % du résultat courant des élevages allaitants. 25 000 à 30 000 emplois directs à temps plein seraient mis en danger, et jusqu’à 50 000 emplois en comptant les emplois indirects au sein de la filière.

Sans compter les questions sanitaires et environnementales qui s’ajoutent à l’argument économique.

La France est seule à défendre son bifteck

En Europe, la France est, de loin, le pays qui a le plus à perdre sur ce chapitre d’un contingent d’importation de viande US car la filière bovine française est la plus structurée et la plus importante en volume et en valeur. Avec 4,11 millions de vaches allaitantes, la France détient à elle seule un tiers du cheptel européen. L’Italie par exemple, qui importe 72 % de nos broutards, fait peu de cas des conséquences possibles sur la filière. « Les Italiens sont plutôt favorables au TTIP car ils y voient des intérêts commerciaux dans d’autres secteurs », a résumé Sophie Primas, sénatrice des Yvelines, le 16 février dernier lors d’une rencontre avec des représentants d’Interbev sur le sujet. Economiste et président de l’observatoire des prix et des marges, Philippe Chalmain, dans une interview au Figaro, est plus pessimiste encore : « L'agriculture en général ne pèse pas. Elle ne représente plus rien du point de vue politique. Sur le plan économique, elle est importante pour la France, mais secondaire pour les autres pays. »

« La France est isolée est c’est pour cela que l’accord sera signé avec des concessions, résume Sophie Primas, fataliste. L’enjeu est désormais de minimiser le volume qui entrera en Europe. »

Des négociations très opaques

Alors que se déroule à Bruxelles le « 12e round », qu’en est-il vraiment des négociations ? Impossible à dire tant ces dernières se déroulent dans une opacité la plus totale.

Lors des questions à l’Assemblée nationale mercredi 17 février, le député LR des Yvelines, Jean-Frédéric Poisson, expliquait à ses homologues ses plus grandes difficultés, en tant qu’élu parlementaire, pour consulter les documents de la Commission européenne, en charge de la négociation. « La consultation des documents est très limitée », confirme le député européen Jean-Paul Denanot. Si les députés européens eux-mêmes ont du mal à accéder aux informations…

De son côté, la DG du Commerce de la Commission européenne assure pourtant qu’elle négocie le TTIP « de manière aussi ouverte que possible ». Sur ses pages web afférentes aux négociations du TTIP, il est pourtant difficile de trouver une quelconque note explicative concernant le secteur agricole, encore moins sur le secteur de la viande bovine.

Autre exemple, sous forme d'anecdote, de l’opacité des discussions sur le TTIP : mercredi 27 janvier 2016 à Paris, la représentation en France de la CE organisait un « briefing presse » pour les journalistes en présence de Jean-Luc Demarty, directeur général de la DG du Commerce à Bruxelles. Passé par plusieurs cabinets et services bruxellois depuis son entrée à la Commission européenne en 1988, le Français est actuellement au cœur des négociations du TTIP avec la commissaire au commerce Cecilia Malmström.

Interrogé avec insistance par les journalistes, Jean-Luc Demarty aura démenti, pendant toute la conférence, toutes velléités de la Commission d’utiliser le secteur agricole comme « monnaie d’échange » pour obtenir des États-unis des concessions plus favorables dans d’autres secteurs d’activité. Mais à la fin de la conférence, il aura admis laconiquement « qu’un accord est une question de consensus », laissant un sous-entendu plus explicite qu’il n’y paraît. Le soir même, les journalistes présents étaient informés de manière indirecte que l’entretien avec Jean-Luc Demarty était « du off ».

En clair, la Commission européenne considère que l’entrevue était organisée pour « éclairer » les journalistes sur le TTIP, sans qu’ils aient la possibilité de publier les propos qui s’y sont tenus. Le caractère « off » du rendez-vous n’était évidemment pas prévu au départ. Au mieux, la méthode apparaît maladroite. Mais pour un sujet aussi important que l'économie d'une filière d'excellence française, elle s'avère plutôt déplacée et témoigne du peu de transparence avec laquelle la Commission envisage d'ouvrir les frontières européennes.


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DÉJÀ 6 RÉACTIONS


Alain
Il y a 287 jours
D'accord avec phil ! Une honte !

Alain
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phil47
Il y a 289 jours
une honte de mètre l'agriculture française en négo,de quel droit Moscovici ce permet ce genre de tractation, a part faire bien sur son cv en disant: j'ai obtenu de la viande pas chère et j'ai vendu un tgv.
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titi
Il y a 282 jours
commentaire...c'est une honte on a des nulles au pouvoir et a Bruxelles
Thierry 19
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eric
Il y a 287 jours
Honte et renoncement ce genre de personnage organise sciament le genocide de l'élevage français contre de belle évolution de carriere.L'heurre est grave,il faut immédiatement cesser les négociations du TAFTTA et reprendre notre destin national en retirant immédiatement a ce genre d' individus tous mandat de negociation.
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francky87
Il y a 290 jours
tout à fait d'accord !
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bou21
Il y a 291 jours
c'est quoi cette europe ? que cherchent ils ? ils vont encore sacrifier notre agriculture au profit des américains avec leur système de production intensif à base d'OGM et d'hormones et qui n'ont que faire du bien être animal .Pendant que chez nous ,certaines asso comme L214 nous matraquent continuellement sur le sujet . ils feraient mieux d'aller voir là bas comment ca se passe .Mais comme ils n'ont pas de couilles ils ont peurs voilà tout .
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